Amsterdam est inévitable en Europe : tout d’abord pour son rayonnement culturel et pour la beauté de son centre-ville, mais elle s’impose également depuis un petit bout de temps comme l’une des principales capitale européenne de la musique électronique et de la fête en général. Au-delà de tous les avantages pratiques et matériels que la ville propose – vous savez évidemment de quoi je parle – la capitale des Pays-Bas est un microcosme à double facette. La journée, la beauté des églises et la tranquillité des rues charment les promeneurs et les gens de passage. La nuit, la ville aux pierres rouges tombe dans la frénésie de la fête et dans la décadence portée par sa propre tolérance.

Depuis quelques années, les étés hollandais sont rythmés par un récent festival électronique porté par les murmures des backstages des scènes européennes : le Dekmantel. Situé dans les bois du sud-ouest d’Amsterdam, à environ une heure du centre historique de la ville, le festival prend une place ténue entre juillet et août, réunissant pour l’occasion le gratin de la musique techno et électro internationale. Le festival prend principalement place pendant la journée, ce qui le démarque premièrement des autres, faisant vibrer les arbres alentours de midi à minuit. Une scène prend le relais au Melkweg d’Amsterdam tous les soirs jusqu’à huit heure du matin, comme si cela ne suffisait plus. Chaque année, le festival double sa population, signe d’une bonne santé et d’une réputation qui n’a pas tardé à se faire connaître.

dekmantel festival 2015 scene

Main Stage et scène UFO 

Le Dekmantel est situé dans une immense clairière qui jouxte la bordure sud de la ville, emprisonné entre les faubourgs cossus et les infrastructures toutes neuves du quartier de Zuid. La navette spéciale nous emmène sur le lieu de l’événement, nous déposant tout à côté d’une grande entrée ouvrant immédiatement sur la clairière principale. Une fois le check-in passé, nous arrivons directement en face de la Main Stage, une immense coupole en toile protégeant un dancefloor poussiéreux faisant face à une immense bande circulaire de leds qui forme la scénographie principale du festival. Des kilos et des kilos de Funktion One s’entassent sur les côtés du booth, conférant au son électronique une belle puissance et surtout une grande précision. Vu de côté, l’ensemble de la Main Stage a des allures de rêves, ou de cauchemar pour certains. La fumée serpente entre les danseurs, généralement sur une sonorité assez deep et rythmée, du type John Talabot, Dixon ou Mano Le Tough. Mais nous avons également eu le droit à deux belles performances des maîtres de la techno : Jeff Mills, tout bonnement incroyable, et Carl Craig, qui a fait crisser nos oreilles avec ses rythmes complètement perchés. La scène magique, en quelque sorte.

En poursuivant notre balade sur le site du festival, nous comprenons rapidement comment celui-ci est structuré. L’organisation est véritablement le point fort du caractère néerlandais, que ce soit pour préparer de délicieuses pommes-frites, organiser un festival techno ou gérer sa politique étrangère. En dépassant de côté la Main Stage, nous nous retrouvons sur une esplanade circulaire dont les bords sont occupés par des snacks venus de tous horizons. Au centre, le van de la station de radio locale NTS crache un son lourd et très porté sur les décibels, dérivant au fil de la journée entre hip-hop, acid house, downtempo et musique expérimentale. Il fait beau, et nous avons l’impression d’évoluer au beau milieu d’un pique-nique géant où personne ne refuserait à quiconque de partager son ketchup. On dépasse le bar, et voilà que s’offre à nous la scène UFO, deuxième plus grande en taille du festival.

C’est aussi la seule scène indoor sur l’ensemble du site. Un grand hangar taillé pour de la techno tunnel, blindé à toute heure de la journée, frais en soirée, bouillant en journée. Avec la chaleur et la transpiration des festivalier, on a l’impression de retourner dans les années pures de la free partie. Le soleil qui filtre par la mince entrée au fond de la salle rajoute un peu à ce tableau hors du temps, rajoutant encore un peu plus de chaleur dans le corps des danseurs frénétiques. Rajoutez à cela la puissance des sets de Blawan, de Nina Kraviz ou encore d’Objekt (complètement démentiel soit dit en passant), et vous obtenez l’atmosphère parfaite pour une danse serrée, sensuelle, puissante et odorante. La scénographie ne présentait rien de particulier, quelques formations de leds placés devant la scène, un arrière-plan peu attractif. De toute façon, nous n’étions pas là pour ça.

dekmantel festival amsterdam 2015

La jungle des scènes secondaires du Dekmantel

En sortant de cette arène de gladiateurs, nous prenons la direction de la seconde moitié du site d’Amsterdamse Bos. Un long couloir en terre battue sépare le terrain central de la Main Stage pour s’enfoncer un peu plus dans la forêt. Un flux continu de jeunes et moins jeunes gens s’active sans cesse dans une épaisse fumée crachée tout le long du corridor. La musique en cours sur la Main Stage s’efface peu à peu pour laisser la place à celle de la scène Selectors, l’un des véritables coups de cœur du festival. Un immense plancher en bois léger s’enfonce directement dans les arbres qui bordent simplement l’ensemble de la scène, lui conférant un visage trop classe pour être traduit en mots. Seul un immense arbre trône seule au milieu des danseurs, les dépassant tous (même les plus grands) de deux bons mètres. La lumière de fin d’après-midi est absolument parfaite sur cette scène, tout particulièrement sur le set magistral de Motor City Drum Ensemble. On y aura vu aussi Young Marco, Donato Dozzy ou encore Floating Points, en set avec Hunee et Antal. On peut vous assurer que l’ambiance était au rendez-vous.

En sortant de la furie de cette scène, qui s’apparente plus à une jungle qu’à une scène, il convient de le souligner, vous tombez directement sur le Lab, scène à moitié indoor squattée par l’équipe de la Red Bull Music Academy. Le lieu est en fait une ancienne serre réutilisée, dotée de lampes solaires, de murs transparents et de plantes tropicales. Là aussi, nous avions l’impression de danser au milieu de la jungle, ou dans un laboratoire de cocaïne colombien. Sur cette scène, une énorme ambiance, portée par les performances incroyables de Steffi, de Madlib, d’Anthony Naples ou encore de Tom Trago. La moiteur ambiante rajoutait encore un peu plus à la sensualité du lieu, que les litres de bières précédemment écoulés avaient auparavant désinhibé. On aurait dit aussi que la musique évoluait selon le rythme solaire : aux heures les plus chaudes de l’après-midi, le goût était aux sonorités dub, hip-hop, voire reggae à certaines occasions. En fin d’après-midi, la techno reprenait sa place légitime, faisant vibrer végétaux et êtres humains dans un bel élan d’harmonie.

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Une Boiler Room perpétuelle

En continuant notre avancée sur le site du festival, on commence à entendre au loin, sur la gauche, des rythmes franchement énervés, analogiques, témoins d’une belle techno des profondeurs en train de griller les bulbes des danseurs les plus isolés. Aucun doute possible, nous arrivons sur la scène de la Boiler Room. L’organisation était présente sur l’ensemble du festival, créant une scène à part entière, assez éclectique et promotrice de jeunes talents. Véritable laboratoire underground (en particulier le dernier jour des festivités), les artistes qui se succèdent rivalisent de brutalité et d’inventivité pour permettre aux festivaliers de pouvoir se défouler librement sur les deux côtés de l’énorme tube en taule. Très, très belle atmosphère également sur cette scène, avec dans nos mémoires un set incroyable de Floorplan (en plus du set de Robert Hood sur la scène UFO, quelques heures auparavant), une délicatesse inespérée de Fatima Yamaha, la brutalité de Matrixxman et la cadence de Palms Trax, entres autres. Merci, Boiler Room !

En définitive, le Dekmantel est l’un des festival plein de ressources qui fait plaisir à voir sur la scène européenne. Encore assez intimiste, les années qui arrivent annoncent un âge d’or pour les organisateurs, face aux succès de leur événement (sold-out des mois avant la tenue du festival). On espère qu’ils sauront conserver cette ambiance enfantine et libérée, loin des préoccupations extérieures ; un petit havre de paix où chacun est libre de festoyer comme il l’entend, à l’image d’un pays largement en avance sur son temps. On vous laisse avec une petite playlist spéciale Dekmantel, histoire de vous donner encore un peu plus envie de vous y laisser flotter à la prochaine édition. Enjoy !