Sorti en mai dernier, l’autobiographie de Kim Gordon, intitulée « Girl in a Band », revenait en détails sur sa vie personnelle, son parcours avec Sonic Youth et en tant qu’artiste contemporaine. En voici la chronique, à tête reposée et hors de toute polémique, six mois plus tard.

Ce « beau » livre, paru dans sa version française chez Le Mot et Le Reste tranche avec les couvertures habituelles de l’éditeur, mais reste minimaliste. Elle présente en plein format l’artiste vêtue d’un simple t-shirt « Taurus », dans ce qu’on imagine être le métro new-yorkais, telle une icône alternative qu’elle ne semble pourtant pas vouloir être.

Tout au long des cinquante-quatre chapitres – ou cinquante-cinq avec le préambule intitulé « la fin », puisque c’est par là que tout a débuté; Kim Gordon illustre par petites touches une vie déjà bien remplie, sur laquelle il a été « beaucoup écrit ». Elle apporte donc un éclairage complémentaire pour les fans, ou introductif pour ceux qui la connaissent pas encore, sur l’histoire d’un des groupes les plus importants des années 80, et sur sa propre histoire, celle d’une fille d’intellectuels américains. On navigue avec intérêt entre Los Angeles, Hawaï, Hong-Kong au gré des mouvements de l’auteure dans l’Amérique des années 50, 60, 70, puis on accoste avec elle à New York dans les années 80, 90 et 2000. Toutes les époques de la culture américaine moderne que l’on connaît de près ou de loin sont abordées, car le chemin de Kim Gordon croise nombre de personnalités. À la lecture de ses mots cependant, ces rencontres semblent le simple fruit d’une vie américaine, comme il y en a tant d’autres. Chaque partie de sa vie est effectivement replacée dans son contexte socio-culturel global, et dans son époque.

On est ainsi touchés par la simplicité du personnage, tantôt candide mais sincère dans ses relations avec les autres, hésitante mais obstinée dans sa volonté d’être artiste, douce et forte comme mère. On ne peut qu’être frappé d’admiration devant cette femme décrite dans sa bio comme: « artiste, musicienne, productrice, créatrice de mode, auteure et actrice ». Tout ceci, en plus d’une mère, métier qui l’a occupé une grande partie de ces vingt dernières années. Bien entendu, une autobiographie est rarement à charge contre soi-même, mais Kim Gordon n’hésite pas à confesser ses hésitations, doutes et erreurs.

Ce qui frappe le plus reste le réalisme de la bassiste. Contrairement à nombre d’artistes qui racontent leur carrière seulement du point de vue de leur art, Kim Gordon nous éclaire aussi sur sa vie quotidienne, la réalité de son compte en banque et le changement des couches de sa fille. Elle n’hésite pas également à commenter avec sagesse l’évolution des moeurs de notre mode de vie moderne, du milieu de l’art et de la mode.

Il est notable de dire que la traduction rend hommage à l’écriture fluide et simple de l’auteure américaine, ce qui est loin d’être le cas pour tous les ouvrages quand il s’agit de traduire l’anglais américain.

covers sonic youth's albums

Oh d’ailleurs, savez-vous qu’elle a fondé et fait partie de Sonic Youth pendant plus de trente ans ? Si elle ne livre pas de secret inédit, cette autobiographie montre une vision précise de la vie du groupe. Loin de tirer la couverture à elle, Kim Gordon semble vouloir au contraire démontrer le rôle qu’elle a exercé au sein de cette démocratie, dans les décisions pratiques comme dans la création. On en apprend peu sur sa relation créatrice avec Thurston Moore, mais tout est dit : « la musique nous reliait, prenait la place des mots, et on finissait par tomber d’accord la plupart du temps« .

Évidemment, la fin de leur relation est une sorte de fil conducteur du livre, soit par la mention de son ex-mari dans certains passages, soit par son absence à d’autres pages. Quand on a appris la nouvelle, on n’a pu s’empêcher, comme tout le monde, de se demander comment cela avait pu arriver, à eux, ce couple qu’on avait icônisé et qui vivait ensemble depuis trente ans. La réponse est aussi simple qu’elle est triste : comme tout le monde. Les « stars », « célébrités », les « artistes », même dans la musique indépendante, ont beau avoir des parcours qui semblent parfaits, comme les membres de Sonic Youth, ça ne les empêche pas d’être humains après tout. Par l’exposition involontaire de leur vie privée, ils nous apprennent cependant, dans leurs disques ou dans leurs livres, la vie.

Si ce livre a vu son origine dans cette séparation, point de départ et fin de l’histoire, on attend avec impatience un second volet, plus tard, dans trente ans, quand Kim Gordon sera considérée pour ce qu’elle est en son nom propre: une artiste contemporaine complète.

Version française disponible chez Le Mot et Le Reste.

couverture livre girlinaband

Evénement assez rare pour être noté, Kim Gordon sera au Salo (ex-Social Club) le 31 Mai 2017, pour une date unique.