Alors que les jambes commencent à lâcher, les yeux à s’embuer, les bras à fatiguer, les esprits à déprimer et la nuit à s’effacer, on ne peut que se dire qu’une fois encore, la musique aura régné sur Lyon pendant une semaine longue de sensations, mais paradoxalement toujours aussi courte. Nuits Sonores 2016 c’est (presque) fini, du moins jusqu’à l’année prochaine. En attendant, on vous raconte ce qu’il s’est passé hier.

La fin est proche, mais la fête est toujours aussi belle, et le soleil n’a toujours pas décidé de s’en aller. Dernier jour de programmation pour les Nuits Sonores 2016, qui commence par une journée funky animée par El gringo Seth Troxler et ses frères Martinez. Déchaînés, ils livreront un set house, jonglant entre lourdes basses lines, kick efficaces et mélodies entêtantes. Leur énergie sur scène est communicative, on sent qu’ils s’amusent et nous aussi. L’esplanade a reçu le londonien Fort Romeau, une pointure de la deep house anglaise. Son set était à la hauteur de nos espérances, une balade sonore fluide et rythmée, un mouvement en escalier épatant.

Toujours aussi rempli, le Hall 1, où circuler ressemble à une étape de lavage automatique, accueille The Hacker qui inaugure son retour avec le Live “Amato”. Belle surprise de la part du grenoblois, on ne s’attendait pas à une performance aussi complète, que ce soit au niveau sonore ou visuel. Le producteur confirme son talent d’architecte du son : grosse pression dès minuit où la violence acid frappe de plein fouet la première halle. Un rythme rapide, des nappes de TB qui résonnent sans fin, un kick brut et épais, tout ce qui fallait pour échauffer les corps avant d’aller groover entre les poteaux de la deuxième scène, placée sous le signe de la house music. On y a vu un DJ set incroyable de la part de la légende Lil Louis. Un beau mélange de samples disco, d’une puissance plus techno et de quelques gimmicks acid qui nous ont, eux aussi, régalé. Chaud bouillant entre l’armée de projecteurs, il chauffe le public demandeur de gros son, brûlant les étapes de la soirée, car il n’est que 2h quand la légende quitte une foule en sueur.

On est ensuite allés se réchauffer les oreilles sur le live du groupe lévantin 47Soul et de leur musique aussi chaude que l’Orient. Ils ont échauffé la foule avec une énergie parfaite et avec leur synthé ultra kitsch façon beyrouthine. On y a vu de bons danseurs de dabke et on a prit plaisir à égosiller nos meilleurs youyous.

S3A prend le relais, changeant la donne avec une house plus légère. Le phénomène parisien confirme avec ce set de 2h en plein rush des Nuits Sonores qu’il a bien sa place parmi les grands. La Boiler Lyon prend tout son sens ce soir dans le Hall 2.

La fin de la nuit est proche, on veut garder le meilleur pour la fin et on hésite grandement entre Maceo Plex et DJ Harvey. Les deux sont des valeurs sûres, on parie sur le premier pour nous livrer un final mémorable. Raté, Maceo Plex n’a pas vraiment pris de risque pour la dernière heure des Nuits Sonores. On reconnait son style circulaire et aérien, très propice à un décollage lunaire. Mais ce soir, le moteur est en panne, pas d’étincelle visible dans nos yeux.

On se retourne vers DJ Harvey, efficace et plus dansant, mais pas autant que ce que les derniers fêtards auraient espéré. On n’aura donc pas eu notre final attendu, et ces Nuits Sonores n’auront pas été aussi riches en découvertes que les autres années : on peut retenir quelques lives intéressants, des groupes émergents de la scène alternative, mais rien d’extraordinaire qui auparavant nous papillonnait l’estomac jusqu’à plus soif. En attendant, on pense quand même déjà à l’édition 2017 car c’est à chaque fois la même chose : la déprime du dimanche place chez les lyonnais une année d’attente et d’excitation comme perspective ultime, et c’est douloureux. Mais c’est quand même pour cela qu’on aime autant ce festival. Donc amis de Lyon et de Navarre, à l’année prochaine !

Article par Nina Venard et Bertrand Lachambre

Retrouvez toute notre couverture des Nuits Sonores 2016 par ici.