En 2016 le mouvement future beat/future bass continue de tracer son chemin. Nouvelle pierre à cet édifice récent qui ne cesse de grandir : Together, second EP de Douchka qui sortira le 11 mars prochain chez Nowadays Records. Tout comme ce genre musical, le tracé de Douchka est jeune mais a déjà parcouru pas mal de distance.

Après une sélection à la Red Bull Music Academy de Tokyo en Novembre 2014, il signe rapidement sur Nowadays Records. Quelques remixes et beaucoup de dates plus tard, un premier EP Joyful sort en Juin dernier, avec une version live prête à reprendre la route. Après quelques mois de silence et de composition acharnée, il revient avec deux lives : l’un avec Les Gordon pour leur duo LESKA, l’autre pour une Together en version live. Déjà joué lors de quelques dates dont la récente FUTURE ! aux côtés de Sango, c’est ce week-end qu’il ne faudra pas manquer le lancement officiel.

Et pour cela les petits plats danseront dans les grands puisque Nowadays n’investira rien de moins que La Machine du Moulin Rouge ce vendredi 11 au soir. C’est là que la Fine Equipe donnera le top départ en invitant Douchka, Le Marquis, Everydayz & Phazz, Unno, ainsi que Moods. Une fois le ton établi, la fête se prolongera dans sa ville de coeur à Rennes, le samedi 12. Forcément, on a pas voulu manquer l’occasion et on est allé poser quelques questions à Douchka qui nous a gentiment répondu nous concoctant au passage une playlist de mise en jambes avant ce week-end.

Ton premier opus est sorti au début de l’été dernier, quel a été ton parcours depuis, comment as tu préparer ce 2ème EP ?

Après la sortie de Joyful en juin dernier, je me suis immédiatement mis à composer ce nouveau maxi. J’ai profité de l’été passé chez mes parents à Douarnenez pour pouvoir écrire entièrement cet opus. C’était vraiment cool car j’avais un espace de travail différent, ça m’ouvrait vraiment de nouvelles perspectives dans la prod. Entre temps, j’ai aussi commencé à travailler sur un live que j’ai présenté en première partie de Fakear sur plusieurs dates après la rentrée. Depuis, je me focalise beaucoup sur le développement du live ainsi que quelques remixes.

Depuis ta sortie de la RBMA, tu es entré chez Nowadays Records. Comment se déroule ta collaboration avec eux ? Y a t-il une relation particulière qui s’est développé avec les autres artistes du label ?

Tout se passe vraiment comme sur du velours avec eux. Ils comprennent mon projet et sont hyper ouverts. Ils ont également un regard à la fois critique et bienveillant qui permet d’avancer dans la bonne direction. Et puis ce sont des crèmes humainement, toute l’équipe. J’ai vraiment de la chance de pouvoir avancer avec eux. Avec les autres artistes, on forme comme une grande famille dans la mesure où notre son est encore assez rare en France, donc on se soutient tous sur nos projets respectifs. On passe aussi de très bons moments sur les soirées, je pense notamment à cette tournée en Belgique en septembre dernier, ça m’a permis de rencontrer le reste du crew, c’était top.

En un peu plus d’un an tout s’est enchainé très rapidement jusqu’à ta signature chez Warner Music il y a peu (en solo et en duo avec Leska, projet mené aux côtés de Les Gordon). Comment gardes-tu ta concentration et ton intégrité face aux différentes sollicitations ?

Honnêtement la seule chose importante est d’être entouré de gens qui connaissent ton projet mais te connaissent aussi personnellement. Il m’est juste impossible d’avancer avec quelqu’un avec qui ça ne colle pas humainement, même si je trouve le son hors du commun. Je ne parle pas de devenir meilleur pote du jour au lendemain, mais de savoir échanger et comprendre les attentes de l’un comme de l’autre, c’est ce qui a toujours guidé mes choix. Aujourd’hui il se passe pas mal de trucs, même si je reste encore enfermé dans une niche musicale. Mais je garde toujours en tête les personnes qui m’ont réellement permis d’avancer en se mouillant avec moi, et c’est vers eux que je me tourne toujours en premier lieu

Quels sont les ingrédients d’un morceau de Douchka ?

Piano, café, cigarettes, café, drummy drums et la basse. Surtout la basse. Le reste, c’est du bricolage, je n’ai pas vraiment de routine en studio.

Depuis ton passage à l’Olympia en première partie de Fakear et ta participation aux Inouis des Printemps de Bourges, tu joues ton nouveau live que l’on entendra ce week-end. Quels sont les instruments que tu utilises?

C’est cool de pouvoir répondre à ce genre de question car on se rend pas forcément compte sur scène du travail effectué en amont sur un live de ce type. En gros, je dispose de trois pôles bien distincts sur le set live : Un pôle loop sur Ableton Live où je lance les boucles de chaque morceau en midi. Pour ça je dispache six pistes sur chaque morceau joué : le kick, les drums, les synthés, le sub, les effets et les voix. Je gère ensuite avec un contrôleur chaque piste en réglant le volume et le départ de tous les éléments. Je peux enlever certaines parties, en rallonger d’autres, ajouter des effets comme de la réverbération, des filtres… Ensuite j’ai un pôle synthé avec le Nord Stage ou je joue des orgues, des marimbas, du piano à différents moments de chaque morceau. Et enfin, un pôle percussion avec mon Roland Spd ou je rejoue les parties de batterie. Évidemment, je ne peux pas tout faire en direct, je ne suis pas un « homme orchestre », mais j’essaie d’être le plus mobile possible pour être occupé en permanence sur toute la durée du set.

Tu imagines bien que venant du djing, j’ai du répéter en mode charbon avant chaque set. Et il m’arrive encore de louper certains trucs en live, de moins en moins, mais ça arrive. Par contre, j’ai beaucoup plus de plaisir sur scène, car là, je joue vraiment ma musique. Tu es vraiment jugé sur ton travail, ta création et ta prestation, ça te pousse à développer à fond le travail en studio. C’est aussi grâce à ce live que je suis amené à jouer sur des spots que je n’aurai pas pu faire en DJ set. L’idée n’est pas de faire plus de dates, mais surtout de jouer dans des endroits où le public vient voir un show, une performance.

Le mouvement future beat/future bass peine encore à trouver son public en France alors qu’il est déjà bien installé dans des pays comme le Canada ou l’Australie, et ce malgré la réussite d’évènements comme la FUTURE!. Quel est ton regard sur cette scène émergente dont tu fais partie ?

Très souvent, je suis hyper frustré quand j’entend des promoteurs/médias te dire : « C’est vraiment chanmé, mais est-ce que c’est pas juste le truc du moment ?« . C’est à cause de ce genre de réflexions qu’on passe à côté de nombreux talents en France. Quand je vois le développement d’un artiste comme Mura Masa en Angleterre, je doute vraiment qu’il aurait pu avoir le même démarrage fulgurant de carrière en France. Ce qui est triste, c’est que tu as des artistes géniaux éparpillés un peu partout sur l’Hexagone, qui tapent le million d’écoutes sur soundcloud mais qui ne jouent que très rarement. Là dessus, on va te répondre que le public français n’est pas adepte de cette musique, que ça ne remplit pas les salles. Mais un public, je pense vraiment que ça s’éduque.

Si on arrêtait un peu de programmer les lieux par « sécurité d’une jauge minimale », et qu’on se bougeait pour organiser de belles soirées avec des plateaux de qualité de manière récurrente, les gens viendraient sur les évènements les yeux fermés, en faisant confiance à la qualité des line-up précédents. C’est le cas depuis longtemps au Canada, en Australie, au Royaume Uni, mais voilà t’es en France, et malheureusement si on t’as pas rabaché quinze fois sur tous les médias possibles et imaginables que tel artiste avec ses 3000 likes facebook vaut vraiment le coup d’oeil, tu hésiteras toujours, et c’est vraiment dommage. Après c’est un point de vue vraiment personnel, peut être que je suis juste un gros rageux ! (rires)

Quels artistes suis-tu de près en ce moment ?

Parmi les plus récurrents dans mon ipod en ce moment, je dirai Thundercat, NAO, Jarreau Vandal, Her, Dorian Concept, The Weeknd, Daktyl, Fulgeance, Oh Wonder, Future… En fait j’écoute beaucoup de trucs vraiment différents. Même si je sais que je passe à coté de plein de choses, j’écoute peu d’albums en entier. Le dernier LP que j’ai écouté d’une traite, ça doit être celui de Superpoze qui est sorti il y a un moment déjà. Je suis plus adepte des formats courts. Je consomme essentiellement la musique sur soundcloud ou youtube. C’est pour ça que ça va me faire vraiment étrange de voir Together en vinyle et exister pour de vrai. Même si je dois avouer que je trouve ça plutôt sexy !

Quels sont les projets à venir ?

On vient tout juste d’annoncer une belle tournée au printemps avec Nowadays et Allo Floride. Il y aura un peu plus d’une quinzaine de dates live jusqu’au début de l’été. J’en partage une partie avec Fakear sur sa propre tournée en assurant sa première partie sur plusieurs dates. Je vais un peu partout donc c’est vraiment excitant de partir à la rencontre d’un nouveau public ! Sinon on est vraiment dans les startings blocks avec Leska, mon projet avec Les Gordon. Vous allez en entendre parler dans peu de temps…

Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

J’ai découvert il y a peu un chanteur/compositeur qui se nomme Demo Taped. Je trouve sa voix vraiment hallucinante et j’aimerai beaucoup travailler avec lui.

Merci à Douchka pour son temps !