Festival des Inrocks, jeudi 12 novembre 2015 : un peu plus d’une semaine a passé, et déjà la nostalgie est là, lovée au creux de nos entrailles. Souvenirs d’un temps où aller à un concert ne s’apparentait pas à un acte de résistance, d’un temps où l’amour de la musique n’était pas une faute, passible de la peine capitale.

Et ce soir là, La Cigale est pleine à craquer. Pour cause : Minuit, Rationale, Jack Garatt, DFHDGB (Hyacinthe, LOAS et Krampf) et Odezenne sont au programme. Soirée pluvieuse, les trottoirs étincellent sous le reflet des lampadaires, et la foule se presse devant l’entrée de la salle.

Les hostilités sont lancées par Minuit, et il semble difficile de ne pas faire le parallèle entre le groupe des enfants Chichin et celui de leurs parents. Car comme chez les Rita Mitsouko, l’homme manie ici la six cordes, tandis que la fille a pour fonction de chanter en se trémoussant (ou l’inverse). Le concert est propre, trop propre, et trop calqué sur leurs aînés. Quelques choses intéressantes sont bien à relever (les synthés, par exemple), mais Minuit ne dégage décidément rien de très fort ni de transcendant.

Rationale, au contraire, surprend son monde en prenant véritablement le contrôle de la scène et du public. Le groupe mêlant gospel, electro et rock possède un chanteur au charisme rarement égalé. Le bonheur de jouer ensemble est palpable, les musiciens sourient, enjoignent le public à chanter avec eux. Et celui-ci s’exécute avec joie, reprenant en choeur « Fuel To The Fire », avant de laisser partir le groupe sous un tonnerre d’applaudissements.

Au tour de Jack Garratt de se confronter aux nombreux spectateurs parisiens. Casquette sur le crâne et barbe rousse, l’homme au look de hipster new-yorkais est seul sur scène. Laissons la citation d’une fille du public résumer sa prestation : ‘’putain que c’est chiant, encore un gars qui chante à propos de sa meuf qui l’a largué’’. Voilà. Sinon, la bière fut bonne, et la file d’attente au bar trop longue.

Puis viennent les trois gars de DFHDGB, pour une transition de 9 petites minutes. Le rideau de la Cigale n’est pas baissé, le son pas très clair, et une bonne partie du public est sortie fumer sa clope. Pas le temps d’attendre, LOAS, Krampf et Hyacinthe balancent coup sur coup trois titres, offrant à leur auditoire un inédit : « Vive Le Vandalisme ». La formule marche très bien, les deux rappeurs délivrent une belle prestation, brillamment épaulés par Krampf et ses machines.

Prestation en dents de scie pour Odezenne, la tête d’affiche de la soirée. Quand certaines chansons sonnent complètement plates, d’autres résonnent presque comme des hymnes. En témoignent leurs interprétations de « Dedans« , ou de « Rien » et de son solo de guitare tout en intensité. Qu’on les aime ou non, au vu des réactions du public surexcité, une chose est certaine : Odezenne fédère et fascine. Les deux leaders arpentent la scène nerveusement, glissant ça et là des soupçons d’autodérision. De leurs nouvelles compositions, principalement jouées en deuxième partie, nous retiendrons surtout « Souffle Le Vent ». Difficile d’éviter les superlatifs à propos de ladite chanson, celle-ci étant réellement très belle.

Et la soirée se termine, chacun sort de la salle repu et fatigué, et se retrouve sur le trottoir devant la Cigale. Là, les habituels touristes et leurs sourires béats prennent en photo le Moulin Rouge, quelques dealers attendent le client, et des couples s’embrassent sous la pluie. Les sirènes n’ont pas encore fait sonner leur glas, et le monde parait à peu près léger. Ne nous reste plus qu’à espérer pouvoir très vite repasser une soirée dans cette forme de relative insouciance. Rien, en tout cas, ne nous empêchera d’aller voir des concerts, surtout lorsque la programmation est à la hauteur de cette soirée du 12 Novembre.