Les portes ne sont pas encore ouvertes, un gars installe un néon en haut du grillage : « On ouvre dans quelques minutes« . On attend le signal au chaud dans la voiture. L’usine abandonnée réhabilitée en club éphémère est connue des locaux, et l’on voit déjà des voitures s’amasser dans cette rue déserte et sombre de la banlieue de Bologne. Le grillage s’ouvre, on monte par l’escalier de secours et l’on atterrit au guichet de la WHP. Les murs sont pleins de graffitis et d’inscriptions protestataires, notamment un « No Tav » de deux mètres de long, slogan des habitants de la région pour la lutte contre la construction d’une voie de chemin de fer. A l’image de l’aéroport de Notre Dame des Landes, ce projet de ligne de train empiète sur des réserves naturelles et les terres agricoles de nombreuses familles. Leurs voix s’élèvent jusque dans ce lieu de recueillement festif, où jouit la liberté d’expression et d’action.

Warehouse bologne

La soirée est une des moins chères de la ville, avec 7€ vous obtenez le droit d’entrée et un tampon fluorescent sur le poignet. La plupart des clubs de Bologne fonctionnent avec une carte de membre, il faut s’inscrire pour pouvoir y accéder. Cette sélection pousse à sectoriser la nuit et à restreindre les mélanges. Le club devient un lieu finalement élitiste, délaissé des jeunes défavorisés qui n’y ont plus leur droit d’entrée. La warehouse tente elle de rester un lieu ouvert : les organisateurs ne vous reluquent pas à l’entrée, on peut y boire pour moins de 2€ et la sécurité y est inexistante.

Warehouse bologneWarehouse bologne
Warehouse bologne

La salle se remplie petit à petit, le kick du set techno est très apprécié, l’ambiance fait remonter les degrés de la pièce bétonnée. Des graphistes et artistes illustrent leurs oeuvres sur un stand, et l’on peut les observer en plein travail de création pendant la soirée. L’un d’entre eux a même organisé un jeu où il faut retrouver l’un de ses personnages dans l’ensemble de son oeuvre – qui ressemblait fortement à une double page de Où est Charlie. N’ayant pas eu le temps de finir le poster, il s’applique sous nos yeux à compléter l’ébauche de ses personnages de bande dessinée.

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Une salle chill out dans le fond permet de s’exiler de la chambre froide aux néons bleus glaçants. Changement complet d’ambiance, deux acolytes passent des vinyles sur des canapés, les jeunes discutent, se posent et esquissent quelques pas de danse. La pièce étroite et chaleureuse s’oppose nettement avec la salle principale, et il nous semble d’un coup évident d’avoir cette offre opposée de température et d’ambiance pour équilibrer les forces vibratoires.

Warehouse bologne

Cela fait plus de dix ans que ce type de soirées existent à Bologne. Les lieux changent mais l’inspiration reste la même : l’envie de rassembler autour de la musique et des arts graphiques, de faire passer des messages politiques sans prétention semble toujours là. Le cadre du warehouse semble toujours inspirer la jeunesse à repousser les limites qu’on lui fixe, à ouvrir son champ de vision vers des couloirs noirs étroits comme vers une armée de néons étourdissants.

Retrouver la page des organisateurs de la Warehouse project de Bologne.