Hors de l’espace, hors du temps. Nonkeen, le trio formé autour du compositeur et producteur berlinois Nils Frahm, sort un premier album intitulé The Gamble. Aussi expérimental qu’énigmatique, ce dernier a la particularité d’être composé à partir d’enregistrements créés par les trois musiciens dès leur plus jeune âge.

L’histoire légitimerait presque, à elle seule, l’écoute de cet album. Trois jeunes garçons passionnés de radio et de musique bossent sur des intermèdes musicales afin d’enrichir leurs émissions étudiantes. Séparés par le mur de Berlin, Frederic Gmeiner, Sebastian Singwald et Nils Frahm s’envoient régulièrement leurs pistes, y ajoutent de la basse enregistrée en live. Le tout est secrètement gardé. L’Allemagne réunifiée, il ne manque plus qu’un ingrédient : le hasard. Celui qui réunira Nonkeen à Copenhague et dans une cave berlinoise.

 

Transformant ces expérimentations juvéniles en samples, les trois musiciens travaillent en silence sur ce projet insensé. Le résultat est probant, étonnant. Peut-être même dépasse-t-il l’entendement. Au sens propre, nos oreilles sont-elles éduquées pour de telles expérimentations ? Expérimental, électronique ou minimaliste, sont autant d’étiquettes trop étriquées pour l’ampleur du concept que propose Nonkeen.

À écouter de manière linéaire, à triturer dans tous les sens, The Gamble est un instrument à part entière. Un jeu. D’une langueur oppressante, l’album oscille entre percussions esseulées (Capstan) et mélodies douces pratiquement inaudibles (Saddest continent on earth)Transcendant les frontières spatio-temporelles, Nonkeen met en musique le vide.

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La notion de flou artistique prend une dimension nouvelle au gré des écoutes de ces neuf pistes. Et d’ailleurs, aucune écoute ne se ressemble, tant cet album est mouvant. Huit ans après le lancement de ce projet particulièrement ambitieux, Nonkeen a triomphé du vide et du temps. Ils ont transcendé les époques, et nulle doute que The Gamble traversera des âges qu’ils ne connaîtront jamais.