Crédit Photo: Laurene Berchoteau

Leur compilation « Level» sort aujourd’hui, BeatXChangers est parmi nous pour parler de l’évolution de leur communauté en 3 ans d’existence. Abritant des artistes d’une qualité et d’un éclectisme hallucinant, ils prennent d’assaut la sphère underground parisienne avec des soirées où règne la bonne humeur, et la musique du même genre. Remarqués entre autres pour les sorties de X_1 ou Neue Grafik, ils voient grand, et comptent bien étendre leur communauté. Les voici qui font le bilan, et élaborent leurs projets à l’occasion de cette compilation, « Level 2 ».

Bonjour BeatXChangers, nous sommes heureux de vous avoir parmi nous! Vous sortez une 2ème compilation, qui sera votre 6ème sortie officielle, que pensez-vous du chemin parcouru jusqu’à présent ?

Rafiki : Premièrement je pense que ce qui résume notre état pour l’instant c’est la joie d’avoir achevé ces projets: il y a 3 ans, on étaient loin de tout ça! Après, du point de vue de notre fonctionnement, le parcours de BXC a toujours été simple, intuitif, et sans précipitation. On a toujours pris le temps de faire mûrir les œuvres et les artistes que l’on voulait mettre en avant. On a ce sentiment de ne pas avoir brûlé les étapes, ce qui fait que BXC devient de plus en plus solide. On a conscience de l’importance de cela.

Docteur Nan : En fait c’est la 3ème compilation, la première c’était un peu la sortie n°0, celle qui a vu naître BeatX avec des artistes comme Pulkone, R33, Dither, Tomamura, Maurice Martingale, Tomahawk Bang. Un peu les membres historiques de BeatX. Quant au chemin justement, c’est ça qui est fou: tout se fait naturellement, et c’est marrant de voir à quel point on a avancé et qu’on ne s’est à aucun moment écartés de l’idée initiale tout en maintenant cette impulsion.

X_1 évidemment avec l’EP «Just You», Fraktaleman aujourd’hui Monomite qui à des projets dans tous les sens, dont un magnifique avec nous! Les deux réunis ça donne Pulkone qui en un an ont retourné des salles aussi variées que la Machine, le Batofar ou les Disquaires en passant par le Bar Demory avec un live fantastique. Les Vendredi ont sorti leur EP sur No Format; Tomamura qui a monté son label Tangible:Sound; Maurice Martingale qui prépare un projet pour Spring Theory; des EP digitaux pour Tomahawk Bang et R33.

Level 2 du coup suit la même logique. Tous les artistes qui y participent, on veut bosser avec eux, on veut les sortir et les mettre en avant, qu’ils aient besoin de nous ou pas. Donc rendez-vous dans un an!

Pouvez-vous nous résumer l’histoire de votre collectif ?

Rafiki : Ca part de 5 ou 6 potes, des diggers de sons et des danseurs Hip-Hop qui se pourrissent respectivement leurs murs Facebook à force de s’échanger de la musique. Pour rendre le truc plus discret, un jour j’ai créé un groupe Facebook où j’ai ajouté ces 6 personnes et j’ai demandé de faire passer le mot et d’inviter quiconque serait intéressé. 3 ans après, on est plus de 1000 sur le forum. On a été forcés de constater la qualité de la musique non seulement diggé(e) mais aussi les démos lâchées en Free DL de jeunes compositeurs qui nous arrivaient par dizaines! Archi bluffés, on s’est réunis avec quelques membres du forum et on a mis sur table le projet de se donner les moyens de produire ces jeunes talents via pressage de vinyles, releases d’EP digitaux ou encore prestation spectacle, club live, dj set… En gros il fallait parler de ces petits gars super lourds! On a donc créé un label de production et de micro édition BeatXChangers.

Progressivement, un noyau dur d’actifs s’est formé, qui sont les piliers principaux de votre structure, et quels sont leurs rôles ?

Rafiki : Comme je disais le noyau dur administratif de BXC c’est 5 personnes: Dither (Technique/Distribution), G.iR (Marketing/Communication), Ferdi (Développement de marchés/Portage d’affaires), Bertrand (Création de contenu et Gestion de Communauté) et moi-même Rafiki (Direction Artistique/Management). On s’occupe de faire tourner le machin: com’, actu, promo, booking, management d’artistes, direction artistique etc… mais on agit tous en consensus notamment pour la direction artistique et les choix d’EP ou de prestation. Effectivement le consensus nous sert à faire sortir ce qu’il y a de mieux pour BXC.

Docteur Nan : Le but c’est de sortir ce qui nous plaît et de mettre en avant les artistes BeatX. Alors on s’est répartis les rôles pour être le plus efficace possible là dedans en fonction de nos compétences ou personnalités.

En plus d’un label, vous avez lancé plusieurs groupes sur Facebook, où en êtes vous actuellement en tant que communauté BeatX ?

Rafiki : La Communauté BXC ce sont 3 choses: la maison de disque, l’événementiel et les forums, eux aussi au nombre de 3.

Beat X Changers : Tout le monde peut y échanger ses inspirations musicales ou encore ses propres travaux, c’est vraiment le gros de notre projet, c’est l’âme de tout BXC, sans ça BXC n’existe pas. Notre identité en tant que label descends de ce forum en tout point.

Beat X Producers : L’endroit où les techniciens et artistes se retrouvent. On peut y demander du support technique, des conseils, ou encore du feedback sur des travaux sonore. Ce forum est super intéressant, tous les sujets sont traités et tout le monde réponds à tout le monde. Les gens sont super investis et généreux, perso j’ai beaucoup de plaisir à constater autant d’entrain de tous ces artistes qui parlent de leur point de vue et de leur expérience.

Beat X Designers : Ici on trouve les artistes visuels et plastiques. La musique ne va pas sans visuel ou image. Des artistes peuvent proposer leurs travaux et soumettre leur idée comme BeatXProducers mais pour l’image.

Docteur Nan : BeatX c’est une énorme communauté. T’y trouves des producteurs, des graphistes, des mathématiciens, des ingés son, des étudiants, des chercheurs, des cuisiniers, des danseurs, un ancien croquemort, des guides touristiques, des serveurs, des paysagistes, des facteurs, t’y trouves de tout quoi. Du coup si on peut faire appel à un membre en fonction des opportunités sur tel ou tel aspect pour n’importe lequel de nos projets, on le fera en priorité. Pour le moment évidemment ça se résume principalement aux producteurs, ingés son et graphistes, mais par exemple pour la Release Party de l’EP «Pris» de Neue Grafik, on a bossés avec Antonin, le chef du Muxu, pour monter un restau éphémère, Los Pollos Hermanos . C’est important de pouvoir compter sur une communauté aussi diverse, avec laquelle on partage une vision de la musique.

Vos sorties sur vinyle ont connu un franc succès auprès des Djs et du public, en tirant parti d’un esthétique house samplée très reconnaissable, peut-on y voir le manifeste de BeatXChangers ?

Rafiki : C’est une partie seulement (rires) et c’est surtout le parti pris des artistes qui ont sortis ces œuvres car ils ont carte blanche. Le manifeste de BXC c’est surtout la couleur du forum BeatXChangers. Si on ,’arrive pas à mettre de mots dessus, on arrive en revanche à fournir un mood ou une vibe: va sur BeatXChangers, le forum, écoute les 15/20 premiers tracks que tu vois et tu auras la tonalité, ledit « manifeste » de BXC.

Docteur Nan : Pour le moment c’est l’esthétique qui ressort mais comme dit Théo (Rafiki), ce sera aussi varié que sur le forum ou dans nos soirées. L’EP «Kwatø» de R33 par exemple c’est de la Trap. On bosse sur des sorties plus Techno ou Hip-Hop. Cela dit c’est clair que le sample c’est un gros trait du manifeste BeatX. On est presque tous arrivés à la musique par le Hip-Hop et le digging de samples qui va avec. Et là encore, jetez un œil au forum!

On remarque sur votre compilation « Level 2 »un renouveau de vos effectifs, est-ce un effort conscient de votre part? Quelle a été la motivation ?

Rafiki : Justement, là c’est toute la mise en abyme de ce qu’est BXC. De nouveaux artistes arrivent en continu sur les forums Changers et Producers. Ils nout font découvrir leur art et leurs talents: « Yo, quoi de neuf, ça tue ce que tu fais, tu viens d’où? Tu veux lâcher une prod pour la prochaine compilation Level 3? » et ainsi de suite. Des liens se créent, on les fait aussi jouer sur divers events, on construit une écurie solide quoi! La motivation à toujours été la même depuis le début: donner de l’exposition à ces compositeurs sortis de nulle part qui postent sur Changers et Producers des tueries et autre bangers, ce serait un crime de laisser ça au placard! (rires)

Docteur Nan : BeatX c’est une armée de producteurs et Djs. On en envoie plusieurs au front, quand ils sont prêts. Une sorte de vitrine mais surtout, encore une fois, simplement l’envie de sortir des morceaux qui nous plaisent ou de collaborer avec des artistes que l’on trouve très proches de l’esprit BeatX. C’était le cas pour des artistes pas initialement présents sur le forum comme Lady Blacktronica ou Whim-ee par exemple, ou encore Glenn Astro qui représente la nouvelle scène allemande avec Max Graef, IMYRMIND et Wun Two, et qui corresponds à ce que l’on cherche à mettre en avant. Ou certains des artistes qui sont pour le moment engagés sur des projets avec d’autres labels, comme Humble Musique, No Format, Local Talk, Merge, Tangible:Sound ou encore Spring Theory.

Vos artistes sont presque exclusivement français, BeatX est-il français, ou francophone ? Prévoyez vous une délocalisation, vers la Belgique ou Monaco ?

Rafiki : Nos artistes viennent du monde entier: je pense à Offbeatninja et Pluto Monday des États-Unis qui ont posés un track sur «Level 2», ou encore à Tank 9000, signé sur Merge, du Canada. Ayubi vient du Danemark, bref en fait une réponse plus simple serait de dire que BXC est à majorité francophone mais qu’on est suivis dans le monde et que des échanges avec des artistes internationaux sont à prévoir. Pas de déloc’ prévue (rires).

Docteur Nan : C’est principalement parce que nous 5 le sommes. L’effet communautaire donne le reste, tout simplement comme si tu fais le décompte des nationalités des amis de n’importe quel Français sur Facebook. Et justement pour organiser des événements, pour le moment c’est plus simple de s’appuyer sur notre communauté la plus proche, localement. Donc Monaco c’est mort, Marseille ce serait top! Après en termes de production, à vrai dire le côté netlabel fait que la nationalité, ça pose de toutes façons pas de problème, donc on va certainement être bientôt amenés à sortir des projets sans Français dessus.

Quels sont vos projets pour l’avenir ? Pouvez-vous nous parler des futures sorties du label ?

Rafiki : (rire) Alors… On va rester mystérieux pour les projets, on solidifie notre empreinte clubbing à Paris via un max d’events, on veut aussi mettre la lumière sur la scène beatmaking en combinant nos forces avec Soulville et Cascade Records. Les projets arrivent, je n’en dis pas plus !

Pour les sorties : Monomite, Pulkone, Tomahawk Bang, Dither, Rafiki, X_1, Ayubi, Neue Grafik, Maurice Martingale, Protée, Tomamura

Docteur Nan : Justement, en termes d’events, on peut commencer à regarder plus loin que Paris. Pas trop en direction de Monaco! Pour les sorties, oui, il y a tous ceux là, et la tape Hip-Hop pour 2015, qui va dans le sens des projets avec Soulville et Cascade, à savoir mettre en avant des beatmakers. A part celle du collectif Le Gouffre l’année dernière, en France y’a pas eu beaucoup de sorties récentes qui lient vraiment beatmakers et MCs.

Merci à vous pour cet entretien ! Quelque chose à rajouter ?

Rafiki : Dope inspires dope.

Docteur Nan: Allez l’OM!

Vous pouvez retrouver toute la communauté BeatXChangers sur Facebook, Soundcloud et Bandcamp.

Une mention spéciale du rédacteur va à Jim The Poltergeist pour son « Sleepwalker ». Fans de post-dubstep, préparez-vous à découvrir votre bande-son pour les six prochains mois.