« Start Your Own Fucking Showspace » : l’album-épitaphe d’une obscure salle de Brooklyn

Lightening Bolt / A Place To Bury Strangers / Jeff The Brotherhood / GroomsLightening Bolt / A Place To Bury Strangers / Jeff The Brotherhood / GroomsLes savy Fav / Yvette / Big Ups / OvlovLes savy Fav / Yvette / Big Ups / OvlovLightening Bolt / A Place To Bury Strangers / Jeff The Brotherhood / GroomsHalloween PartyLightening Bolt / A Place To Bury Strangers / Jeff The Brotherhood / GroomsDan Deacon / Prince Rama / Cloud Becomes Your Hand / Mr TransylvaniaDan Deacon / Prince Rama / Cloud Becomes Your Hand / Mr TransylvaniaDan Deacon / Prince Rama / Cloud Becomes Your Hand / Mr Transylvania

Il y aurait beaucoup de mal à dire sur les algorithmes des plateformes de streaming qui, nous donnant souvent la fausse impression de nous ouvrir à un monde de possibilités, ne font que nous enfermer dans une bulle sonore où l’on ressasse les artistes que l’on connait déjà à travers leurs ersatz du même style.

Mais toujours est-il que pour l’âme curieuse qui ambitionne, lorsqu’elle découvre un artiste ou un label, d’en décortiquer toutes les sorties jusqu’à la moindre collaboration, les plateformes mettant à disposition des catalogues dans leur quasi-intégralité peuvent s’avérer une aubaine. On vous avait déjà tenu le même laïus avec un artiste découvert au détour d’une suggestion de Big Brother, voilà qu’on le transpose cette fois à un album, ou plutôt, l’épitaphe d’un lieu emblématique.

Courant Novembre 2014, une obscure salle de concert et studio de Brooklyn nommée le Death by Audio met la clé sous la porte. Nom précurseur de son triste destin, le Death by Audio ferme ses portes pour les causes classiques des lieux musicaux de métropole : quand ce n’est pas les plaintes de tapage nocturne ou les trop exorbitants travaux de mise aux normes, les salles meurent souvent par le rachat d’une grande filiale des lieux qu’elles occupent. Des rachats venant souvent d’entreprises qui cherchent leur capital de cool et de disruptif dans un patrimoine qu’elles portent en étendard, dans des coins hier considérés comme reculés et aujourd’hui perçus par l’indéfectible biais de « l’underground ». Indice sur les concernés ici dans cette photo.

On aurait pu s’aventurer à dire que le Death by Audio meurt dans le même silence que bon nombre de ses consœurs de métropole, à Brooklyn, Paris et ailleurs. Seulement, c’est justement avec l’idée de ne pas partir dans la discrétion et le regret muet que le Death by Audio fêtera ses funérailles dans un immense fracas final. Ce fracas, c’est celui immortalisé par l’album « Start Your Own Fucking Showspace », au nom tout aussi symbolique que celui du lieu. Sorti l’année qui suit sa fermeture, ce méga-album de 25 titres enregistrés live ne se contente pas d’inciter ses lecteurs à suivre la sérénade aguichante de la passion (et ce malgré sa soeur siamoise, la précarité), il dévoile aussi une tracklist à faire pâlir d’envie tous les programmateurs de festivals indé.

Tous enregistrés lors du dernier mois de concerts organisés par le Death by Audio, les titres de la tracklist voient défiler des noms de groupes plus ou moins connus et glorifiés à leur échelle – celle qui va de Pitchfork au fanzine local. Pour la frange de noms plus populaires, ce sont Metz, Protomartyr, Deerhoof, Screaming Females, Ty Segall, Thee Oh Sees, Dan Deacon et Future Islands qui sautent aux yeux. Et pour les connaisseurs des souterrains sombres du rock, les noms de Lightning Bolt, Dirty On Purpose, Natural Child, Tyvek ou Downtown Boys sauront aussi créer leur effet analeptique.

Il faut dire que le lieu n’est pas tenu par le dernier des bouseux, puisque son illustre fondateur n’est autre qu’Oliver Ackermann, frontman du groupe noise A Place to Bury Strangers. Il fonde en 2005 ce studio, salle de concert et espace de création multiforme, par lequel tous les groupes présents ce mois de Novembre 2014 seront passés à intervalles plus ou moins régulières. Ce qu’on sent nettement dans certaines des déclarations des groupes, comme dans la manière dont certains titres résonnent de la sueur de la dernière chance. Brûlant et libre, Start Your Own Fucking Showspace nie par son nom-même l’effet de nostalgie qui l’attend, poussant ses auditeurs à se lever et aller eux-mêmes de l’avant plutôt que de se complaire dans un écrin vintage proche de la rouille.

« This is not a nostalgic cry for the good old days, it’s an invitation to start anew. Start Your Own Fucking Show Space! Seriously…we need it. »

METZ / Protomartyr / Nots /Sleepies / After Party – Fuck Ton

Moving Out Day

Toutes les photos de cet article sont issues du livre illustré de la photographe Ebru Yildiz, « We’ve Come So Far – The Last Days of Death By Audio ».