On ne l’attendait presque plus, mais le Weather Festival sera bien de retour en 2019. Exit les bases aériennes, le festival se transporte cette année à La Seine Musicale, nouvel édifice pharaonique de proche banlieue parisienne. L’événement qui avait totalement chamboulé la scène française réunissait à l’époque sur un format de deux/trois jours les artistes les plus fous et les plus demandés de la musique techno. Des line-up à rallonge, une excitation du public presque exagérée, un groupe Facebook devenu culte pour les track IDs… Mais, déjà à l’époque de sa dernière édition (au Bourget en 2016), on vous racontait nos doutes sur ce format de festival-géant un peu dépassé. Le Weather avait été une petite révolution, et le précurseur d’un format d’événement aujourd’hui repris par bon nombre, mais les organisateurs ont préféré stopper la machine infernale en route et expliquent aujourd’hui leurs raisons. Via un manifeste, le festival (désormais « Weather LSM ») remet en question le modèle festivalier et la mutation du secteur. Il y dénonce la course à la tête d’affiche, les prix flambants des cachets d’artistes et l’inflation des coûts logistiques et de sécurité dans un contexte toujours assez hostile à la fête.

Pour contrer la course au plus gros événement et au plus gros line-up, on voit depuis un moment naître des formats qui laissent place à la qualité et à la proximité avec le public et, comme l’évoque le manifeste, « à la diversité des genres, d’origine et de sonorités« . Le textte se termine avec cette simple formule : « soutenez-nous« . Un rappel pour souligner que nos choix de consommation déterminent aussi des modèles économiques, des logiques de rémunération et de gouvernance (coucou Live Nation). Acheter un ticket pour une multinationale américaine n’a évidemment pas le même impact économique et artistique qu’acheter sa place pour une organisation locale et indépendante. Pour schématiser, la différence revient à peu près à choisir entre un café Starsbuck et le café en bas de chez toi. La responsabilité d’une économie responsable et juste vient aussi des consommateurs, et l’heure du spectateur-acteur est aussi un appel à la prise de conscience, collective et individuelle. Bref, des événements comme le Weather (et tant d’autres) se veulent à représenter le rayon bio de nos choix culturels.weather festival LSM 2019 beyeah

Côté programmation cette année, pas de Nina Kravitz ou de Marcel Dettmann mais des projets proches de la scène expérimentale et locale. Dans le Made in France, on retrouve les résidents de Rinse France Flegon, la réunion inédite entre Antigone et Shlømo, OKO DJ, Gigsta, Deena Abdelwahed, le duo lyonnais barré The Pilotwings, Sentiments du collectif lyonnais Groovedge, et enfin l’une des rares françaises à sortir ses disques sur CPU, Tryphème.

Dans les pointures internationales, on est impatient de croiser la canadienne Ciel dont on vous parlait récemment, mais aussi Djrum, Bonaventure, Park Hye Jin, le B2B entre Octo Octa et Eris Drew, et (surtout) les live d’Alva Noto et Lanark Artefax. À leurs côtés, on retrouvera quand même quelques « grands noms vraiment impliqués » histoire d’appâter le chaland : Clara 3000, Daniel Avery, Kink, Anetha, Red Axes. Une affiche équilibrée entre artistes français et internationaux, représentés ou moins, émergents ou pas, qui démontre d’une réflexion et d’une volonté plus qu’appréciables de la part des organisateurs.

Découvrez toute la programmation et les infos sur le Weather LSM via leur billetterie et l’événement facebook.

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