Avec son architecture rappelant un Flatiron miniature et son néon accueillant les danseurs à l’entrée du club, le Black Flamingo fait son impression à Brooklyn. À l’intérieur, la salle du haut a les atouts d’un bar-restaurant pour classe supérieur : décoration de très bon goût, bar à cocktails, tables où l’on sert du guacamole à 9$ quand ce n’est pas encore l’heure de danser. Justement, c’est l’objectif du soir, on se dirige alors dans la salle du bas pour apprécier le all night long de Scott Grooves.

Scott Grooves est un DJ de Détroit qui s’est fait une réputation avec Mothership Reconnection (titre qui a été retouché, chose rare, par les Daft Punk), un de ces vétérans qui pousse les disques avec passion et pas pour la gloire. À le voir enchainer les morceaux avec calme et confiance, on se dit qu’il sera encore derrière le dj booth pour une décennie ou deux. Après avoir commencé sur une note minimaliste, le set de Grooves trouve peu à peu son équilibre autour de morceaux house au groove imparable. Le plaisir est pourtant gâché par la configuration du dancefloor : l’esthétique est soignée certes, mais la musique, qui ne souffre pourtant pas d’un volume sonore trop bas, est partiellement couverte par le brouhaha de la salle, pourtant à faible capacité. Pour remédier à cela, seule solution : se rapprocher, jusqu’à pouvoir toucher le dj, se concentrer sur la musique et admirer les finitions de sa cabine.

Scott Grooves, face à ses quatres platine (moitié vinyles, moitié Cds) se rapproche de plus en plus du disco et semble toucher la corde sensible du public, qui devient alors plus communicatif. Chose rafraîchissante aux États-Unis, quand il s’agit de danser, on y met du cœur, et les danseurs autour de moi enchaînent des pas bien plus sophistiqués que mon déhanchement approximatif de gauche à droite. Je décide de consommer au bar et d’observer ce petit moment de communion.

Petit à petit, alors que cet esprit disparaît, Scott décide d’orienter son set vers des sonorités plus techno, mais le public ne le suit pas et l’engouement général se perd. Après une petite pause dans la salle du haut où les DJs résidents enchainent des pépites discoïdes pour un public qui se drague à coups de cocktails, on retourne écouter le natif de la Motor City. Celui-ci est revenu à une formule plus house, qui a déjà fait ses preuves plus tôt dans la soirée. Jusqu’à la fin de la soirée, il fera danser son public bruyant sur ses solid grooves. Pas rancunier, il offre à ceux qui s’attardent devant ses platines alors que les lumières annoncent la fin, un CD gravé de ses derniers morceaux. « Music is meant to be shared ».

Récompense du soir pour les danseurs restés jusqu’à la dernière minute.

Le Black Flamingo est un club classieux situé au cœur de Williamsburg, le quartier “cool et hipster” de Brooklyn. Tellement “cool” et “hipster” que Williamsburg est dans sa phase terminale de gentrification : celle de l’édification de gratte-ciels à la Manhattan et des loyers qui atteignent les mêmes altitudes. Un processus qui n’est pas sans conséquence sur l’écosystème de la musique électronique. À ce titre, le Flamingo en est une bonne illustration. Le bar-restaurant-club est typique de ces nouveaux lieux pour populations aisées. La programmation a le mérite d’être pointue, mais l’expérience manque d’authenticité et le public donne plus l’impression de venir consommer la musique que de la vivre.