Les arbres de l’Amsterdamse Bos, d’habitude si paisibles, ont vibré une fois de plus pour le Dekmantel, édition 2016. On avait hâte de retrouver ces chemins herbeux et ces cinq scènes magnifiques qui font palpiter la jeunesse d’Amsterdam depuis seulement une poignée d’années. En arrivant vers l’entrée de l’événement, on découvre que peu de choses ont changé. La tente en soucoupe protège toujours les danseurs de la Main Stage ; la scène UFO est toujours un trou béant avaleur de BPM ; la Selectors a toujours son charmant perchoir central ; la Greenhouse ressemble toujours à la Jamaïque. Et, la Boiler Room, toujours aussi perdue. Vraiment. Mais pourquoi changer quand on a déjà tout ça ? Retourner au Dekmantel, c’est un peu comme refaire le même rêve, où on aboutit dans une dimension hors du commun, assez agréable. Mais la musique y est pour plus encore.

La principale qualité de ce festival réside sans conteste dans sa programmation, mais aussi dans le fait qu’elle soit de jour. Passé quelques performances somme toute moyennes, la majeure partie des prestations de cette année nous ont fait danser – si ce n’est nous faire devenir de vrais animaux -, et chaque live, chaque set, semblait parfaitement cohérent l’un avec l’autre. Des quantités gargantuesques de bières et de vodka/maté se sont déversées dans les corps des festivaliers, et l’on a communié. Un beau moment de fête. Pour vous donner envie d’aller y poser une oreille, ou deux, l’année prochaine, on vous propose une petite sélection de ce qu’on a aimé écouter dans ces bois.

Première grosse claque du festival, Palmbomen II, enfant natif de Hollande (« palmbomen » signifiant « palmier »), a déversé le samedi après-midi dans la Greenhouse son espèce de house lo-fi à rythmes lents et perchés. Le soleil tape dans la serre et sur les têtes des danseurs, bien que la salle ne soit encore que clairsemée. Un live impeccable, montant doucement en tension, jonglant entre un groove acid répétitif et des boucles de synthés qui sonnent cheap, mais tellement tropicales. On a adoré l’espèce d’ambiance sensuelle et moite qui régnait à ce moment là : on a vu la foule fermer petit à petit les yeux et se laisser transporter, au rythme du plancher qui vibre, sur une île virtuelle paradisiaque.

Le deuxième jour encore, on s’est pas mal fait remuer par le sélector local Orpheu The Wizard, l’un des patrons de la station locale Red Light Radio. On a eu droit à un warm up de Metro Area assez énorme, plein de soleil, de basses rondes et tribales, mélangées avec quelques titres funk qu’on adore. Le mix était précis, calme, parfaitement adapté à l’atmosphère de cette scène magique, la Selectors, décidément notre préférée du festival. Les ondes s’intensifient doucement alors que les rayons du soleil deviennent de plus en plus pesants.

On est ensuite passés du côté de la Boiler Room, toujours aussi ravagée par une musique venue parfois de l’Enfer même. Les bières aidants, nous nous frayons un chemin parmi les danseurs en transe. Le gourou Moritz Von Oswald est en train d’allumer tout le monde avec sa dub techno hypnotique et aérienne. Un set très élégant, de la part d’un pionnier de renom tel que lui. Les tracks s’enchaînent et le temps défile rapidement devant nous. Le ciel commence à se teinter de rouge et les scènes extérieures sont de moins en moins éclairées. Le berlinois accélère alors un peu plus la cadence et nous emmène faire un petit tour de manège stratosphérique.

Toujours à la Boiler Room. DJ Stingray a pris les commandes à commence à percuter les esprits de sa techno organique rapide et fragmentée. Sherard allume les disques un par un, à une vitesse folle, laissant couler toute la classe et la maîtrise de son mix. Le BPM monte jusqu’à 145 à la clôture du set, ce qui permet au drexciyen de se faire plaisir avec quelques morceaux de libre inspiration bass. Un beau moment de musique, dont la foule semble garder un souvenir magnifique.

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De retour sous le soleil de la Main Stage, le dernier jour, on était heureux de pouvoir assister à l’une des (rares) prestations live d’Africaine 808. La formation, basée à « Berlin, Lagos et New-York », produit l’une des musiques les plus innovantes de ces derniers années sur le label new-yorkais Golf Channel Recordings. Pour leur passage au Dekmantel, on a dansé sur tout un tas de rythmes bigarrés, à cheval entre tempos tribaux et sonorités électroniques. En somme, un pur moment de plaisir, que l’on vous conseille de prolonger en écoutant leur discographie.

On ne peut que clôturer cet article en parlant du set extraordinaire de Marcel Dettmann à la fermeture de la Boiler Room. Une heure d’une pure flopée de techno comme on les aime, le mélange parfait entre rythmes mécaniques et sensations organiques, plein de relief et d’énergie. L’ambiance était complètement apocalyptique dans cette petite clairière partiellement couverte de treillis, et dont les Funktion One dispersés aux quatre coins du lieu étaient allumés d’une étrange teinte orangée. On aurait dit que le temps s’était arrêté.

Sur ce, on ne peut que vous inviter à venir taper du pieds dans les bois accueillants du Dekmantel l’année prochaine. On espère que le festival restera fidèle à cet esprit qui le rend si charismatique ces dernières années. On espère aussi pouvoir continuer à y découvrir de nouveaux talents qui repoussent toujours plus loin les limites du groove et de la fête, et pouvoir continuer à siroter de la bière hollandaise dans ce cadre si idyllique. A l’année prochaine, Dekmantel !

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