« Villa Soledade », le second album de Sensible Soccers, groupe phare de la scène indépendante portugaise, vient de sortir. Chronique et écoute complète de ce grand disque de musique pop et électronique, porte d’ouverture sur une scène méconnue, à tort – cliquez sur l’image ci-dessous pour démarrer la lecture.

La France n’a pas le monopole des artistes qui peinent à franchir ses frontières, malgré leurs qualités reconnues. En matière de pop contemporaine, le Portugal a bien réussi à nous faire écouter The Legendary Tigerman ou Wraygunn, quand beaucoup d’autres restent pratiquement inconnus par ici.

Il est de ceux-ci Sensible Soccers, formation emblématique d’une scène indé nationale qui fourmille d’acteurs, de Guimarães à Setùbal. Les membres du groupe ont participé à son essor, notamment via Musica Pop Desempregeda, un label qui militait à sa façon au début de la crise et de la montée du chômage chez les jeunes.

Sensible Soccers (Daniel José)

Après un premier album sobrement intitulé 8 qui leur a ouvert les portes des plus gros festivals portugais, ils sortent leur deuxième album, Villa Soledade. Les sept morceaux, enregistrés à l’été 2015, sont le résultat de la création d’un spectacle conceptuel : ils explorent dans un sans faute les frontières entre ambient, pop et electronica.

Des vagues synthétiques de Clausura, qui rappellent les expérimentations de Klaus Schulze, on passe à une interprétation des sorties Kompakt sur Villa Soledade, comme The Field qui s’autoriserait les variations harmoniques de la pop. Le dub cosmique Bolissol introduit les glissandos bouclés, marque de fabrique du quatuor, passé trio, ainsi que les soli clairs et saturés qui chantent comme des flûtes. Ce morceau rappelle les essais de leurs amis Gala Drop ou Paùs.

Nunca Mais Me Esquece ressemble à un funk synthétique, jusqu’à ce que le clavier transforme l’essai en danse baléarique. Aux vient apaiser l’atmosphère dans une douce rêverie pleine de flanger, les paumes doucement frappées sur les cordes, avant d’introduire, comme sur le précédent album, le morceau phare par une tirade de guitare.

Car Shampon est l’AFG ou le Sofrendo Por Você de cet album : un morceau intense de neuf minutes, rythmé par une basse profonde et ces fameux staccatos en boucles montantes, qui deviendra l’apothéose de leurs concerts. L’ensemble est clôturé par Apertura qui, comme son nom l’indique, revient là où l’album avait commencé, dans les nappes de synthétiseurs. Désormais, il faudra y prêter attention, la pop moderne se traduit aussi en portugais.