« Tech house is my evil best friend« . Pour certains, la liaison de ces deux genres est imprononçable. Pour Ciel, c’est un défi qui l’a animée, face à cette désertion générale d’un genre aujourd’hui à la déroute – bien qu’initié par des compositeurs talentueux. La productrice de Toronto séduit quiconque ose l’écouter, de Shanti Céleste aux Zenker Brothers jusqu’à devenir une productrice référence dans sa ville natale. Limpidité et fluidité sont ses atouts  lorsqu’elle touche au montage de ses beats pointus et de ses nappes… aériennes.

Son dernier EP Hundred Flowers sorti sur le label anglais Coastal Haze est savoureux comme une perle du japon dans un chai tea parfumé. Elle  y décortique plein de genres : dans Hundred Flowers Groove, elle importe le rythme saccadé de l’afrotrap et y injecte une ligne de piano cotonneuse.  Habile dans ses transitions, l’enchaînement avec The Twirler est impeccable, le rythme s’étouffant cette fois dans une note arrondie. Le morceau nous embarque dans une spirale de rires, la progression circulaire d’une boucle infinie. Le Central Remix du même titre ôte ces esclaffades et les remplace par une jam session de drums, posée sur un plateau étoilé.

Blo a Wish est une longue inspiration en apnée, défiant les lois de l’apesanteur. Les pensées se dégagent petit à petit du corps, une sensation de légèreté s’empare de nous et ne nous quitte plus pendant huit minutes. Une pause onirique, qui nous rappelle le pouvoir spirituel de la respiration.

Dans cet EP, Ciel tient un rayon éblouissant, elle noue un lien coulant entre trap, shoegaze et IDM, avec un fil conducteur bien épais.