Au début de cette belle année 2014, il me tardait déjà de découvrir tout ce qui allait plaire à mes oreilles pendant mes derniers temps à Lyon. Bien que je puisse être impatient parfois, je n’en étais pas moins franchement excité. Cela fait maintenant 20 ans que j’habite ici, et j’aime voir que les choses bougent dans le bon sens. J’ai la très nette impression que les nerfs de chacun sont plus calmes, les expressions plus détendues, les relations plus saines. Cela me fait plaisir à voir, et j’ai l’intime ressenti que l’accessibilité toujours galopante de la musique y est pour quelque chose. Après tout, la musique est un catalyseur du zen. Un amplificateur de karma. Il suffit de voir les jeunes sur les berges du Rhône le samedi soir pour comprendre le pouvoir puissant de la musique comme remède contre un cadeau empoisonné que la vie quotidienne aime parfois nous apporter : la platitude. Je me souviens de cette fois où il y avait foule à la Plateforme. La queue immense devant l’entrée du bateau ne décourageait pas les arrivants tardifs, qui avaient un  peu trop traîné sur l’apéro. Cela trahissait une envie folle de faire la fête ce soir là, comme cela arrive de plus en plus souvent à Lyon. L’euphorie collective. Et cela se comprend : ce soir là, Skudge et Renart étaient les maîtres de cérémonie dans la cale obscur du bateau clubbing. Une belle image est restée gravée dans ma mémoire ce soir là. Je me souviens avoir vu un groupe assez dense de jeunes gens qui n’avaient pu accéder au pont promis, faute de moyens ou de sobriété, stagner sur les berges en buvant des coups. Les battements de la musique résonnaient jusqu’à leurs oreilles, puisque jusqu’aux miennes, et les réconfortaient un peu. Je me souviens les avoir vu danser un long moment sur le beat entêtant et assourdi qui leur parvenait depuis les entrailles du bateau, heureux d’être ensemble, heureux d’être là. C’est ça, la musique. Et c’était bien beau.

Cette introduction faîte, je ne vais pas m’éterniser plus longtemps sur mes souvenirs et mes sentiments. Je suis simplement heureux de pouvoir fêter et chérir la musique de ma ville de coeur, grâce à des acteurs et boîtes de production qui nous permettent de danser jusqu’au petit matin. L’une d’elle se nomme PapaMaman, c’est elle qui avait fait venir Skudge et Renart dans ma petite histoire ci-dessus. Il fallait absolument que ce deuxième article parle d’eux ; ils ont grandement contribué à la promotion de la musique techno à Lyon, bien que cette culture ne date pas d’hier. Née dans la seconde moitié de 2013, l’organisation s’est rapidement fabriquée une image type, un style de création, une ambiance je dirais même. Il faut dire que les artistes invités ont à chaque fois de quoi faire saliver. Occupant la Plateforme comme le Sucre, les premières soirées Motor ont soulevé le cœur des amoureux du groove. Il fallait avoir le foie bien accrocher avant d’aller transcender devant Abdulla Rashim, Mike DehnertRoman Lindau,  Shifted ou encore Jonas Kopp. Autant vous dire qu’ils vendent des sensations fortes. Un succès rapide, que l’ont peut expliquer par cet engouement toujours grandissant, des plus vieilles comme des plus jeunes générations pour la « musique répétitive », les basses lourdes et la danse collective. Que ce soit en partenariat avec l’organisation Encore, qui nous régalent avec leur programmation variée (d’Octave One à Clouds en passant par Kris Wadsworth et Kenny Larkin), on est toujours sur les bons coups pour proposer au public de la musique de qualité. J’aime voir que l’ont puisse tous se relâcher d’un coup, en vibrant simplement sur les ondes que les artistes venus du monde entier sont venus distiller dans tous les recoins de Lyon. Cela me fait chaud au coeur, vraiment. Les lyonnais créent, inventent et bousculent, heurtent les codes musicaux comme le code pénal parfois, mais dans le premier cas c’est toujours pour la cause la plus noble de l’expression artistique : rassembler. PapaMaman rassemble, dans une cale, sur un toit, dans l’herbe qui tapisse les berges du Rhône. Ils ne sont pas seuls, bien entendu, mais on ne peut pas vraiment créer un tout sans créer la particularité. Dans tous les cas, on enlève avec entrain les paillettes sales collées à la sueur des soirées « hypes » où alcool et drogues font loi, avant la musique. On décape les décibels commerciaux qui vident le potentiel créatif des futurs artistes électroniques. On laisse place à la musique, à l’art brut et nu qui consiste fondamentalement en produire une harmonie comme reflet de son âme pour que chacun puisse se l’approprier. J’aime beaucoup cet esprit, qui aurait pu certainement se perdre dans les méandres de la mondanité, de la standardisation et de l’ostracisme. Il m’est cher, et je tiens à vous faire part de l’importance du sujet, de voir que notre ville est relativement épargnée par l’ostentatoire et le désagréable. Même si elle est loin d’être parfaite, son atmosphère nocturne est tout de même un exemple en matière de bonne humeur et de bonnes intentions. Et je pense que PapaMaman, avec d’autres bien sûr, y sont pour quelque chose. Mesdames, messieurs, je vous en prie, restez simples, aimez la musique pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle vous permet d’être.

Il faut dire aussi que ceux qui tiennent les rennes de PapaMaman connaissent bien leur sujet. Si vous avez déjà vibré en écoutant les artistes invités par la Rave, vous savez bien de quoi je parle. Sachez également que les artistes affiliés à l’organisation ne sont autres que Theorist OFC et Théo de Montgeri, que les fêtards lyonnais de longue date connaissent plutôt bien. Pour cette série d’articles, je pose à chaque fois quelques questions à l’un des membres de l’entité concernée. Je me répète peut-être un peu, mais c’est très intéressant de pouvoir varier les points de vue. Adrien Farache, l’un des fondateurs de PapaMaman a accepté de répondre à mes questions de journaliste nerd. Je tiens, avant de vous retranscrire l’interview, à le remercier pour ses réponses précieuses et pour son temps. Merci aussi à toute l’équipe de PapaMaman pour nous faire danser et nous donner un lieu où se laisser aller. On espère que ça continuera !

Toi qui est là depuis un bon moment, comment vois-tu l’évolution de la scène électronique lyonnaise ces dernières années ?

Adrien : C’est assez impressionnant ce qu’il s’est passé ces cinq dernières années. Il y a eu une multitude de personnes qui se sont motivées à faire bouger les choses et à créer. Il y a aussi une « professionnalisation » du milieu, dans le sens où les mecs qui faisaient ça par hobby on commencé à vouloir en vivre et donc à bosser d’une toute autre manière sur la façon d’organiser leurs soirées ou leurs labels. Je trouve ça vraiment classe et de très bonne augure pour la suite. Lyon, en termes de programmation, n’a plus rien à envier à Paris ; c’est dingue le choix qu’ont les gens chaque week-end.

Que penses-tu de cet enthousiasme grandissant pour le clubbing, en particulier chez les kids qui vont de plus en plus écouter de la techno et de la house ?

Adrien :  Certains voient ça d’un mauvais oeil car ça perd un peu de sa touche underground, mais je pense que lorsqu’on aime la musique, on devrait apprécier qu’elle soit entendue par le plus grand nombre. Après, ce qui peut être relou, c’est l’attitude des kids genre trop de ramasse sous drogues en club, ou leurs comportements agressifs. Cela les rends hors de propos. Je me souviens de la dernière fois où Dettmann [Marcel Dettmann] a joué à lyon, c’était au Sucre. Pas mal de jeunes ont envahi la scène juste pour le toucher. C’est un comportement assez pop et ça fait un peu bizarre. Après, il y a de tout pour tout le monde, j’ai des potes qui ne supportent plus trop les kids en soirées, ils organisent des soirées dans des squats ou des catacombes..

Que penses-tu de la politique de la ville à ce niveau là ? Est-ce qu’il est plus facile d’organiser des soirées maintenant qu’avant ?

Adrien : Je pense qu’organiser une soirée, c’est à la portée de tous. La remplir, c’est autre chose. La ville a toujours poussé dans le sens des musiques électroniques à Lyon. Je pense que les Nuits Sonores n’existeraient pas sans Gérard Collomb. Mais pour les organisations comme la mienne, qui ne demandent pas de subventions ni rien, on ne voit pas trop l’influence de la ville dans notre activité.

Quel est pour toi le musicien ou la musicienne lyonnais(e) par excellence, et pourquoi ?

Adrien : Pour moi, le musicien lyonnais par excellence c’est mon pote Leome (Insomnie Musique). Il a organisé des soirées avec Insomnie Musique, mixé à peu près partout où l’on peut passer des skeuds en ville et maintenant il a ouvert et gère le disquaire Chez Emile. Et il le fait bien. Le jour où il se mettra à la prod’ ce sera forcément incroyable.

La question que j’affectionne tout particulièrement maintenant : si tu pouvais organiser la soirée de ta vie, avec deux guests de ton choix, présents ou passés, dans l’endroit que tu choisis (vraiment n’importe où), ce serait où et avec qui ? Explique nous !

Adrien : De part mes organizes, j’aimerais que ce soit à Masada en Israël, un site antique perché tout en haut d’une immense montagne de granit qui était, il y a quelques milliers d’années, un fort militaire. En première partie, j’aimerais bien voir Sepultura. LE groupe de ma jeunesse. Mais avec les membres d’origine. Et je pense que j’aimerais bien y entendre le live de Sandwell Distrikt, l’un des meilleurs projets techno qui ait existé à mon goût. Je sais, c’est chelou comme line up.

Merci encore Adrien d’avoir répondu à mes questions. Pour ma part, le live de Sandwell Distrikt à Masada me plairait beaucoup. Je vous tiendrai au courant, chers lecteurs, si PapaMaman se délocalise le temps d’une soirée en terre hébraïque pour faire ressusciter les morts et les mythes de l’Ancien monde. En attendant, vous pouvez retrouver la programmation été du crew sur leur page facebook, un peu plus bas. Ils prennent cette fois ci la direction de la Plateforme pour l’Été Suèdois, tous les vendredis jusque début septembre. C’est trois euros, et vous pourrez y voir jouer VoiskiAcid Square Dance ou encore Mush, ainsi que plein d’autres. Je vous rajoute également un mix datant d’il y a environ un an de Leome, très reposant et vraiment bien construit, entre ambient et techno, plein de grâce. Aussi, un gros set techno de Theorist OFC datant de l’été suédois de l’année dernière, histoire de préparer vos oreilles à ce qui vous attends.

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