On ne ressort pas indemne d’une performance de Julien Desprez. Sa transe est aussi contagieuse que sa musique cathartique. Guitariste stakhanoviste, cofondateur du collectif COAX et accompagnateur, entre autres, de Jeanne Added, Thomas De Pourquery ou Tortoise, membre des groupes DDJ et Radiation 10, et on en passe.

En solo, Desprez propose une performance basée sur la corrélation entre le son et la lumière, Acapulco Redux. Cavalier de l’apocalypse sonore, light « jockey » de l’extrême, il éperonne ses pédales d’effets, cravache sur ses cordes et chevauche sa guitare, mustang indompté, ruant sur des flashs tantôt stroboscopiques, tantôt éblouissants d’une lumière blanche et aveuglante. Le spectateur, telle une tique sur la crinière d’un poney au galop se retrouve balloté mais irrémédiablement accroché par ces morceaux de bravoure intense (nb: ces hasardeuses images équines ne vous ont pas été offertes par la boucherie chevaline).

Son espace scénique, disposé en arène entre ses pédales d’effet au centre et son agencement électrique autour, le fait tourner comme un lion en cage, disparaissant au gré des altérations lumineuses, réapparaissant dans un tonnerre de saturation à un endroit différent. L’illusion procurée égare une assistance déjà déséquilibrée par les prouesses sonores, et l’on se surprend à tanguer comme un wookie passant en hyper-espace, les grognements inclus.

Dans les moments plus calmes, on sent sa guitare, plus utilisée dans son cas comme une percussion, tapie dans l’ombre, prête à exploser, à déverser sa fureur, ce qui amène une intensité palpable à tout moment, mais aussi une attention de tout instants de la part de l’auditoire. La réussite de cette performance réside également dans l’interaction entre les trois protagonistes du show, à savoir la guitare, la lumière et l’homme, qui sont totalement indépendants mais paradoxalement au service des deux autres – la cohésion par l’autonomie en quelque sorte.

Bien sûr, son approche musicale est contemporaine, déstabilisante voire dérangeante, il possède autant de chances de toucher le grand public que Depardieu d’obtenir le premier rôle dans Emilie Jolie (quoique bien maquillé…), et il est clair que certaines oreilles délicates y entendront beaucoup de bruit, mais comme disait justement John Cage : « Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le. »

Julien Desprez