Redorer le blason de la new wave avec l’esthétique du XXIème siècle, tel est l’ambitieux objectif que s’est fixé le duo Ruby Haunt. Ce qui n’est pas une mince affaire, compte tenu de la prolifération de groupes du genre. Pourtant les deux américains ont bel et bien réussi à sortir du lot, comme en témoigne leur dernier album, Sugar.

New wave, post punk, dream pop ou autres étiquettes en -gaze… Au jeu des appellations, Ruby Haunt a décidé de ne retenir que soft punk. Une description réductrice mais qui résume assez bien l’esprit du duo. Derrière des instrumentales oscillant entre les années 80 et la minimale du début du deuxième millénaire, se dissimule une forme de rage à bout de souffle. Tapie sous une voix qui n’a pas dû manquer d’entendre celle d’Ian Curtis, une hargne mélancolique anime les treize titres de ce disque froidement romantique.

« We are strangers to ourselves »

Originellement nommé Haunt, le duo a ajouté une fille à sa quête, une Melody Nelson répondant au nom de Ruby. Femme idyllique, réelle rencontre ou simple illusion, toujours est-il qu’au moment de citer la rencontre qui a changé leur vie, le duo répond sans hésiter « Ruby ».

Avec deux albums et deux EP sortis depuis 2015 et une pléthore de vidéos, Ruby Haunt se distingue par sa forte productivité. Pour autant, chaque disque possède sa propre cohérence, sans redondance aucune. On pourra bien évidemment leur reprocher de céder à la facilité de verser dans la new wave à coups de boîte à rythme et de voix graves. Mais on ne peut leur enlever leurs mélodies audacieuses, leur mélancolie saisissante et la force de plusieurs titres, bien aidés par des vocalises féminines et pop.