C’est toujours relou d’apprendre l’annulation d’un festival qu’on aime bien, encore plus quand on connaît le niveau d’investissement nécessaire à sa réalisation. Massy Palaiseau n’est pas réputé pour être la ville la plus glamour du 91, mais elle avait au moins l’Aoutside Festival pour relever un peu le niveau de ses activités. Mais depuis une quinzaine de jours – date du communiqué d’Opération Maxi Puissance, organisateur de l’événement – rien ne va plus.

On vous invite à suivre ce lien pour obtenir de plus amples explications mais pour faire court, demander à un festival rassemblant plus de 3500 personnes sur deux jours de ne pas vendre une goutte d’alcool, et ce à seulement un mois de l’événement, semble être une bonne manière pour détruire un business.

On est allé poser quelques questions à Matthieu Helbert qui joue les porte-paroles de la petite organisation gérant tout ce raffut, pour en savoir un peu plus sur le pourquoi du comment.

Salut Matthieu. On a appris la mauvaise nouvelle concernant l’annulation de l’Aoutside Festival. Tu peux nous en dire un peu plus ?

Globalement, la situation est assez simple à expliquer : la mairie de Villebon sur Yvette ne nous a pas délivré l’autorisation de débit de boisson sur le festival, sur conseil de la gendarmerie de Palaiseau. On a appris cette décision un mois avant le festival, par mail. Cela fait six ans que l’autorisation est délivrée sans problème et il n’y a pas eu d’incident notable sur la dernière édition par rapport aux précédentes. La décision intervient en totale contradiction avec les conclusions d’une réunion sur le thème « sécurité/état d’urgence/alcool sur site » qu’on a menée avec tous les acteurs concernés (police, gendarmerie, élus, prestataire sécurité, responsables de la prévention…). Voilà pour les faits.

Ensuite on a essayé de contacter les interlocuteurs : gendarmerie, mairie de Villebon, mairie de Palaiseau (avec qui nous avons l’habitude de traiter). La gendarmerie a refusé fermement de modifier son avis, à base d’arguments de type « vous faites de l’argent sur la biture des jeunes » et « votre public a entre 17 et 25 ans, il ne faudrait pas vendre d’alcool« . Le maire de Villebon a refusé ne serait ce que de nous parler au téléphone. Et le maire de Palaiseau a signifié qu’il était impuissant face à la situation. J’ai quand même eu droit à un « cher Matthieu« .

On a décidé d’annuler le festival pour plusieurs raisons : le festival ne tient pas sans vente de bières, financièrement. Un mois pour réinventer un modèle financier, c’est trop court, et on est contre le fait de porter un jugement sur « les jeunes et l’alcool« . On pense qu’il est dangereux d’être aussi paternaliste sur une consommation, que cela ne fait qu’entraîner une consommation cachée, et du coup parfois plus dangereuse. On avait pas envie de se plier à une vision aussi étroite de ce que sont les gens qui viennent au festival.

Entre nous, le fait que l’Aoutside n’ait pas lieu, c’est un peu un coup de couteau dans le dos des petites organisations hors Paris intra muros qui essaient de faire bouger les choses, non ?

Le problème c’est que la vérité totale, on ne l’aura jamais. Et que, du coup, ça ne servirait à rien de chercher plus loin à quel degré c’est un coup de couteau volontaire, et qui en porte directement la responsabilité. Ce que l’on sait, c’est qu’on est, avec d’autres collectifs, en conflit ouvert avec la mairie de Palaiseau depuis deux ans sur un projet de lieu de vie culturel – Le Ferry – qui a été d’abord fermé, puis complètement aseptisé à notre sens. On s’est posé « contre » l’institution à ce moment-là. Et apparemment, ça nous expose.

Mais les faits sont suffisants pour comprendre la logique et les processus qui sont en marche : on est contacté un mois avant, par mail, on refuse de nous répondre par téléphone, et on nous (l’asso et les gens qui supportent le projet) prend pour des mômes alors que ça fait six ans qu’on porte un projet qui rassemble environ 3500 personnes/jour avec très peu de moyens, ce qui en fait un des plus gros événements musicaux en Essonne. C’est profondément irrespectueux pour notre travail, pour nous en tant qu’association ; mais aussi pour nous en tant que personnes, en tant que « citoyens » (dans leur logique) et pour le degré d’investissement émotionnel que ça représente d’avoir construit tout ça. Si on revient à la base de la logique « démocratique », les institutions sont censées agréger et œuvrer pour le développement personnel et/ou collectif. Là le masque tombe complètement : on ne s’encombre même pas de la façade de cette logique.

Ce qui est très différent par rapport à Paris, c’est que dans notre parcours, on a vachement pensé le truc dans une démarche « intérêt général », avec beaucoup de rapports au service public. On vient à la base des MJC, des assos banlieusardes. On a appris à faire des dossiers de subventions au Conseil Général, aux mairies, à gérer des rendez-vous avec des élus… Donc on se rend compte qu’on est hyper dépendants de ces institutions. Et en plus, on est vachement plus isolés sur le territoire. Sur la ville, on connait l’ensemble des acteurs « alternatifs ». On est identifiés et donc plus exposés à ce type de décisions. La prochaine étape va être de sortir de cette dépendance au public, et d’arriver à créer un vrai réseau solide et intelligent d’acteurs alternatifs avec ceux qui sont autour de nous.

Le line-up était en plus très cool cette année. Comment vous avez du gérer toute la partie « déprogrammation », un mois avant les festivités ?

Ouais on est vraiment deg. On commençait à s’imaginer le moment, à en rêver. On était hyper contents de la programmation. De mon côté, j’avais vraiment hâte de voir les sets des groupes du collectif (LSPC, Le Vasco, Noflipe, Zeska, Minencial, Muriane …). Il y avait aussi un gros concert grime en clôture du samedi soir avec des mecs qui viennent de Londres (The Square), une carte blanche au 667 avec Jorrdee, OG(D), Lala&ce, Zuukou, une carte blanche aux copains de Big Brothers, un set d’Arabstazy… Rien que d’en reparler, c’est bizarre. On avait aussi développé tout un concept « Squat Mon Festival » avec des assos, collectifs ou performers invités, sur lequel une membre de l’asso avait taffé comme une ouf. Ça prenait vraiment une chouette dimension. On a du aussi stopper un chantier participatif en plein milieu, où on construisait toutes les structures pour aménager l’espace …

La déprogrammation c’est vraiment la phase compliquée. Il y a un délire humiliant à devoir faire ça. Je ne sais pas si les personnes qui ont pris la décision pour l’autorisation ont conscience de ça, mais ça fonctionne bien. T’es là, à prendre une grande inspiration et à faire quelque chose de vraiment absurde, sans pouvoir y changer quoi que ce soit. Mais bon, c’est aussi le moment où tu reçois beaucoup de messages d’encouragement et les incitations à ne rien lâcher. On a eu droit à un « Qu’importe, Eux le roc, Nous la houle, Parés pour l’érosion. » de la part du collectif Canon Scié, qui résumait bien la situation.

On vous souhaite le meilleur et comme vous, on est déçus de cette annulation. D’ailleurs, on a entendu dire qu’il y aurait peut-être des minis Aoutside(s) avant septembre. Info ou Intox ?

On a pris la décision de ne pas faire d’événement au rabais. Déjà parce que la nouvelle a été dure à encaisser, surtout après les deux années déjà dures qu’on venait de vivre, et que du coup on avait besoin de repos, physique et émotionnel. Mais aussi parce qu’on avait pas envie d’appeler « Aoutside » un truc qui ne l’était pas.

Par contre, on s’est réunis et on s’est dit que cette annulation était l’occasion de mettre en place plein de petits moments dans la ville, spontanés. En mode « aoutside partout, quand ça nous chante ». On sait pas encore quelle forme ça va prendre, mais on a déjà songé à des banquets, des projections, des soirées, des posages de sound systems, des posages tout courts, un peu d’art dans la rue. Tout ça de maintenant jusqu’à fin octobre, où on fera aussi une grosse fête de rassemblement. On va aussi profiter de ce temps pour bosser sur un projet d’ouverture de lieu à moyen terme, continuer à publier dans Le Petit ZPL, un fanzine auquel on participe, mettre en place un site internet cool, et passer du temps à se ressourcer un peu, en montant plein de petites actions.

Merci de nous avoir accordé cette interview Matthieu. Un dernier mot/phrase pour conclure ?

Je ne sais pas si je suis très fort au jeu des derniers mots. À titre perso, il y a beaucoup de tags des dernières manifestations qui m’ont beaucoup marqué, parce qu’ils sont hyper justes, drôles et poétiques : « Continuons le début« , « Une autre fin du monde est possible« . Sinon, dans Le petit ZPL, on signe « amour radical« .

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