L’actualité du mois de juin a beaucoup tourné autour de la sortie de l’album de Weval. Ce duo hollandais signé sur le non moins prestigieux Kompakt Records s’est fait remarqué aux Nuits Sonores par leur live astral qui a fait décollé le Hall 1. Le succès de You’re Mine, leur premier titre dévoilé au grand public, amorçait déjà la montée en flèche du duo.

Les deux protagonistes aux manettes du groupe, Harm Coolen et Merijn Scholte Albers, ont sorti leur premier EP Half Edge en 2013 sur Atomnation. Leur musique expérimentale s’y imprégnait d’arrangements incroyables qui élargissent l’espace et le champ sonore. Cette pop expé majestueuse a su séduire Kompakt, qui les invite sur leur compilation Total en 2014. Les EP Easier et It Will Be Just Fine suivront rapidement.

Si nous les avons donc découvert cette année aux Nuits Sonores, eux aussi semblent avoir apprécié l’expérience lyonnaise : « Notre expérience à Nuits Sonores était vraiment intense, d’habitude dans ce genre de salle très grande et impersonnelle, il est difficile d’entrer en communion avec le public. Mais là, il y a eu des échanges d’énergies forts qui se sont opérés. C’est une de nos cinq dates préférées pour le moment ! » affirme le duo. Big up Lyon.

Chevauchement de sons et d’émotions

Les deux acolytes se sont rencontrés à l’école de cinéma, loin des salles de concerts. Ils ne pensent pas pour autant avoir adopté une approche différente de la musique. Si c’était le cas, cette approche serait inconsciente. « On ne pense pas à des scènes de films quand on produit, on pense à la musique d’une façon non conventionnelle, pas orienté pop avec des paroles et un chœur. » affirment-ils.

Ils différencient donc clairement les deux arts, ne laissant aucun doute quant à leur choix de carrière : « Dans les films, ce que tu racontes est concret alors que la musique c’est abstrait, c’est dur d’expliquer comment ça marche, c’est le chevauchement de sons, d’émotions. »
Pour ce qui est de leur façon de produire, elle semble très spontanée et libre : ils essaient des trucs en studio, laissant parfois le hasard faire les choses.

« L’album a commencé par des idées un peu aléatoires, puis on a gardé cinq démos qu’on a vraiment aimées. On a envisagé ça comme un concept, on a voulu garder tous les sons qui nous paraissaient intéressants à jouer. »

Essayant de donner une âme à chaque morceau, les accords se construisent et se détruisent track par track. Il n’y a pas de continuité musicale évidente, seulement une ambiance générale, comme un trip en terre inconnue. « J’espère que tout le monde pourra sélectionner une track qu’il aime plus qu’une autre, car elles sont uniques. En même temps il y a un plus grand voyage, qui se produit pour tout l’album. C’était ça le plus dur, essayer de détacher chaque morceau et de créer une ligne directrice pour l’album » nous confirme t-on.

Un album à la croisée des tons

Voyager, c’est bien le fin mot de la musique. Et Weval réussit ce challenge avec force en nous offrant un album rempli de complémentarités. « C’est un voyage coloré, il traverse toutes les émotions : la tristesse, la joie.. Au début on voulait faire des tracks très chargées, avec beaucoup de basses. Sept mois après on a voulu rajouter des éléments plus softs. L’album reflète les émotions traversées durant cette année de production. »

Le morceau The Battle et l’intro de l’album sont de bons exemples de mélodies mélancoliques. Les instruments à vent donnent le sourire, élevant le ton et les notes, tandis que les basses suggèrent des émotions fermées.

« C’est ce qu’on aime quand on crée de la musique, tu ne sais pas ce que tu as, c’est juste un feeling, tu ne peux pas le décrire : it feels good and that’s enough. »

Leurs personnalités sont plutôt opposées, lorsqu’un des deux se veut patient et calme, l’autre est impulsif et énergique. « On se dispute souvent, mais c’est une bonne combinaison : certaines tracks reflètent plus le comportement de Harm, d’autres le mien. » nous explique Merijn, avant de rajouter : « On essaye de jouer avec ça notamment sur la track Madness. Le début c’est totalement Harm, très expérimental, la fin c’est plutôt moi, comme un poing dans la tronche !» Les opposés s’attirent ? Il semblerait qu’ils aient en tout cas trouvé le point d’équilibre.

« Nos interactions créatives ne sont pas des compromis – on le prend comme une complémentarité – si tu ne sais plus quoi faire tu as toujours l’option de t’en aller du studio et laisser l’autre bosser. On laisse l’autre s’exprimer, on revient plus tard et on avance. »

Sortir un album demande beaucoup de temps et d’énergie, c’est l’accomplissement d’un projet unique. Merijn confirme : « Chaque sortie demande du temps pour qu’elle soit analysée et comprise. J’espère vraiment que cet album va résonner avec les gens. C’est très excitant d’enfin dévoiler notre travail mais c’est aussi un sentiment abstrait, c’est l’heure de grandir ».

Weval a été très bien accueilli par la presse et semble promis à un bel avenir. Est-il facile de rebondir après un travail aussi abouti ? Apparemment oui, puisque les deux ont déjà des idées plein la tête : « Maintenant que l’album est sorti, on se sent très inspiré pour la suite, on a envie d’essayer plein de choses, notamment avec une batterie et des cuivres. »

« J’ai appris ça sur internet »

Et Amsterdam dans tous cela ? L’ébullition permanente de la ville ne semble pas avoir tant séduit les deux garçons aux cheveux d’or : « On connait quelques DJs ici mais on ne sort pas beaucoup. On a appris surtout sur internet. Entre 2010 et 2013 j’ai du regarder au moins 1000 tutoriels ! À cette époque on ne connaissait personne, on était pas impliqués dans les soirées, on a tout appris par nous-mêmes. »

Des artistes autodidactes qui ne sortiraient jamais de chez eux..  C’est presque inédit, surtout dans une ville aussi bouillonnante qu’Amsterdam. Serait-ce des descendants de Kafka ? Allez, avouez que vous avez foulé le sol des clubs une fois ou deux : « On a passé une nuit au Trouw pour 8h de set continu, ça nous a influencé dans la manière de produire ou de jouer en live. Tu peux jouer sans prendre en compte le temps, c’est très différent. C’était comme une révélation. » finit-on par nous raconter. Leur vision du club rejoint assez celle du Dekmantel : une foule avisée, des sets longs et une programmation de jour.

« La foule c’est important, c’est un challenge d’avoir une bonne atmosphère ou son, d’avoir une musique dans laquelle tu peux te plonger. Ce qu’on j’aimerait voir à Amsterdam aujourd’hui, c’est un club qui serait ouvert juste le dimanche après midi, de 14h à minuit, où l’on pourrait danser de jour. »

Trouver un sens à l’histoire

La consommation de masse de la musique électronique a-t-elle changé son sens, sa pratique ? À la base faite pour contrer une culture admise, se positionner à l’opposé d’une société de carcans et de règles strictes, la musique était une arme contre les politiques. Les titres joués aujourd’hui en club sont là pour faire danser les foules, on est loin des combats engagés des années 90. L’électronique a t-elle perdu son sens politique, serait-elle devenu un simple divertissement ?

« La musique peut être un simple divertissement, il n’y a rien de mauvais avec ce terme, mais quand elle le devient, elle perd de son sens. C’est comme le cinéma, parfois tu peux avoir envie de regarder un film juste pour te vider la tête sans réfléchir, parfois tu vas vouloir trouver un sens à l’histoire. Un artiste comme Connan Mockasin est par exemple un très grand changeur, il a créé un son que je n’avais jamais entendu. »

Certains artistes marquent donc plus que d’autres, pour leur voix, leur style, leur engagement. Pour Weval en ce moment, le coeur penche du côté d’Arthur Russell, artiste soul des années 80, et d’un autre duo en vogue, les Red Axes.

Découvrez l’album de Weval en streaming sur le site de Kompakt.