Il est des Titans de la musique qui savent se renouveler à la perfection. Explorer l’infinité sonore revient à mettre un pied dans une machine infernale, bourrée de sensations et de couleurs toutes plus étranges les unes que les autres. Et l’explorateur des temps moderne ne peut être autre que Jeff Mills.

L’américain, certainement l’un des noms les plus emblématiques et importants de la musique techno, sort un album de 13 tracks intitulé «The Jungle Planet», aussi complet et transcendant que ce qu’on aurait pu attendre d’un grand maître. Il choisit le visage de la cosmogonie (soit l’invention et le développement artistiques d’un monde fabulé, depuis son début jusqu’à sa fin) pour transmettre ses images surréalistes, ses sons minimalistes qui peuvent rappeler certains des travaux de Ricardo Villalobos, sa puissance créatrice. L’exercice est difficile ; pourtant l’auteur du mythique «The Bells» réussit avec une aisance étonnante à nous transporter dans son monde peuplé de créatures mythologiques, de plantes bariolées et gargantuesques, sans gravité ni perturbations, où la magie règne aux côtés de l’extase. Le trait est fin et régulier, l’atmosphère se fait cohérente et tire très vite du côté de l’ambient. On retrouve pourtant quelques traces techno, comme dans «The Truth Revealed», très aérienne, ou «When Night Fell», très aquatique. Jeff Mills n’en finit vraiment plus de nous surprendre.