Jour 2. – On est pas fatigué / Ambiance Générale

Ici on troque le chant des oiseaux pour un “Dour Festival! Dour Festival ! On est pas fatigué”, chouette manière de découvrir le fameux Dj Red bull. Je suis le premier debout du campement alors je prends les devants et pars chercher la gazette locale intitulée “DOUREUUUH!” (décidément).

Sur le chemin je croise la Green Cross, les mecs chargés de ramasser la merde sur les différents sites de Dour. Et quand on s’y arrête 2 minutes, on se rend compte que ce festival est dégueulasse. Ils me parlent du concept de l’EcoChange, un sac de plastique ou 40 gobelets échangés contre une bière. Pas mal les mecs, ça c’est une bonne initiative de la part du Festival – surtout que moi j’ai plus trop de thunes alors ça me plaît –

Dour Green

Une bande de mecs sympas. © Laurence Guenoun

Je chope la gazette et rentre au camp pour faire un peu de café, sous le titre accrocheur, on peut lire un “by Win For Life tranquille le festival“ qui est un partenaire financier du Dour et aussi ceux qui éditent ladite gazette. Concrètement qu’est ce que ça change pour le festivalier pinpin ? Rien. Si ce n’est que ces mecs là te proposent de gagner 2000€ par mois à vie sur un stand, avec un micro et des polos vert anis. Ambiance.

Ils t’accablent de questions “Qu’est-ce que vous feriez avec 2000€ par mois à vie ? “ Moi ? Je me barrerais d’ici.

Dans ce papier, on trouve le programme de la journée, vachement pratique, et quelques petites blagues excellentes par-ci par-là. L’horoscope me dit  “Poisson : Sortez la tête de l’eau, reprenez une bière. “ Ça tombe bien, je viens tout juste de remplir un sac gobelets !

Je me suis demandé pendant plusieurs heures ce que je pourrais bien aller voir ; Flume ? Siriusmodeselektor ? Omar Souleyman ? KiNK ? ces artistes qu’on croise dans quasiment tous les festivals cool de cette année, j’en sais trop rien. Je prends mon sac à dos et en avant pour le festo.

Le vif du sujet

Il est un peu moins de 18h et j’erre vers Le Labo, une scène qui se veut un peu “diggueuse”. On y trouve tous ces artistes que vous êtes super fiers de suivre sur Soundcloud, mais qui ne vous feront jamais venir à un festival comme Dour. C’est malheureux mais les gens veulent du gros poisson, du Snoop Dog, du Rone, du Agoria, du Kaaris.

Avec mon pote on loupe Dream Koala et The Geek x Vrv. Déçus et un peu cons, on se retrouve devant cette scène qui commence à se remplir.

-C’est qui le prochain ? balance un mec dans le fond.

– C’est FKJ mec !!

Ah bah on a bien fait de venir. FKJ c’est le gars aux grosses dreads qui fait parler de lui depuis deux petites années. En soirée quand c’est un peu trop morose, que les gens ne dansent pas, il suffit de balancer un petit Lying Together et c’est chaleur-dancefloor assurée. Le set commence, d’un coup l’atmosphère chaude sous le chapiteau du Labo prend tout son sens, on sait qu’on est en juillet et avec ses quelques petits coup de pad FKJ rendrait presque légitime la vente de mojitos aux bars du festival.

C’est gai, c’est funky, ça groove. L’acoustique du Labo se prête quand même beaucoup plus à recevoir des artistes comme lui. Un son chaud avec un ingé son qui assure ça fait toute la différence et il faut le souligner. Les gens sont de plus en plus nombreux sous ce petit chapiteau où il commence à faire très chaud : ça se sent FKJ sue. Il sue pour nous faire danser et ça marche. Le Labo est un des rares lieux du festival qui a une entrée et une sortie, on s’y sent un peu chez nous, dans le salon d’un pote complétement décomplexé : ça danse.

fkj-dour

L’heure tourne. Yelle joue ses premières notes au Jupiler Dance Hall, une scène sponsorisée par Jupi, la bière fraiche (mais pas très bonne) qu’on nous sert sur le festival. Pour 2,5€ le demi je constate avec joie que nos amis belges ont un vrai sens des priorités et que certains festivals français pourraient s’en inspirer. J’ai bien envie d’aller voir Yelle du coup, et puis je me dis que la magie de Dour réside aussi dans le fait de se laisser porter par la foule. Et si on faisait ça ce soir ? Au diable Yelle, en avant pour le Dub. Mon pote me dit qu’on va voir Crucial Alphonso – quel nom de merde.

Dub-itatif

On arrive sur la scène dub, qui ne paie pas de mine mais qui a quand même le mérite de s’offrir 3 colonnes d’enceintes intelligemment réparties autour de la scène. Je suis comme un gosse, je crois que je fais des concerts depuis que j’ai 14 ans et j’ai vu plein de trucs : Cali, des orchestres philharmoniques, de la musique traditionnelle occitane, des mecs engagés, des mecs moins engagés. Mais c’est la première fois que je me retrouve devant un soundsystem dub, mon pote G le sait et ça lui fait plaisir. Il prend un peu de temps pour m’expliquer les différents types de soundsystem qu’on peut trouver dans le dub et en vient à me raconter une anecdote sur un groupe de l’an dernier.

C’était une sorte de B2B comme vous pouvez avoir dans la techno sauf que là chaque groupe à son propre soundsystem, et du coup ça donne un truc de fou quand ils jouent ensemble.

Si quelqu’un retrouve le nom de ce groupe, je prends.

On choppe une bière, et go. Sur scène, enfin sous la bâche qui protège les sélectas parce qu’ici on s’en tape un peu d’avoir une scène, on trouve 2 gars ; un aux platines et l’autre au mic’. C’est assez marrant de voir à quel point les clichés qu’on peut avoir sur le dub n’en sont finalement pas : ça correspond totalement à l’idée que je m’en faisais. Ici les gens considèrent réellement que l’air est bizarre quand il n’y a pas de THC dedans, quand on vous demande vos papiers vous avez tout intérêt à sortir vos feuilles slim; et pour finir les mecs s’en foutent royalement de savoir si les DJ’s sont là, le principal c’est d’avoir du son qui sort des enceintes. J’adore, voir cette foule s’agglutiner en face d’un soundsystem sans considérer son voisin de danse ; c’est ça le dub.

Je déambule et exécute une sorte de danse un peu chelou :  Épaules en avant, épaules en arrière, les pieds qui restent bien ancrés au sol et de temps en temps on lève l’index qu’on agite tranquillement en direction des sélectas. Il existe une variante avec une bière, mais la mienne est déjà vide.

Un peu décalé avec ce beat cool, c’est comme un électrochoc quand on passe devant Siriusmodeselektor. Là, je suis bien. Une fille qu’on a rencontré un peu plus tôt décide d’aller prendre des bières, alors on patiente. Histoire de bien se mettre en jambe j’avance un peu dans la fosse, j’entends un “Elle a pris ¼ de speed, et ça lui fait rien !” Bonne ambiance et bienvenue à Berlin, sur votre droite les boss du Label Monkeytown et sur votre gauche le soleil qui se couche. Point culture : Modeselektor annonce chaque morceau avant qu’il ne commence… Pratique !

dour-siriusmodeselektor

Finalement, on « ne fait que passer » – les boules – avant de rejoindre nos potes et Squarepusher qui joue dans la Petite Maison dans la Prairie.

Squarepusher et fricadelle

Le nom est aussi cool que le lieu, scène la plus reculée du festival érigée sur une petite colline avec bar, tables et Frites Fricadelle tout autour. Une autre vision du bonheur. Excitation générale dans la salle, comme toujours les fans font le déplacement, tous (ou presque) ont leur t-shirt de fanboy. Squarepusher est de ces artistes un peu yoyo, impossible de dire s’il préfère sa basse ou ses machines tant il oscille entre les deux en fonction de ses lives. Cette année, il jouera mi-figue mi-raisin : la première partie machine fait suer à grosses gouttes, on pense presque que les mecs du label Warp vont nous proposer des serviettes fraiches avec un regard compatissant du style : “Tenez, vous en aurez besoin pour la suite”. Ce Squarepusher là, il m’énerve. C’est trop fort, c’est trop dur, j’ai du mal à suivre, je ne sais plus ou donner de la tête.

J’ai besoin de sortir un peu voir ce que le festival peut m’offrir en compensation : ah bah tiens, une fricadelle. Des années que j’entends parler de ce truc à coup de “tu vas voir c’est bon ça devrait te plaire” ou “on sait pas vraiment ce qu’il y a dedans mais c’est moins dégueulasse que les knackis”. Premier Dour, je suis plein d’entrain et je m’essaie à une sauce Andalouse (ici plus simple à trouver qu’un point d’eau). La vendeuse reconnait mon accent français et me rajoute même un peu de frites “Parce qu’il faut faire les choses bien pour sa première fois”. C’est vrai que c’est bon ce truc.

dour Squarepusher

Au cas où : Squarepusher, c’est cette petite tête derrière les machines.

Squarepusher s’est calmé, a sorti sa basse et charme son monde en faisant du “slap”. Je reviens heureux et rassasié vers une musique pas vraiment plus douce, mais plus adaptée. Le vjing devient la seule source de lumière sous le chapiteau, mais je reconnais quand même mon groupe de pote avec leurs lampes qui clignotent rouge. J’avance au centre bercé par ce type qui, quelques années plus tôt, avait du mal à quitter son masque et tapait beaucoup trop fort sur ses machines. Aujourd’hui, c’est un tout autre spectacle qu’il nous offre, l’allure d’un mec décontracté et heureux de retrouver sa guitare aux grosses cordes. Le set se termine, on me prend par le bras en me disant :

Maintenant tu vas voir ce que c’est vraiment Dour.

Beau teasing, moi qui pensais avoir cerné une bonne partie de ce festival, de ses quelques scènes, de l’ambiance.

De Balzaal, le « vrai » Dour ?

On l’amène à De Balzaal ?” Encore un truc qui porte le nom d’une marque de thé un peu bobo. On cours, bouscule des gens. Le stand “Win for life” est fermé. Quel dommage, j’aurais bien tenté de gagner 2 000€ par mois à vie à cet instant précis mais visiblement il faut se dépêcher. Là on me dresse rapidement un historique.

A la base; le jeudi à Dour c’est Drum”n”Bass, il y a toujours eu cette ambiance là depuis que je le fais. Et là on t’emmène voir Ed Rush & Optical

Je n’ai rien dit sur le nom, je me suis retenu.
Quelques minutes plus tard, je croise les sky-tracers de la veille et c’est vers eux qu’on se dirige. On me tend une paire de boules Quiès, je ferme les yeux : ça sent la pisse, c’est le signe qu’on ne s’éloigne pas trop du festival. Et puis vlam j’arrive devant cette scène. 4 immenses pylônes de 15m de haut avec des écrans géants solidement plantés dans le sol.

Au loin (oui, au loin) une scène sur laquelle les 2 djs semblent minuscules. J’ai rarement vu autant de monde agglutiné autour d’une seule et même scène. Des gens à perte de vue. Je suis tellement scié que j’en oublierai presque d’écouter les 2 gus derrière les platines. Amère constat, je suis un des rares à avoir les pupilles qui réagissent correctement aux changements de lumières. Pour la première fois depuis 2 jours, je comprends enfin le “DOUREUUUH”. J’hurle ce cri de guerre et autour de moi les gens reprennent en cœur, ça aussi c’est presque poétique comme moment.

Dour

Des mecs en pantacourts qui dansent sur des écrans géants. Un festival belge vous avez dit ? © Laurence Guenoun

Un Perc ramollo et un Igorrr qui réveille

Ici la musique ne s’arrête jamais alors il faut prendre sa montre et son programme pour ne pas louper Perc à la Cannibal Stage. Je presse un peu notre mauvaise troupe, 6 jours que je n’ai pas écouté de techno et je ne dirais pas non à un petit Perc. J’appréhende un peu, son dernier album The Power and The Glory est un peu moins “noir” que les précédents.

La chaleur sous le chapiteau est insoutenable. Le set a commencé depuis 5 minutes seulement, ça promet des températures agréables pour la fin d’après midi. Le beat est là, quelques vocals bien placés et c’est tout. 1h de set c’est court mais  peut paraitre très long quand le public s’endort. Les 3 montées en puissance de la part de notre copain Ali Wells ne suffisent pas à dynamiser tout ce beau monde. La chaleur ? L’ambiance trop pesante ? Je commence à fatiguer et pourtant nous ne sommes pas encore couché. 2h00 à ma montre.

Je vais me chercher une Redbull (en hommage au Dj qui me servira de réveil demain), et retourne sous la Cannibale Stage.  Igorrr a pris les commandes. Inconnu au bataillon, on me parle d’un français fan de breakcore, death metal et trip-hop qui a un projet avec une chanteuse d’Opéra.Dans ce cas je vais rester un petit peu.

Musique baroque retentissant sous le dôme, je suis un peu déboussolé. Au loin s’accélère le beat breakcore, génial et subtil mélange qui rajoutent un peu de charme aux guitares électriques. Les gens autour de moi sont fous, mais je ne les entends pas crier, la musique n’est pourtant pas si forte,  elle prend juste une place immense sur cette petite scène; ne laissant aucune chance aux cris, pas toujours très recherchés, des festivaliers défoncés.

Je décide de rester là et de me laisser surprendre. Pas de mise en scène rocambolesque, juste lui et son ordinateur et parfois le kiff d’entendre un accordéon un peu foufou. Malheureusement, il ne jouera qu’une seule heure.

Modeselektor et le rendez-vous des fonce-dés.

Avant de quitter le camp, plus tôt dans l’après-midi, on me met au parfum d’une tradition à Dour : “Le rendez-vous des fonce-dés”. Le nom me fait marrer mais l’idée est pas si con : décider ensemble d’un dernier concert où on pourrait se retrouver, si par malheur notre communauté venait à être dissoute pendant le festival.

Le rendez vous des fonc-dés, donc, est convenu à Modeselektor (en Djset). J’y retrouve mon pote G. et on cherche ensemble le reste des lurons. Introuvables. Super concept ce rendez-vous. Modeselektor est là et cette fois ci sans annoncer au micro le nom des tracks qu’ils jouent… c’est agréable. Là encore de la techno, que je n’apprécie plus trop après la claque toute récente de Igorrr. Ne nous méprenons pas, le set est bon, dynamique, les killers track se succèdent et ça marche très bien. Doit-on encore faire l’éloge de Modeselektor ? Dernière note sur un morceau de Monkeytown Records, classique et efficace.

Demain est un autre Dour

Le festival se ferme et dans la foule j’ai perdu tout le monde. De là où je suis j’en ai pour 45 min de marche pour rejoindre le camp, sans batterie. Pour moi ce soir, pas de “U2 et Radiohead” au bar du camping, je rêve d’un oreiller. Le temps de noter quelques “to do” à faire pour demain : “Trouver un chargeur et essayer un Toï-Toï.”

Article écrit par Jean Fromageau