Parmi les nouveaux projets de la rentrée, on a rapidement remarqué la naissance d’Underscope, cette boîte à outil qui veut promouvoir la scène électro française sur les plateformes de streaming. À l’initiative de Brice Coudert, ex-programmateur de Concrète et Dehors Brut, le projet qu’il définit comme un média, veut dompter les algorithmes pour mieux rémunérer les artistes et labels indépendants. Underscope agirait comme un tremplin, leur permettant de monétiser davantage leurs ressources et trouver des conseils pour sortir des zones d’ombre du streaming.

Le timing est bien trouvé, car l’économie de l’industrie musicale avec la pandémie est aujourd’hui presque exclusivement basée sur le numérique. Pour développer Underscope, il s’entoure d’hommes bien placés : son ex-directeur à Surprize Aymeric Cornille, le créateur de la maison d’édition District6 David Bossan, ainsi que les fondateurs de la Chinerie, Quentin Courel et Anthony Gboy. Ensemble, la petite bande compte bien fédérer et professionnaliser la scène française dans un nouvel élan de solidarité et d’indépendance. Rencontre avec Brice Coudert pour en savoir plus sur les lignes que cherche à faire bouger ce projet ambitieux.

Quels sont les objectifs de revenus mensuels pour un label de musique électronique underground ou pour un artiste signé chez Underscope ?

Il est compliqué de fixer des objectifs précis pour tous nos labels. Certains avaient déjà de bons résultats avant de nous rejoindre, alors que d’autres ont du mal à dépasser les 1000 streams par morceau. Ce qu’on assure à tous, c’est que nos différentes actions vont leur permettre d’augmenter leurs écoutes et leur visibilité. Et plus le temps passera, plus nos canaux de diffusion (playlists, réseaux sociaux etc..) seront puissants, accumuleront les abonnés, et plus notre impact sera important. Nos résultats au bout d’à peine un mois sont excellents – à ce jour, la playlist Techno Streamcore compte 5500 likes ; la playlist Dance Weapons, 3400 likes – chose qu’on ne pensait pas voir aussi vite.

« Le nombre d’abonnés sur nos playlists a honnêtement dépassé nos ambitions initiales, et on arrive déjà à remarquer un vrai effet sur les chiffres de nos labels. »

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Anetha, curatrice invitée de la playlist Techno Streamcore

Quel est le meilleur levier économique pour la scène électronique underground  française actuellement ?

Notre vision des choses est qu’il est primordial d’aller chercher tous les revenus possibles, notamment en se structurant en terme de droits d’auteurs via un éditeur, mais également en rendant sa musique disponible partout pour accumuler les sources de revenus, même si elles sont faibles.

« On ne va pas se mentir, il est très dur de s’en sortir économiquement aujourd’hui avec un label de musique électronique underground. »

Mettre sa musique sur les plateformes de streaming par exemple, est plus que nécessaire si on veut optimiser ses revenus et sa visibilité. Comme je le répète souvent, il est illogique de rendre sa musique disponible sur Youtube et Soundcloud (qui paient très mal) mais ne pas le faire sur Spotify, Deezer et Apple music, qui paient un peu mieux. Avec Underscope, on s’assure donc que la musique de nos labels soit disponible partout, et faisons en sorte qu’elle soit davantage écoutée grâce à nos mises en avant. Et en parallèle, nous nous assurons que chaque centime généré par les droits d’auteurs de leurs oeuvres reviennent dans la poche des artistes, et dans celle des labels à qui nous rétrocédons la moitié de nos revenus éditoriaux.

Les algorithmes des plateformes de streaming mettent d’avantage en avant le contenu sponsorisé plutôt qu’organique, et les recommandations générées automatiquement détériorent notre diversité d’écoute. Comment être visible dans ces conditions ?

Notre idée de départ est justement partie de là. Notre musique n’est pas visible sur les plateformes de streaming car elle ne passe pas dans les grosses playlists capables de faire exploser des titres.

« Et plus un morceau explose rapidement, plus les algorithmes vont le mettre en avant. C’est comme ça que se construisent des hits aujourd’hui. »

Notre musique n’ayant pas accès à ce circuit de playlists « mainstream », nous avons décidé de commencer à construire les nôtres et mettre de vrais moyens pour les développer. Plus nos playlists accumuleront les abonnés, plus les morceaux que nous y intégrerons feront du stream, auront de la visibilité et s’intégreront petit à petit dans les algorithmes de recommandation.

Quels sont les critères de sélection pour les artistes et les labels ?

Nos critères principaux sont bien évidemment la qualité musicale des labels mais aussi la pertinence et la modernité de leur positionnement artistique. D’où notre roster plutôt jeune dans son ensemble. À côté de ça, on a fait en sorte de représenter de manière équitable les différentes esthétiques musicales : house et techno dans toutes leur nuances, mais aussi drum & bass, electro, trance, dubstep, IDM, italo voire même des choses plus expérimentales. Et côté géographie on a aussi fait en sorte que le projet ne soit pas parisiano centré, avec plein de labels de Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Nantes, Lille, Saint-Etienne, Rennes etc. On aimerait d’ailleurs également beaucoup défendre des labels des DOM TOM. Si certains nous lisent, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter via nos réseaux sociaux !

Est-ce que votre plateforme se base sur un modèle de marketplace?

Underscope n’est pas une plateforme mais un média qui curate et diffuse de la musique sur des plateformes, des réseaux sociaux et des médias tierces. Nous n’avons donc pas un modèle unique et prédéfini. Nous allons streamer de la musique sur Spotify, Deezer etc, vendre des morceaux et des albums sur Beatport, iTunes ou Juno, proposer des clips sur Youtube… Et nous nous ouvrirons systématiquement à toutes les nouvelles plateformes si l’on juge qu’elles sont intéressantes pour diffuser notre musique et mettre en avant nos labels.

Quels sont les labels et artistes français encore méconnus qui sont sous votre radar actuellement ?

Question plutôt difficile puisque nous avons déjà signé plus de 50 labels et que nous les jugeons tous très intéressants. Mais je citerais la scène Toulousaine, en totale ébullition en ce moment, avec des labels comme Egregore, Toulouse Gouffre club, Ritmo Fatale, Doum… Également le label Parkingstone géré par l’artiste transgenre Simon.e Thiebaut aka Drame Nature. Direction artistique du turfu !

J’ai aussi été amené à rencontrer pas mal de jeunes crews plutôt issus de la scène Techno « warehouse » comme Molekul, Demian Records ou Union Trance Mission, et dont j’ai vraiment énormément apprécié la vision sophistiquée, hyper définie, référencée et sans concession. Et pour terminer, je citerais le label Paradoxe Club, probablement un des trucs français les plus frais en ce moment, et le jeune label Nicois Lowlife cartel qui sort d’énormes bombes dans leur coin depuis quelques années.

Vous pouvez retrouver les playlists d’Underscope sur Spotify.