Il est assez impressionnant de constater, que ces dernières décennies, les pays de l’est suscitent un énorme engouement de la part de tous les amoureux de musique électronique, et à plus large échelle, des amoureux de la fête. Il est évident que l’effondrement du Mur de Berlin et la fin de l’URSS ont permis à toute une nouvelle génération d’organisateurs et de fêtards farouches d’investir ces nouveaux territoires mis à leur disposition, où le coût de la vie est dérisoire, l’alcool bon marché, les paysages magnifiques et les femmes, parmi les plus belles du monde. Ce sont donc bien les années 1990 qui ont accouché de l’une des plus vigoureuse scène électronique mondiale. L’eurodance faisant sa grande entrée dans le monde de la fête, on comprend vite que tous les éléments étaient réunis pour favoriser l’émergence de tout un pan de la culture européenne. Même si le côté un peu « mainstream » de ce genre musical s’est façonné presque instantanément, il a été primordial pour la démocratisation de la dance music en général (et cela a donné des résultats de qualité, mais aussi quelques déviances). Les festivals ont commencé à se multiplier pour atteindre d’énormes proportions, particulièrement en Hongrie, en Pologne, dans les Balkans, mais surtout en Croatie.

La Croatie, cet aimant à fêtards

Ce n’est pas pour rien que la Croatie (capitale : Zagreb) est devenue l’une des destinations phares de la scène électronique européenne. Son climat méditerranéen, la beauté de son paysage et sa douceur de vivre ont entraîné tous les jeunes ouest-européens – et est-européens un peu plus tard – vers ses côtes touristiques et ses merveilles naturelles. Dans un schéma économique inévitable, l’afflux massif de jeunes avides de soirées et de sensations nouvelles a entraîné un développement entretenu de la fête dans ce pays. Il était donc passablement obligé que la musique électronique, techno, house et trance s’y développent grandement, comme dans la plupart des lieux imprégnés par l’esprit du Grand Manitou de la fête. Pour notre plus grand bonheur, vous l’aurez compris. Les festivals s’y développent comme des petits pains, amenant avec eux leur lot de bons artistes et investissant avec toujours plus de créativités des endroits exceptionnels. Je pense notamment à la dernière édition de Dimensions, dans de magnifiques arènes romaines, qui a vu notamment passer sur sa scène le dernier live (et on en pleure) du duo Darkside (Nicolas Jaar et Dave Harrington).

Mais ce n’est qu’un nom parmi beaucoup. Le clubbing se développant, certains lieux de la côte croate deviennent lieux de passage obligé pour tous ceux qui aiment se prendre de bonnes basses dans la gueule tout en admirant des paysages paradisiaques (notamment l’île de Pag qui a offert des performances magnifiques dans un cadre hors-normes). Les festivals se multiplient de plus en plus, impossible de tous les citer ici. On privilégiera tout de même le Garden Festival, le Dimensions (bien évidemment), l’Electric Elephant et le récent For Festival, sur l’île de Hvar (ça a vraiment de la gueule). La liste est bien entendu non-exhaustive, et n’est pas prête de l’être. La scène locale reste, pour le moment, peu vigoureuse à l’international, hormis quelques grands noms comme Petar Dundov : un véritable magicien de la techno, que vous connaissez certainement, ou Miss Sunshine. Mais le pays attire de plus en plus nombreux artistes électroniques qui se bousculent à ses portillons pour profiter de son public cosmopolite, de sa douceur de vivre et de son architecture naturelle unique. Les princes et princesses de la techno européenne (et de plus en plus mondiale) soutiennent avec vivacité cette dynamique. Et cela fait vraiment plaisir à voir. En gros, la Croatie est passée d’un état de diamant brut à celui d’une couronne royale entièrement sertie.

Tourisme de masse et pognon : l’envers du décor

Mais qui dit fête de qualité dit tourisme de masse, et qui dit tourisme de masse dit avalanche de pognon ; ainsi le Ministère du Tourisme croate pousse largement le développement de la scène électronique en favorisant la création de nouveaux événements et en n’hésitant pas à subventionner les initiatives, toujours plus nombreuses. Cela a bien aidé le pays à redresser son économie, lui permettant à la fois de se bâtir un nouveau physique urbain et côtier (les stations balnéaires poussent comme des champignons, au grand damne des écologistes et des protecteurs du patrimoine), une image et une notoriété européenne. Le réel tournant politique et économique est arrivé avec l’élection en 2000 de Stjepan Mesic, qui a lancé une politique de développement économique tournée vers l’ouverture européenne ; vers l’ouest, donc. Cette libéralisation a connecté la Croatie avec ses homologues européens, dans lesquels la culture du club était déjà assez ancrée (en Angleterre et en Allemagne principalement). Le but était réellement d’attirer les aficionados de la musique électronique et les chercheurs de nouvelles sensations. Autant vous dire que, vu le succès que connaissent les festivals croates aujourd’hui, le pari a été relevé avec brio. Les investissements étrangers pleuvent sur le pays, aussi bien dans la construction immobilière que dans les différents événements musicaux. Il faut toutefois nuancer tout ce rayonnement de bonheur et de festivité.

L’avalanche de pognon évoquée précédemment n’est pas unilatéralement quelque chose de positif, comme toujours. Ce n’est un secret pour personne : les grands rendez-vous de musique électronique sont également ceux de tous les amateurs de drogues synthétiques, d’alcools en quantité soviétiques et de filles « faciles », et malheureusement, pas toujours majeures ni consentantes. Inutile de vous dire que ces types là n’en n’ont clairement rien à foutre de la musique, qui n’est qu’un support, voire un prétexte, à leur auto-destruction frénétique. Un énorme marché, en somme, qui a sû faire la joie et la prospérité financière de bien des mafieux, qui ont profité allègrement de ce nouveau filon servi sur un plateau d’argent. L’envers du décors, en somme. De plus, la population croate commence à comprendre le revers de la médaille, tant la foule qui se précipite sur son territoire et variée, et donc, pas toujours agréable (et c’est un euphémisme).

Même si cela reste encore assez marginal, certains étrangers ont légèrement tendance à voir le pays comme une réserve naturelle de tout ce que leur pays d’origine aime leur interdire. Résultat, les croates déplorent le manque de civisme de certains festivaliers qui n’ont aucun scrupule à prendre le pays de Marco Polo (oui oui) pour un vaste club/abreuvoir/bordel/dépotoir à ciel ouvert, avec tous les comportements déplacés et irrespectueux que cela comprend. Les français tout particulièrement ont une mauvaise image, et c’est vraiment dommage car cela érige des barrières entre nos deux peuples, qui auraient pourtant beaucoup à partager. Heureusement, ces rabats-joie ne forment qu’une minorité et l’atmosphère festive de ce pays méditerranéen reste l’une des plus appréciée en Europe, notamment par les français qui sont de plus en plus nombreux à aller passer leurs étés là-bas.. On ne saurait donc que vous conseiller d’y faire un tour, en vous montrant évidemment respectueux, à l’écoute, agréable et surtout passionné. Mais on saura vous faire confiance.

Je vous quitte sur de la musique 100% made in Croatia. La première, Running Man, est une véritable pépite signée Petar Dundov, qui crée une techno incroyablement élégante tout en restant très efficace. Elle est sortie en 2007 sur Music Man Records et ne cesse d’agiter les foules partout où elle est jouée. Ce type est selon moi le meilleur emblème de la musique électronique croate, en plus d’être un artiste de génie (ses morceaux dub-techno sont tout simplement sublimes). Je vous joins aussi son live au Dimensions édition 2013, fin mais puissant, comme on les aime (sur Boiler Room TV). Et comme j’adore ce mec, je vous rajoute une dernière track, « Quinta » , aussi hypnotique qu’entraînante. Bonne écoute.


Voici une liste des meilleurs festivals en Croatie.