Avant-dernier arrêt du tour andin de Beyeah, avant un ultime portrait de la sensation chilienne Matias Aguayo. Aujourd’hui on s’aventure en Argentine, dont la capitale Buenos Aires est connue pour être une des villes nocturnes et électroniques les plus caliente du continent. À tel point que l’influence de la ville s’exporte désormais très facilement, des artistes comme La Yegros ou Chancha via Circuito s’embarquant dans des tournées mondiales ambitieuses.

Pour s’en convaincre on s’est entretenu avec Grant, le boss de ZZK Records, label électronique qui règne sur Buenos Aires depuis huit ans désormais, et qui s’ouvre plus généralement au monde latin. Parmi leurs artistes, on a récemment rencontré leur poulain, l’équatorien Nicola Cruz. On a également pu constater le talent imparable de Chancha Via Circuito au RBMA Bass Camp de Santiago, et on s’est enflammé la semaine dernière aux Nuits Sonores sur les chansons brûlantes de La Yegros.

« On a commencé en 2006 le Zizek club avec des artistes comme Frikstailers, Fauna, Tremor, El Remolon et Chancha Via Circuito » raconte Grant. Et effectivement, l’aventure ZZK a d’abord commencé par une succession de nuits qui ont rencontré un fort écho au travers de la jeunesse argentine. « Car en réalité il y a eu plusieurs vagues électroniques à Buenos Aires, et on peut dire qu’actuellement on en est à la 3ème. Buenos Aires n’est plus un lieu d’émulation récent, mais la ville a toujours quelque chose à dire, elle n’est pas finie ». Au travers de ses douzes ans d’implantation sur la capitale argentine, ZZK a inspiré de nombreux jeunes artistes. C’est quelque chose dont Grant avoue être très fier.

« La première vague électronique est arrivé en 2001, après la crise financière argentine. Le prix de la vie était vraiment faible, et cela a attiré beaucoup de voyageurs, d’étudiants et d’esprits créatifs. » Il y aurait tout une analyse sociologique à porter sur la naissance d’une scène culturelle et de sa relation avec le contexte économique. Étudier comment la culture peut être une réponse valable – autant au niveau sociétal qu’économique – à des périodes de doutes, chose dont on a parfois du mal à prendre conscience. Des villes comme Berlin, Sheffield, Detroit ou plus récemment Lima sont autant d’exemples flagrants de cette relation.

« Les différentes villes d’Amérique Latine ne sont pas en compétition, mais plutôt en synergie. Il ne s’agit pas de savoir quel lieu est le plus influent ou le plus tendance, car tout se transmet par vagues et ondes de chocs successifs. Quito rayonne en ce moment, et il y a deux trois ans c’était plus Lima. Mais encore une fois, ce sont des mouvements de va et vient. » Cet esprit de communion traduirait-il une mentalité latine singulière et partagée ? C’est quelque chose que l’on avait déjà perçu au travers de nos différents portraits sur le continent, notamment celui de Vicente Sanfuentes. « Effectivement, le message latin est plus centré sur la communication et beaucoup moins sur l’ego. De ma perspective ça se traduit par des artistes qui s’ouvrent beaucoup plus facilement sur la collaboration et un management beaucoup plus relax qu’en Europe. »

« Concernant mon travail, c’est un effort journalier pour faire en sorte que le projet soit cohérent. On a arrêté de manager nos artistes du coup on est complètement dépendants de la vente de nos releases, dans un monde numérique où l’édition est un secteur cruel. Je ne peux pas t’assurer que l’on sera encore présent dans 2 ans, mais on fait tout pour ça. » Cela se traduit concrètement par une campagne de crowdfunding qui a notamment permis de sortir le premier album de Nicola Cruz en milieu d’année dernière avec un minimum de communication. Quand à savoir quels seront les prochains signatures de ZZK, Grant nous confirme l’arrivée prochaine de deux nouveaux artistes. « Et aucun problème à aller chercher des artistes intéressants en dehors de Buenos Aires. Notre but est de représenter un son latin, mais ce son est par essence ouvert sur les autres cultures. »

On lui a donc demandé comment il ressentait la création de connections entre les différents publics qu’écument ses artistes. « C’est intéressant car au final les gens connectent sur des éléments très différents de notre musique en fonction de leur origine culturelle. Le public européen et électronique va beaucoup plus connecter sur l’idée de beat électronique un peu carré qui n’est pas totalement absent, alors que le public latin va beaucoup plus réagir à la rythmique de la cumbia. Mais en tout cas, de partout les gens dansent et arrivent à connecter, et c’est quelque chose dont on est fier car cela veut dire que l’on parle un langage qui se veut large et compréhensible par beaucoup. »

« On vient de lancer le petit frère de ZZK Records, qui s’appelle AYA Records, en signant deux artistes – Mateo Kingman et EVHA. Avec AYA on sera sur une perspective un peu plus pop et hip-hop. On va également faire du documentaire. On veut élargir nos perspectives. » Malgré cette unicité latine on était donc curieux de savoir si il existait quand même des différences notables entre les différents pays du continent. « Evidemment le fond peut changer malgré une forme similaire et accessible. En Argentine c’est surtout la Cumbia qui était à l’essence de notre projet, de notre identité. En Equateur par exemple, là où on implante une partie de l’identité de AYA, c’est beaucoup plus les Andes, la musique traditionnelle et indigène, qui est une influence importante. Une erreur grossière serait d’essayer de résumer le son latin au son de la cumbia, c’est beaucoup plus large que ça. »

AYA Records

On vous recommande aussi le visionnage du documentaire « Cumbia Digitale » de Arte également centré sur ZZK Records et publié tout récemment.

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