Miley SeriousMalibuOk LouDj Ouai et Carin Kelly. Sous ces noms aux premiers abords un peu potaches et second degré, se cachent des djs, productrices et musiciennes tout ce qu’il y a de plus sérieux et qui forment ensemble le crew TGAF, acronyme de These Girls Are On Fiyah. La traduction s’avérant hasardeuse (littéralement, « Ces Filles Sont en Feu »), nous laisserons l’acronyme tel qu’il est : une affirmation toute en énergie et en fun, une référence au célèbre morceau d’Alicia Keys et par là même, une définition plus précise.

Crée à la suite d’une réunion impromptue sur la webradio Piiaf il y a quelques mois, TGAF est devenu un projet à part entière qui a su s’imposer en douceur dans le paysage électronique parisien et français, grâce à une vision rafraîchissante d’ouverture et de partage. Car pour elles, la musique doit être décomplexée et bienveillante, débarrassée de ses à priori et de ses clivages pour traverser et concilier les genres. Sans oublier la dimension du fun et du plaisir. Bref, on ne peut qu’être d’accord avec un tel concept.

On est donc parti découvrir le crew pour discuter de leurs parcours, de leurs projets et de la scène électronique parisienne. Rencontre avec l’équipe au (presque) grand complet autour d’un café, d’un thé et d’un citron chaud :

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Une photo publiée par Radio PiiAF (@wearepiiaf) le

Commençons par la question un peu pénible, comment vous êtes-vous rencontrées ? C’était quoi le point de départ de TGAF ?

Malibu: On se connait toutes plus ou moins depuis un certain temps. On aime toutes la musique d’une manière différente je pense et on kiffe des choses différentes. À l’occasion d’une émission que devait animer Ok Lou, elle nous a conviées et au final je pense qu’on s’est naturellement dit que c’était intéressant d’avoir nos cinq personnalités et goûts autour de la table une fois par mois.

Ok Lou: On a chacune des histoires différentes, on n’est pas vraiment des amies de longues dates et nos liens au sein du crew sont tous issus de différentes rencontres. L’union s’est faite assez naturellement, comme peuvent se réunir des gens qui partagent la même passion et qui sont d’un même cercle.

Libé, Trax et avant ça The Fader vous citent, j’ai l’impression que les choses se passent plutôt bien pour vous en ce moment.

Malibu: C’est sympa qu’on parle de nous, surtout qu’on n’est pas à proprement parler un « crew » de djs ou quoi que ce soit. C’est une jolie reconnaissance et ça nous prouve que les gens sont intéressés par l’émission et les personnes qui se cachent derrière les micros !

Dj Ouai: Oui ça fait super plaisir. En faisant TGAF, on s’attendait pas du tout à avoir autant de retours positifs, surtout de la part des auditeurs et du public. À la base, on était juste saucées de pouvoir parler de nos coups de coeur à la radio, et partager ça avec notre entourage proche. Mais c’est super gratifiant de voir que des personnes d’horizons ultras variés écoutent nos émissions ! Ayant toutes des parcours, des influences et des goûts différents, on est hyper ouvertes et tolérantes. On essaie de ne jamais se fermer catégoriquement à des styles ou des esthétiques et c’est ce qu’on cherche à transmettre avec l’émission. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les gens kiffent.

Les sets que j’ai pu écouter sont très orientés club mais sont variés et piochent dans plein de styles. Et en même temps, vos productions sont parfois très dreamy et mélodiques, presque ambient. Comment vous vivez ce « grand écart » ?

Dj Ouai: Je pense que les choses ne sont pas si schématiques que ce que tu décris. Dans la vie de tous les jours, on écoute de tout donc je pense qu’il y a de tout dans notre travail. Si t’écoutes des mixes de Malibu postés sur Soundcloud, tu verras que ce n’est pas du tout club, que ce sont des mixes pensés comme des objets sonores et fait pour être écoutés dans un autre contexte que celui du club.

Ok Lou: Entre nous cinq, les styles, les préférences, les manières de mixer et produire sont très différentes. Beaucoup de choses lient nos sensibilités évidemment, sinon on ne travaillerait pas ensemble, mais en terme d’énergie et de couleurs, il y a une palette assez large.

On ne s’est jamais vraiment posé la question d’expliquer ça ou de savoir si on le vivait bien, c’est juste un atout je pense. Une manière aussi inconsciente de revendiquer la diversité et la liberté dans nos orientations. On n’en a jamais parlé, parce que c’est un équilibre naturel qui nous convient.

Carin Kelly: D’un côté ça va de soi cette différence, dans le sens où on nous fait jouer dans des clubs à une certaine heure tardive de la nuit, et que du coup on est forcément amener à jouer du club parce qu’on a envie que les gens dansent et s’amusent. Après, moi ça me concerne peut être un peu moins parce que j’aime vraiment cette musique club et qu’il y a peu de différences entre ce que je joue et ce que j’aime. Mais pour les autres, oui. Car quand tu joues, c’est forcément pour un public.

Dj Ouai: Oui, quand on joue en club, évidemment on ne va pas passer de l’ambient. Quand tu fais des djs sets, t’as juste envie de jouer les tracks sur lesquels tu t’enjailles quand t’es chez toi, tu veux que les gens dansent. Pour la production c’est différent. C’est une sorte de reflet, un condensé de tout ce qui t’inspire, et pas seulement dans la musique d’ailleurs. C’est un autre versant de ta personnalité, quelque chose que tu construis d’une autre manière.

Ok Lou: Ce qui nous caractérise toutes les cinq, c’est qu’on a cette attache à la club music, aussi par nos connaissances sur Paris.

Dj Ouai: Aussi, il y a tellement de mix et podcasts qui sortent tous les jours sur soundcloud, joués sur des webradios ou autres qui sont clubs, je trouve ça – pas dommage – mais un peu banal de poster ça. C’est un support différent. En club tu as plus envie que les gens dansent et chez toi tu as envie de faire ce que t’as envie de faire. Tu peux le poster et tu sais que les gens pourront l’écouter chez eux, dans les transports, dans un autre cadre que le club.

Miley Serious: Quand on est en club, il y a quand même des limites. Même si on a envie, chacune, avec notre patte et notre identité, de jouer différemment, on va jouer des trucs club. On est plus libre dans nos mix et tu n’as pas ce côté fermé du club où tu peux vider une salle en deux minutes. Ça se travaille différemment, un mix maison c’est plus comme une pièce à part entière.

Vous en pensez quoi de cette étiquette « Internet Wave » ?

Ok Lou: C’est une étiquette comme toutes les autres. Une invention de journaliste qui est en fait complètement nécessaire pour le public, c’est un processus qui a toujours existé et qui existera toujours, les gens ont besoin de mettre des mots sur les choses, et je comprends ça.

Je pense que la réaction un peu naturelle d’un artiste lorsqu’il est illustré par un mot ou une étiquette, c’est une sorte de rejet puisque automatiquement ça « résume » un univers. Ça le catalogue, le met en cage. En tant qu’artiste, on aura toujours tendance à dire « mais sniff c’est pas que ça » avec un sentiment de frustration. Mais il faut se détendre là dessus, en vrai, c’est juste un mot. On s’en fout.

Carin Kelly: C’est vrai que ça pose toujours débat cette question d’étiquette, mais on a eu des réactions assez disparates dans le groupe. Il y en avait qui étaient un peu plus révoltées que d’autres, je ne sais pas si c’est passé maintenant. C’était à chaud, l’effet de surprise qui dominait sur le reste.

Dj Ouai: Pour moi ce n’est ni plus ni moins qu’un titre d’article et je pense qu’aucune de nous ne se sent concernées par cet intitulé. Internet est omniprésent dans la vie de tout le monde depuis des années et je pense qu’aujourd’hui ce n’est clairement plus le sujet. Ça aurait fait un bon titre en 2010, et encore. Pour moi, c’est comme si on disait la « Fax Wave » ou la « Téléphone Wave ». C’est un support et un outil mais absolument pas un style. Ça ne veut rien dire. Ce qu’on valorise vraiment aujourd’hui justement, c’est cette notion de crew, de famille dans la vraie vie. Internet sert à communiquer et à diffuser. J’imagine que tu fais échos aux articles parus récemment, mais vouloir regrouper autant d’artistes dans un même panier pour parler de ce qui se passe en ce moment en France, c’est plus que réducteur.

Ok Lou: Il faut faire la différence avec les courants qui utilisent Internet comme objet lui même esthétique – ce qui est le cas de la Vapor Wave et du Sea Punk, où t’as toute une symbolique qui est inspiré par internet.

Carin Kelly: On ne s’y attendait pas mais ça va aussi avec le fait qu’au départ – ce n’est pas qu’on a fait TGAF sans ambition – mais on est un groupe de potes qui se kiffent et on ne s’attendait à ce que nos projets se développent autant tu vois. On doit faire des shootings, des interviews, on passe à la radio – c’est là qu’il y a un fossé. On s’est dit « Cool, on passe à la radio, on va partager des trucs ». Je suis contente qu’on ait un article bien sûr ! C’est le bon côté aussi.

Ce qui est aussi plus complexe c’est qu’on ne produit pas de sons à la base, on est une émission de radio. C’est un peu bizarre de poser une tendance sur un projet qui est une émission de radio. C’est un support majeur mais parler de “musiques-internet”, c’est… C’est pas complètement vrai, mais pas complètement faux non-plus.

Par contre, ce serait mentir que de dire qu’on n’appartient pas à cette tendance. On est des jeunes, on passe 80% de notre temps sur Internet et en particulier les réseaux sociaux, avec chacun son préféré. On est beaucoup à s’être rencontré online avant de se voir en vrai, et je dirais que c’est cet esprit qui caractérise cette tendance. Au fond, on est des jeunes normaux qui chatent et diggent sur Internet, rien de plus normal. Comme dirait mes parents “On est né avec”.

Aussi, on est toutes différentes et c’est ça qui est hyper riche. Il y a des filles du groupe qui correspondent peut-être plus à cette étiquette là mais d’autres moins, et au final c’est ça qu’on revendique : c’est de montrer qu’avec TGAF, il peut y avoir réconciliation des genres. J’écoute plein de trucs qui ne sont pas du tout la came des autres, et inversement. Mais on arrive à en parler quand même, avec des références différentes du genre “moi j’écoute ça, et toi t’écoute ça, mais on peut écouter ça tous les deux et trouver un terrain d’entente”. En France, t’es en soirée, il y a un tel qui écoute du hip-hop, et un tel qui écoute de l’électro, et ils ne peuvent pas écouter la même chose dans une soirée. Il y a un fossé qui se creuse et qui n’a pas lieu d’être en plus. Depuis que je suis dans TGAF, j’assume grave de kiffer Ariana Grande. Mais avant j’écoutais et ne le disais à personne. Un dj qui – je trouve – gère ça à merveille, c’est Krampf.

Miley Serious: C’est l’exemple que je voulais citer ! Il montre qu’on peut être d’une certaine scène et avoir un interêt pour d’autres choses. Écouter un set de Krampf c’est exactement ça. Ce n’est pas dire qu’il n’y a rien de mauvais, mais essayer d’assumer tout de A à Z et se dire « OK, c’est un pire hit calibré pour Ibiza, mais il y a de l’efficacité”. Parfois le mauvais goût peut être bien utilisé, et il y forcément quelque chose de bon dedans. Pourquoi ça ne serait plus bon si un milliard de personnes l’ont écouté ?

Dj Ouai: Ce qui est cool, c’est de pouvoir assumer d’apprécier le plus gros hit mainstream au track le plus pointu que personne ne connait. Et c’est comme disait Nina, ça réconcilie les genres et les gens. Tu te rends compte que tu peux assumer différents styles et assumer d’aimer, par exemple, Justin Bieber. Tu peux faire abstraction que ça soit Bieber et admettre que tu aimes bien !

Mais du coup, est-ce que vous comprenez que le fait d’apprécier Bieber et Ariana Grande soit vu comme une posture par certains ?

Ok Lou: C’est une liberté que l’on a. Pas seulement chez TGAF, mais avec les gens qu’on voit. Il y a plein de personnes qui se posent zéro question.

Miley Serious: Ne pas réfléchir à l’estime du morceau, à sa valeur.

Ok Lou: Je parle un peu de moi là, mais j’ai toujours baigné dans la musique classique et j’ai toujours été avec des gens qui étaient des scientifiques du son. Des gens qui ont beaucoup de culture musicale, ancienne et actuelle, sur l’histoire de la musique même. Après mon bac, j’étais dans une école de jazz et cela m’a choqué parce qu’il y avait un rejet, je trouvais ça dingue. 
Tu es pourtant avec des gens, des artistes, qui prônent une ouverture d’esprit, qui diffuse un message de paix et d’amour – ça me paraissait logique tout ça. Je trouve que les gens qui ont de la connaissance sont les plus, euh …

Dj Ouai: Nazis ? (rires) 
 


Ok Lou: Et qui défendent un peu inconsciemment un espèce d’élitisme que je trouve à vomir.

Miley Serious: Il y a ceux qui pensent avoir une connaissance plus mathématique et technique de la chose, et donc ont, selon eux, la bonne analyse de la musique. Ils pensent que tu ne peux pas développer ta musique si tu n’as pas cette connaissance. Et c’est dommage.

Ok Lou: On n’a pas forcément besoin de ce côté élitiste. Il y a des gens qui ont besoin de musique accessible – par exemple de celle de Rihanna – simplement parce que ça fait du bien. Que ça brasse des millions et que ça soit un produit fake ou pas, c’est pas le propos, on s’en fiche. C’est vraiment quelque chose que je défends et je suis fière d’avoir des gens autour de moi qui pensent la même chose.

Dj Ouai: Ça me fait penser à une anecdote de soirée : j’ai mis sur Youtube un morceau à six millions d’écoutes, et une fille que je ne connaissais pas m’a dit « Non mais c’est pas sérieux ça« . Le genre de personne qui pense s’y connaitre, et qui m’a jugé sur ça, en se disant que j’écoutais que ça et que j’avais aucune culture musicale. Ce sont eux qui n’en n’ont en réalité aucune, ceux qui se permettent de faire les nazis.

Ok Lou: J’ai aussi discuté avec des gens qui ont une culture de l’underground qui n’est pas mieux.

Miley Serious: C’est énervant de se retrouver devant quelqu’un et de lui dire « Bah oui, je suis fan de Justin Bieber, désolée » … En plus, tu n’as même pas à t’excuser. Pas plus tard que ce matin, j’ai entendu quelqu’un dire que tout était à jeter chez lui. Si ton truc c’est d’écouter Manu Chao et que c’est mieux pour toi, je vais pas te dire que c’est mauvais. Ça me parle pas, c’est tout.

L’exemple de Manu Chao est super bien.

Miley Serious: Et à côté de ça, il y a cette façon de penser: puisque ça dépasse tant de vues ou d’écoutes, c’est de la merde. C’est pas parce que ce n’est pas diy que ce n’est pas bon.

Dj Ouai: Du genre « J’aimais bien le premier track de PNL, mais maintenant qu’ils sont connus c’est nul ». Je caricature bien sûr, mais c’est l’idée.

Miley Serious: La qualité est chiffrée maintenant. C’est dommage.

Dj Ouai: Ça serait cool d’écouter de la musique sans savoir le nombre d’écoutes ou de vues. Si tu enlèves les chiffres, tu verrais vraiment le goût des gens – parce que ça influe, forcément.

Miley Serious: Pour revenir à l’émission, c’est super bien quand on fait ça. Vu que c’est un thème, je pense au sentiment premier des morceaux auxquels on pense, qu’on chérit, qu’on aime beaucoup, et peu importe la provenance. Il peut y avoir de la cornemuse, si on aime bien c’est pas important. Et du coup avec TGAF on a réussi à avoir ce rapport là, de se détacher de tout cette pression culturelle. On est là pour partager, que ça soit dans une discothèque sur-pointue ou à Leclerc.

Dj Ouai: Quand on fait l’émission, on oublie les chiffres et on ramène les morceaux que l’on aime.

Miley Serious: J’adorais travailler dans les magasins de fringues genre New Look parce que j’avais le top hits des radio, d’où mon amour pour Calvin Harris. Il me rend dingue, c’est trop ouf.

Dj Ouai: Il y en a une nouvelle là ? Autre exemple : l’EDM. J’adore, je peux kiffer plein de choses.

Carin Kelly: C’est clair, ça donne une adrénaline comme dans les montagnes russes.

Dj Ouai: Si je passe ça dans une soirée, on va me cataloguer direct.

Carin Kelly: On a toutes eu un parcours où on s’est dit que c’était vraiment nul ce type de son.

Miley Serious: Mon frère écoutait de la drum’n’bass, de la jungle et je détestais vraiment. Maintenant j’apprécie beaucoup ! Je pense que tu aiguises la chose et que t’arrives à voir où ça mène.

Dj Ouai: J’ai eu une phase Sean Paul/dancehall, et dans ma classe c’était trop la honte d’écouter ça. J’avais honte de le dire.

Miley Serious: J’écoutais les Beatles et on me surnommait Nostalgie ! (rires)

Est-ce que vous voyez une vraie scène musicale (surtout sur Paris) se détacher et évoluer ensemble ? Je pense à des artistes comme Aprile, DETENTE, les nuits Bye Bye Ocean

Dj Ouai: Oui carrément, DETENTE gère le label PERMALNK avec Aprile qui lui-même organise les soirées Bye Bye Ocean. Avec DETENTE, on organise les soirées %, on se connait tous, on est potes et on partage des projets, tout est très lié. Mais il n’y a pas que nous à Paris, et partout en France d’ailleurs il y a un vrai microcosme d’artistes à être engagés dans cette scène et à vouloir la développer. Je pense à des artistes comme Boe Strummer, Sunareht, O. Xander, CLUBKELLY, Doline, Krampf, le crew [re]sources. Il y aussi le crew montpelliérain Radio Los Santos, les soirées Rebecca à Lyon, bref la liste est longue.

Ok Lou: Oui bien sûr. À partir du moment où un artiste est influencé par quelque chose, il s’insère naturellement dans une scène musicale. Ce n’est pas un choix – ça peut remarque – mais plutôt une évidence. Ton son sonne comme ceci ou comme cela, ce sont des directions … J’imagine que tu utilises le terme « détache » pour exprimer le fait que nos émissions et nos goûts révèlent des artistes et des courants « neufs », et je pense que oui, en France c’est un peu le cas en de moment.

Carin Kelly: Et je dirais même qu’en dehors de l’aspect musical, il y a une forte tendance pluridisciplinaire qui émerge de tous ces projets. On écoute de la musique, on fait des images, on fait des films et on mélange le tout.

On fait quasiment tous partie de la même génération – je ne sais pas si c’est qu’on a le blues des années 80 qu’on a pas vécues – mais en tout cas on a envie de s’exprimer en revendiquant l’abolition d’une certaine hiérarchie établie entre les disciplines. En France, les gens ont l’habitude de rester à leur place, un musicien fait de la musique, un réalisateur fait des films. Je pense que cette scène dont tu parles se détache non seulement par un renouveau musical, mais aussi par la richesse des médiums avec lesquels elle s’exprime.

On en parle souvent dans nos émissions: « Allez voir le clip », « Ce son fait partie d’une installation« , etc. Moi- même, mon premier « job », c’est pas d’être dj ni musicienne, je fais des images et des films. C’est aussi ce qu’on a envie de partager avec TGAF : notre sensibilité musicale va de paire avec une sensibilité artistique.

Question vie nocturne : vous sortez où, à Paris ?

Tous ensemble: au Melting Club.

Carin Kelly: Globalement, on sort tous en bande dans les clubs cités et c’est trop cool. Après moi c’est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas allée en club pour écouter de la techno, ça me manque un peu. J’ai bien rodé vers la Machine et le 6B, pour ne citer qu’eux.

Ok Lou: Après si on veut danser pendant des heures les yeux fermés, on va à la Concrete, clairement. Ou au Batofar. Je suis sur Paris seulement depuis un an et demi, j’ai pas non plus ridé tous les clubs de la capitale.

Dj Ouai: On va à la Java pour les soirées Bye Bye Ocean, qui sont pour moi les meilleures de la ville. Aussi, au Chinois à Montreuil, pour les soirées I’ve Seen The Future et Parkingston. Ce ne sont que des lives, c’est un peu expérimental et les gens sont capables de rester jusqu’à 5-6h alors que ça bouge pas trop.

Ok Lou: Aussi, les soirées gay. À 80% des nuits LGBT que j’ai faites, le son était trop cool.

Dj Ouai: À la Coucou, et au Gibus aussi.

Miley Serious: Il y a ce côté désinhibé et l’envie de faire la fête librement. Ils attendent juste que tu breakes avec un Mariah Carey en fait. (rires)

Dj Ouai: Et dans chacune de ces soirées, ils attachent beaucoup d’importance à leur visus, font appels à des graphistes, c’est tout aussi important que la musique. Il y a une sorte de pluridisciplinarité dans ces nuits.

Miley Serious: Et je pense qu’on en a besoin de ça, parce que ça n’enferme pas le truc. Et pour revenir sur la question de la scène, on a la chance d’être hyper bien entourées. Les gens autour de nous sont des amis, c’est hyper agréable. 
J’ai l’impression qu’on voit plus cette scène parce qu’on joue dedans et qu’on s’y insère. On fait des soirées pour pouvoir faire jouer les amis, les potes. Parce que pour nous, tout le monde doit avoir la chance de le faire, alors que pendant des années, c’était trop difficile d’attirer quelqu’un si t’as rien.

Dj Ouai: Le fait de faire de la musique s’est hyper démocratisé, plus de gens veulent en faire et c’est d’autant plus facile de créer. Il y a plein de choses qui apparaissent de partout, et ce n’est plus réservé qu’aux élites ou aux gros noms. On commence à se connaitre avec les gens de notre « scène » et il n’y a pas de rivalité. On s’aide et se renvoie la balle, on s’invite. On aime bien en fait ce truc, cette énergie.

Miley Serious: Je ne verrais pas la chose autrement maintenant.

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Vous en êtes à votre cinquième émission sur Piiaf et vous changez de format pour passer au bimensuel. Il sera comment, le second format d’émission ?

Malibu: Plus courte, effectif réduit, plus « spécifique » sur un sujet en particulier je pense – mais toujours le même esprit assez libre. Je pense qu’on ne se met pas vraiment de barrières, on veut juste passer du son qui nous fait quelque chose, le partager.

Dj Ouai: Pas très différente. Elle durera une heure au lieu de deux et sera présentée par deux d’entre nous à tour de rôle, toujours autour d’un thème mais cette fois-ci plus ciblé, plus concret. Ça nous permettra d’approfondir des choses qui auront pu être évoquées rapidement dans la grande émission. Par exemple, on vient de diffuser la première là, et le thème c’était Justin Bieber. On voulait se faire kiffer mais aussi essayer de voir en quoi sa musique peut être une influence pour des artistes plus underground aujourd’hui, etc.

Ok Lou: On cherche à discuter d’une chose dans ses détails, parler de l’historique, de l’actualité d’un artiste ou d’un mouvement par exemple, de son évolution, …

C’est quoi la suite pour vous ?

Dj Ouai: On a des dates prévues pour jouer en Espagne, en Hollande… On va sûrement faire une autre soirée TGAF bientôt à Paris. Notre volonté, c’est de pouvoir continuer l’émission et de l’améliorer dans la mesure du possible. Pour le reste on ne peut pas vraiment savoir, chacune a ses projets personnels bien sûr, mais pour TGAF, on ne veut rien forcer. On préfère que les choses se fassent naturellement, comme c’est le cas depuis le début.

Ok Lou: On prend le projet très à coeur, on s’en occupe toutes différemment tous les jours. Il y a des gens qui s’intéressent à ce qu’on fait, et ça fait du bien de mener un projet qui a pour premier objectif le simple partage. On se sert de l’émission et du crew pour promouvoir nos projets solo bien sûr, mais le propos de base n’est pas du tout ça. On ne pensait pas du tout commencer à mixer, organiser des soirées. On étaient juste saucées par l’idée d’animer une émission et de pouvoir dire aux gens « passez pas à côté de ce truc », donner du poids à nos coups de coeur.

On connaît tous ce sentiment d’être amoureux d’un morceau et de le faire écouter à un pote en espérant qu’il ressente la même chose et qu’il se dise « Putain, ça défonce ! ». Personnellement, c’est un peu comme ça que je vis le truc, c’est ça qui me plait.

 

Vous pouvez retrouver le crew au complet le 21 mai à San Sebastián, en Espagne. Plus proche de chez nous, elles joueront le 24 juin au Melting Club pour la prochaine % avec Lemonick et Realitycheck. Entre temps, Dj Ouai et Miley Serious seront à Londres le 3 juin pour la soirée Tobago Tracks, et enfin Miley Serious et Carin Kelly seront au Petit Bain le 18 juin pour la fête de Le Vasco.