Javon Johnson est né et a grandi à Houston. Une ville dans laquelle il aura tout connu : l’essor du southern hip-hop, la rue, et la mort, qu’il aura vue de près. Rencontre avec un rappeur atypique, autour de sa ville, de son futur album Windows Media Player, et de son envie d’améliorer la situation des sans-abris. Autant de thèmes où le hip-hop apparaît comme salvateur, dépassant largement le seul cadre de la musique.

Tu es né à Houston, une ville avec laquelle tu entretiens un lien très fort. Qu’est-ce qu’elle représente pour toi ?

Houston est un point de départ pour moi. Tout ce que je suis vient d’ici. Musicalement j’ai grandi avec Nas, Notorious BIG, Kool G, Slick Rick, mais j’apprécie toujours tout ce qui vient de ma ville. C’est important de ne jamais oublier d’où l’on vient. Les gens font des kilomètres pour un peu de notoriété et d’argent, il s’agit simplement de survivre, c’est typiquement Houstonien. Mange ou tu seras mangé… Il faut avoir la peau dure sinon tu finis enterré.

Comment cette ville t’inspire dans tes morceaux ?

Je pense que les gens ne perçoivent pas l’impact que le fait de grandir à Houston peut avoir. J’ai grandi avec DJ Screw & The Suc, les cassettes grises… Avec Scarface (rappeur né à Houston, ndlr) et K-Rino aussi. Des vrais paroliers. Ecouter Nas, mon rappeur préféré, et des MC de Houston raconter des histoires sur nos communautés, m’a fait comprendre que je devais faire du hip-hop. Il fallait que j’essaye de raconter mon point de vue de l’histoire. L’ouragan Bill est arrivé en 2009, je suis allé dans un foyer pour sans-abris ensuite, j’ai pris un stylo. J’avais 19-20 ans et c’est là que tout a commencé.

Beaucoup d’artistes américains très connus viennent de Houston, comment est-ce que la ville se comporte-t-elle avec les musiciens et les rappeurs plus particulièrement ?

La seule personne qui cherche à faire connaître les artistes à Houston s’appelle Brandon Caldwell, du Houston Press (hebdomadaire local gratuit, ndlr). Les autres suivent le buzz. Big up à lui qui se bat pour le vrai talent, il y en a très peu comme lui. Houston aime ce qui est mainstream et ce que le pays lui dit d’aimer. C’est tellement triste (rires). Scarface a forgé la ville depuis le premier disque indépendant Making Moves des Geto Boys sorti en 1988, mais il ne vendra jamais autant qu’un Drake ou un Lil Wayne.

Nos artistes peuvent remplir des petites salles mais pas le Toyota Center (stade de Houston pouvant contenir près de 20 000 places pour un concert, ndlr). Je ne vais pas dire que Houston ne soutient pas les rappeurs d’ici, mais la machine nationale est plus puissante. C’est pourquoi les artistes comme moi n’ont d’autre choix que d’être actif sur internet. Ce qui est tout à fait cool. Musicalement, Houston reste un trou noir.

Une de tes récentes chanson s’intitule Apt. 1605, le numéro de l’appartement dans lequel tu as grandi, qu’est-ce qu’il signifie pour toi ?

Ayant été un mauvais garçon, on cherchait toujours le « gamin du 1605 » mais c’était dur de trouver notre appartement, donc je m’en sortais souvent. Le « quartier », c’est tout ce que t’as. Le mien était un sale quartier. On avait rien, donc on faisait de notre mieux pour oublier qu’on était pauvres. Beaucoup de mes amis d’enfance sont morts ou en prison à cause de ce quartier. Je voulais décrire ce sentiment, celui que j’avais lorsque j’enregistrais mes premières démos chez ma mère.

Dans le futur, tu te vois vivre ailleurs qu’à Houston ?

Oui, ailleurs qu’en Amérique si je peux. J’ai vécu dans beaucoup d’endroits aux Etats-Unis et j’en ai assez de cette nation. L’argent, la gloire, l’égoïsme… J’aimerais vivre là où je trouverais la paix. Je recommencerais tout, je changerais de nom. Je disparaîtrais.

Ton morceau Hermann Park est composé uniquement d’un beatbox humain et de toi qui rappe, peux-tu me raconter la naissance de cette chanson et me décrire ce parc ?

C’est un endroit calme en plein centre-ville. Dès que j’avais un problème, j’y allais. Quand j’avais aucun endroit où dormir ou besoin de réfléchir : Hermann. J’allais près de la grande colline pour faire du beatbox avec des amis. Ensuite j’ai rencontré un bon pote qui était super bon en beatbox, là j’ai commencé à le suivre avec mes propres mots. Houston est rempli d’hommes et de femmes d’affaires, ils passaient et s’arrêtaient pour nous écouter, donner de l’argent, rire ou juste passer un bon moment.

J’avais le sentiment de faire quelque chose de bien, ça m’a rendu heureux. C’était même pas pour l’argent, juste le plaisir d’attirer l’attention quelques instants. C’est encore mieux que le sexe. Et je me suis dit que dès que j’aurais de quoi enregistrer quelque chose, je transmettrai ces instants, les bruits de voitures, de la rue…

Dans cette chanson tu dis que les réseaux sociaux vont remplacer les encyclopédies…

« Les vrais problèmes avec le stylo et le carnet, 

Les réseaux sociaux et Google remplaceront les encyclopédies »

Je trouve simplement qu’il y a beaucoup d’artistes qui veulent mettre en ligne leurs chansons pourries, sur des blogs, uniquement pour la notoriété et pas pour l’art. J’ai grandi avec des encyclopédies. Aujourd’hui je vois n’importe quel idiot taper un mot sur google et penser qu’il connaît tout sur la question. Je comprends mieux la manière dont cette génération fonctionne.

Tu es d’ailleurs très actif sur Twitter, comment tu l’utilises ?

Je m’en sers pour rester en contact avec quelques personnes, j’écris ce que j’ai envie de dire et j’y mets mes morceaux. Selon moi, le but de Twitter est assez psychologique. J’essaye d’y être aussi honnête que je le suis dans la vraie vie. J’adore les infos et la pop culture, donc je suis tout ça de près. Rien de plus, rien de moins. J’espère que la plupart de ce que je dis n’offense pas les gens, même si la moitié du temps je m’en fous. C’est juste Twitter.

Javon Johnson

Tu es également photographe, comment est-ce que tu as commencé ?

J’ai commencé avant le hip hop, en 2013. J’ai essayé de travailler sur la manière dont mon cerveau collectait les informations. Tous les esprits sont différents, on perçoit les choses différemment. J’ai la même mentalité pour la musique. Ca m’aide à montrer ce que je vois. La beauté de l’art et la manière dont on utilise ce qu’on a pour s’exprimer, c’est ce qui me maintient en vie.

Quand est-ce que tu as commencé le rap ? Avec quelles influences ?

En 1996, It Was Written de Nas est sorti. Ma grande soeur copiait les paroles en rembobinant la cassette constamment. Je faisais semblant de dormir pour la regarder faire. Elle marquait même les « respirations ». Ensuite j’ai essayé. Nas utilise beaucoup de mots multi-syllabiques et on pouvait entendre sa progression depuis Illmatic (album de Nas sorti en 1994, ndlr).

J’ai écouté la piste 5, Watch dem Niggas, et il y a ce second couplet :
« Now how can I perfect this
Living reckless, die for my necklace
Crime infected, driving a Lexus with a death wish
Jetting, checking my message on the speaker
Bopping to Mona Lisa brown reefer, ten G’s, gun and my Visa » 

Là j’ai su que j’avais trouvé mon style. C’est marrant d’y repenser maintenant.

Beaucoup de tes chansons parlent de ta mère, la famille c’est important pour toi ?

Pas tant que ça. Moins que ce que je pensais quand j’étais petit. Je n’ai jamais grandi en connaissant ma famille donc je ne sais pas vraiment ce que c’est d’avoir une famille. C’est assez douloureux et les gens ne devraient jamais oublier ça : aime ta famille, sois présent pour eux. Ca fait la différence.

Quel rôle le rap a-t-il joué dans ta vie quand tu étais sans-abri ?

C’était en 2009, j’avais 19 ans. Je me suis échappé, c’était le début de ma carrière dans l’écriture. Les gens n’aiment pas les « clochards ». J’ai souffert de cette discrimination, le rap a été une thérapie. J’ai fait du hip-hop pour que quelqu’un m’entende et me comprenne.

Comme j’étais le plus jeune, les autres sans-abris du foyer faisaient attention à moi. Ils ont vu mon talent et ça m’a vraiment aidé à prendre confiance en moi, car ces gars-là avaient de bons goûts. Puis les conseillers ont commencé à m’aider. Et malgré l’aspect chrétien du foyer, ils m’ont encouragé dans le hip-hop, ce qui était cool.

Comment tu t’en es sorti ? Qu’est-ce que tu penses de la manière dont les Etats-Unis gèrent le problème des sans-abris ?

Pour être honnête, les américains les traitent sans respect. Ils traversent la rue quand ils t’aperçoivent par exemple. Les gens ne respectent pas ceux qui luttent pour s’en sortir. Surtout à Houston. J’ai eu de la chance de rencontrer quelques mentors. Je suis content de m’en être sorti, je ne pensais pas que j’y arriverai.

Tu disais que sans le rap tu aurais fait des conneries. C’est autant une thérapie que de l’art pour toi, finalement ?

Encore récemment j’avais des pensées sombres. J’en ai encore, mais la musique me permet de respirer. J’ai tenté de me suicider plus de vingt fois en 2015. Mais connaître des personnes géniales comme Jon Tanners (journaliste pour Pigeons and Planes, ndlr), qui sera toujours mon frère, ça m’a sauvé. Je lui envoyais des sms quand j’étais au fond et il m’a sorti de là. C’est un bourreau de travail et il m’inspire en ça. Mes frères Lil Bill et Slim, à qui j’envoie beaucoup d’amour, m’ont aussi soutenu.

Thérapie, c’est le mot que tu utilises pour décrire ton EP The Abyss. Est-ce que l’enregistrement de cet EP a été une souffrance pour toi ?

Le terme parfait pour décrire The Abyss, c’est la thérapie parce que je l’ai enregistré après avoir rompu avec mon ex. C’était un moment difficile, j’étais au bord du précipice. Mon voisin m’a donné un flingue. J’ai envoyé un message à Jon Tanners et quelques personnes, avant que Jon me dise de tout mettre dans la musique. Il y a peu de gens que j’écoute autant que lui.

Alors j’ai couvert les fenêtres de couvertures, mis le microphone dans ma chambre et j’ai écris des lignes dans le salon pendant une journée entière. Le reste des chansons est venu le jour suivant. Fin a été la première chanson que j’ai enregistrée, la nuit où j’ai tenté de me suicider, avant d’appeler Jon. Et toutes les chansons de l’EP sont dans l’ordre dans lequel je les ai enregistrées.

Je ne me bats pas pour l’art, ça vient comme ça. Ca a toujours été ainsi.

Est-ce que tu penses que tes chansons, et plus généralement le rap, ont un rôle à jouer dans la société ?

Sur plein d’aspects, le rap peut-être un outil éducatif. Selon moi, il ne doit pas forcément être profond ou sérieux. Même s’il y a tout ces nerds qui essayent de changer le hip-hop, c’est creux. La plupart des gens ne connaissent même pas la différence entre un rappeur et un MC. Le hip-hop s’est construit sur l’expression de soi. Comme le rock ou le blues. Et il restera ainsi. Ma musique s’adresse à quiconque s’y retrouvera dedans. Ce n’est pas pour tout le monde, et je n’essaye pas d’être le meilleur à tout prix.

Tu as quelques chansons assez politiques dans ton répertoire, c’est important d’avoir un message ?

Il y a une semaine j’écoutais Let’s Get It On de Marvin Gaye, et tu peux tout à fait entendre le processus créatif. Des sentiments et un groove pur tout au long de cet album. Je parle de politique si je sens que certaines choses doivent être dites, mais je ne suis pas comme ça le reste du temps. Je pense honnêtement que ce sont des conneries. Je suis mon instinct.

On entend souvent des sirènes de police et des coups de feux sur tes instrus, y a-t-il un lien avec les récents évènements de Ferguson et tout ce qu’il se passe autour de ça aux Etats-Unis ?

Dans tous les ghettos américains cela se passe ainsi, à l’heure où l’on parle. J’ai grandi avec la violence policière. On ne pouvait pas les appeler quand on avait un problème, c’était trop risqué. C’est fou non ? Pour être honnête, ils sont inquiétants. Et ce n’est pas toujours une histoire de couleur de peau.

A ce sujet, qu’est-ce que tu as pensé de la dernière chanson Beyonce, Formation, et de sa prise de position en faveur du mouvement Black Lives Matter ?

Beyonce c’est une œuvre d’art vivante, tu vois ? La confiance, la beauté, l’énergie, la force… L’esprit est la clé de tout art. Je m’inspire beaucoup de sa carrière. Elle permet aux gens comme moi, qui viennent de Houston, de savoir que notre avis compte. Pour ce qui est de Black Lives Matter, je pense qu’elle a simplement cherché à discerner qui étaient ses vrais fans au sein de cette révolution nationale. Les gens sont fous, mais beaucoup sont heureux… Son poing à elle est levé.

Comment est-ce que tu conçois le hip-hop dans ta vie ?

Je pense que je ferai une courte mais chouette carrière dans le hip-hop. Je ne me vois pas faire ça longtemps. Je veux m’en sortir et ensuite aider les gens qui, comme moi, n’ont rien eu. Je n’arrêterais jamais le hip-hop, mais j’aimerais construire des abris pour les personnes dans le besoin. Si les rimes peuvent m’y aider, alors allons-y. Mais sinon, ça restera personnel. C’est surtout pour ça que j’aime tant le hip-hop. Il m’a sauvé, je lui dois beaucoup.

Sur tes morceaux, tu utilises beaucoup de dialogues, des extraits de discours, comme sur Exodus et Goonies, comment tu les choisis ?

Parfois j’écoute des interviews, j’étudie les mots employés, les discours, etc. Je suis tombé sur pas mal de choses en regardant les sites du gouvernement. La voix sur Exodus c’est un message du Ku Klux Klan à ses membres. Les leaders déguisent leur voix. J’adore la peur du racisme. Doom a beaucoup fait ça dans les années 2000, et je m’en suis inspiré.

Qu’est-ce que tu penses de la scène hip hop actuelle ?

La hype va tuer toutes ces superstars. C’est ce qu’il se passe depuis 2013, l’année de Nothing Was The Same, Yeezus, Magna Carta, Good Kid Maad City et quelques autres albums. La plupart étaient devenus des « classiques » en quelques jours, mais tous ne méritent pas ce statut. A l’inverse, Reloaded de Roc Marciano mériterait de l’être, mais c’est la loi du métier. Les gens choisissent les noms plus que le talent. C’est triste et décourageant pour les artistes qui débutent. J’écoute la musique de tous ceux que j’ai nommé, et je les soutiens, mais je n’aime pas le côté politique qu’il y a autour.

La majorité des « artistes » du moment se focalisent sur leur nombre d’écoutes, de vues… Qui s’intéresse à ça ? Les faiseurs de hype… Aujourd’hui, tout le monde veut être un marginal parce que c’est cool. C’est triste. Mais sinon il y a de la super musique aux Etats-Unis, c’est magnifique. J’ai d’ailleurs l’impression que la musique reprend le dessus sur l’argent. Mais je peux me tromper.

Comment est-ce que tu travailles avec tes différents producteurs ? On retrouve souvent cette couleur jazz, c’est quelque chose que tu recherches spécialement ?

Je les ai rencontrés au fur et à mesure, on forme une équipe. Sahmbeau a donné une teneur très jazz et calme à mes morceaux. Il sort de nulle part et j’ai foncé avec lui, il vient de Houston d’ailleurs. Suprchnk a un son jazz quand il veut. Il est incroyable et très intéressant. From The Shadow est très fort aussi, jamais je n’atteindrais son niveau. Je retrouve le son que j’écoutais avant et ça marche bien entre nous. Lonny Views est mon producteur, DJ, ingénieur, designer et tout le reste. C’est mon arme secrète. Je lui dois presque tout. C’est lui qui m’a trouvé, c’est un magicien. Le monde le découvrira bientôt.

Je n’ai jamais voulu travailler avec beaucoup de producteurs, et je ne veux toujours pas, mais j’aime bien tisser des liens forts avec les gens qui n’ont pas peur de prendre des risques ou de changer. Je pense que la musique et l’amour de la musique t’amènent à rencontrer des gens qui l’aiment autant que toi. Pas d’égo, pas de maladresse. Et ils font tous de moi quelqu’un de bien.

Tu penses un jour te mettre à produire toi-même ?

Pas sur mon album. Je sais que dans le futur je commencerai à m’y mettre, quand j’en serai capable. Mais les paroles sont ma priorité pour l’instant.

Javon Johnson

Tu sors fréquemment des nouveaux morceaux, comment est-ce que tu les écris ?

J’utilise le bon vieux procédé jazz qui consistait à jouer jusqu’à mourir, se reposer et ensuite enregistrer. Normalement j’attends d’avoir un son qui m’inspire et je construit la chanson autour, je choisis la production qui convient le mieux à l’atmosphère et je me lance. Puis je me nourris, j’écoute de la House, je regarde la télé, et je recommence. C’est comme s’entraîner pour un combat. Je peux sortir un EP en un jour, une chanson en 30 minutes, ça dépend combien de temps je veux passer dessus.

Tous tes EP semblent représenter une part de ta vie, maintenant que tu travailles sur un album, est-ce que tu as une approche différente ?

Bonne question… Ma vie est faite de hauts et de bas, donc je pense que c’est un détail important. Je pourrais aussi y bien parler de ce qui m’arrive en ce moment que de ma période dans la rue. Tout a toujours un lien avec moi. Travailler sur un album ça ressemble beaucoup au rangement de ta chambre. Tu veux le faire pour te sentir mieux après. C’est comme ça que je le ressens. Je ne me rase pas, je ne sors pas, je fume, je prends des photos, j’écoute des beats, j’enregistre des brouillons sur mon téléphone…

Pour l’instant ta musique est uniquement sur Soundcloud, tu penses rester uniquement sur cette plateforme ?

Je veux prendre mon temps et être sûr d’être assez suivi pour passer à l’étape supérieure. Pour l’instant ça me suffit, mais beaucoup de choses sont prévues et je ne resterais certainement pas sur une seule plateforme.

Pour finir, y a-t-il une œuvre que tu aimerais recommander ?

Un livre : Black Echo de Michael Connelly.

Des films : Apocalypse now, Man On Fire, Lawnmower Man

Un tableau : The Champion par Benny Andrews (1967)

Une chanson : Waiting For Your Love de Marvin Gaye.

 

Crédits Photo : Javon Johnson & Lil Bill