Si Londres n’est pas en proie à la frénésie sécuritaire parisienne et son ambiance lourde du moment, elle fait preuve en revanche d’une grande schizophrénie quant à ses choix de développement sociaux-urbains. Le refrain sur la dérégulation de la fameuse « City » londonienne, vous l’entendez depuis de nombreuses années. Mais quid de l’état de la jeunesse en 2016 ?

C’est avec cette idée en tête que nous avons pris notre appareil photo pour faire le tour d’East London, quartier phare de la capitale, et également l’un des rares lieux s’assumant ouvertement jeune. Le portrait du quartier pourrait se faire rapidement : pullulé de start-up, complètement gentrifié, à l’image des fameux creative district que l’on essaye d’importer dans notre hexagone, non sans difficulté. Au milieu de la cohue des shooting de mode et des brainstorming d’open-space, un élément singulier a retenu notre attention : un chantier près de Old Street.

Sur les façades le délimitant, de magnifiques graffitis condamnés à disparaître dans les mois qui viennent. Le street art est bien sur un art qui s’inscrit dans l’éphémère de son milieu, mais il y a comme une mélancolie devant le contraste saisissant de ces œuvres magnifiques et leurs supports, vulgaires et temporaires. D’un cri indigné, ces artistes graffent un « and we are unemployed » à côté de leurs esbroufes majestueuses.

Street Art East London

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Street Art East London

Cette indignation se confirme facilement aux différents coins de rue du célèbre quartier créatif. Un peu partout, des allusions à la finance de centre-ville sont portées. Politiques et affairistes sont sur le même banc d’accusé de ces jeunes un peu trop paumés pour savoir que faire, si ce n’est s’indigner. C’est l’individualisme même qui semble être porté à tabac, dans une ville qui marche à un rythme effréné. Le prix du ticket de métro – trois fois plus élevé qu’à Paris – cloisonne le peu de miséreux restants dans leurs quartiers périphériques.

Il règne ici et là un parfum aigre-doux, l’environnement londonien devenant ouvertement hostile aux cultures urbaines. De nombreuses institutions culturelles ont de plus en plus de mal à affirmer leur statut, et la majorité de ses acteurs s’alarment sur le phénomène. Cette mise à l’écart de la culture est également portée par des politiques municipales très agressives, comme le bras de fer opposant actuellement la Fabric et le Council d’Islington.

Street Art East London

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Street Art East London

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Nous finirons par tomber sur un Community Garden sur un terrain vague délaissé, à la confluence de deux lignes de chemins de fer. Espace de création, de détente, doté d’un piano et d’une scène où sont régulièrement organisés des concerts, l’espace est parfaitement représentatif de l’opposition de ce quartier avec les grandes tours londoniennes, qui ne sont pourtant qu’à quelques minutes en métro.

Sa jeunesse, désabusée mais pour autant dans l’un des hub culturels et gentrifiés les plus dynamiques d’Angleterre, nargue cette ville taillée pour une autre génération. Une partie de cette même jeunesse enfilera le costume le moment venu. Reste à savoir si les politiques municipales sauront évoluer pour reconnaître le besoin d’un urbanisme plus hétérogène, pas uniquement adapté aux positions d’influences de la capitale britannique. À la barre de leurs embarcations griffées, les quidams blasés s’éveillent d’une conscience lucide, à défaut de faire le choix de la contestation.

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London Youth