Kurt Uenala est un musicien patient. Après avoir accompagné de nombreux artistes sur scène et en studio (The Kills, Depeche Mode, Moby), il est passé de l’autre côté de la barrière pour se lancer dans un projet solo électronique, Null+Void. L’album Cryosleep évoque une structure figée qui prend vie, comme s’il avait conservé pendant dix ans toutes ses idées, avant d’enfin trouver un terrain pour les exprimer.

Son album est d’ailleurs bien emprunt de ces dix années de collaborations : il débute par une plage ambient sur laquelle Peter Hayes de Black Rebel Motorcycle Club pose sa voix, et compte une collaboration notable avec Dave Gahan, autrement chanteur de Depeche Mode. Rencontre et podcast d’un musicien rock immergé dans l’électronique.

Qu’est ce qui t’a amené à produire cet album, comment as-tu su que c’était le bon moment? 

J’ai toujours écrit et enregistré des chansons, sans qu’elles ne soient nécessairement liées à un projet spécifique. Parfois, tu les joues à quelqu’un et la personne veut t’aider à les sortir. Et là tu dois faire un choix : veux-tu faire de l’argent pour payer le loyer et faire exploser le morceau, ou as-tu les moyens de garder le morceau pour toi et de te l’approprier ? J’ai dû lutter pour finalement avoir les moyens de me concentrer sur Null + Void et sortir mon propre album.

Les pièces du puzzle ont fini par s’assembler à l’automne dernier lorsque mon ami et manager Kasper Bjorke a entendu cinq de mes morceaux et a déclaré que cela ferait un bel album. Il avait une relation proche avec un label sympa appelé HFN, je suis fan de ce qu’ils produisent comme Trentemoller et Kasper Bjorke lui-même. Quand ils m’ont dit qu’ils voulaient produire l’album, cela m’a vraiment motivé à le finir et à assembler toutes les pièces.

Le fait de jouer avec Dave Gahan de Depeche Mode a t-il opéré des changements dans ta façon de faire de la musique ? 

Je travaille avec Dave depuis dix ans. C’est définitivement un mec qui gère le chant et l’écriture à l’instinct, tandis que moi je suis plutôt analytique. Il m’a souvent poussé à laisser aller la musique « couler » d’elle-même. C’est très motivant d’être avec lui en studio, il est très animé. Il va vraiment au bout des morceaux, il peut écouter l’idée brute des jours entiers jusqu’à ce que quelque chose lui vienne à l’esprit, chose qu’il va tout de suite chanter et enregistrer au studio, pour capturer l’idée première. Je fais souvent des changements dans la musique, sa structure ou sa clé. C’est très collaboratif lorsqu’on travaille sur des idées.

Ta musique sonne très informatisée, comme si elle sortait d’un film de science-fiction. Comment envisages-tu le futur proche de la musique électronique ?

J’ai beaucoup la science-fiction et rêver du futur, de comment la vie sera un jour. Avec la musique comme moyen d’exprimer les choses qui ne devraient pas exister, cela fait sens. Et avec mon choix d’instruments, mes morceaux peuvent effectivement sonner futuristes. Mais ils ne le sont pas pour moi, je suis très traditionnel dans ma facon de composer et d’arranger. Parfois j’aimerai être plus radical comme mon ami Matrixxman, mais je ne peux pas écrire des chansons sans voix.

Quel était l’humeur de ce mix, qu’est ce qu’il signifie pour toi ? 

Le mix est un enregistrement live des 70 première minutes d’un set que j’ai fait il y a deux semaines à Reykjavik en Islande. Il y a un bar/club légendaire là-bas appelé Kaffibarinn. J’ai joué un samedi soir, c’était très spécial. J’ai joué là-bas car l’équipe derrière le bar sont des amis et que je me sens très connecté à cette partie du monde. On peut dire que j’y ai laissé mon coeur plusieurs fois. Le mix reflète l’humeur de cette nuit, avec des vents extrêmes et le début de l’hiver. J’ai joué sur un incroyable mixer analogique, avec des pédales de guitare FX que le DJ islandais Margeir assemble et qui sonnent vraiment très bien. Même si tu y vas à fond, ça ronronne juste un peu, sans distorsion du son. Parfait.