Fuck your weak views
Take two minutes to peer through
My optics, am feeling like makin a killing
Feeling like fillin up my pockets
Massacring like Pol Potts for the profit
No religious affiliation, man stop it

Ces quelques lignes sont le début de « Vulcan », le freestyle puissant du rappeur écossais Shogun. Mise en ligne il y a un an et demi, la vidéo a mis une claque a beaucoup de tympans : plus de trois millions au compteur aujourd’hui.

Shogun, de son vrai nom Joe Heron, y déverse une rage à la fois très sombre et humblement désespérée. Le flow aux intonations écossaises marquées est impressionnant, rapide et mesuré. Le jeune rappeur d’à peine vingt ans vit à Paisley, dans l’une des régions les plus pauvres du pays. Comme il le raconte, la musique est le moyen d’expression qui l’a empêché de prendre la tangente. Même s’il n’explique pas son succès et qu’il écrit sur Facebook qu’il souhaiterait qu’on ne le résume pas qu’à ce freestyle, c’est le succès de ce dernier qui lui a donné l’opportunité de sortir un EP en juin dernier.

Nous voilà donc avec Katana, un six titres contenant le fameux Vulcan, qui clôture l’EP. La promesse est tenue et Shogun y raconte encore la douleur, les drames, et les problèmes de santé mentale, tout en restant froid de lucidité dans ses paroles. Les deux premiers morceaux produits par Rapture 4D, Senshi et Choke Hold, sont entêtants voir un peu psyché. Le rappeur balance ses paroles de façon brute, toujours à un rythme très soutenu qui rend chaque morceau très dense.

Les accélérations dans le flow du troisième morceau Friday sont à couper le souffle. Le nôtre en tout cas, visiblement pas le sien. Comme s’il ne prenait le temps de respirer que lorsqu’il avait terminé de cracher tout ce qu’il avait à dire. Unrivalled est un soupçon plus lent, et fonctionne aussi très bien. Le titre permet à Shogun de se montrer un peu plus mélodique. Il précise d’ailleurs dans plusieurs interviews qu’il souhaite davantage travailler sa musicalité et être reconnu en tant que parolier. Le morceau Myth, sur une prod assez douce de Kami-O, est lui aussi plus posé. La chanson s’articule autour du refrain « Don’t tell me what it feels like, cause you’ve never seen your dreams turned into real life », qui résume plutôt bien l’état d’esprit du jeune homme.

L’EP Katana a été bien accueilli Outre-Manche et Shogun s’est vu nommé aux Scottish Alternative Music Awards. Il refuse d’y participer et explique son geste sur les réseaux sociaux :

«  (…) Winning what, exactly ? Well not only a wee glass statuette or plaque but the respect of literally 10’s of hipsters that can all go fuck themselves. I didn’t have the time nor the patience to go door to door asking everybody I know to vote for me, stuck a couple posts up n that but whatever. The reason I do music is from unconditional love for creation. (…) »

L’été dernier, Shogun est invité à faire la première partie de Nas à Glasgow mais il est arrêté avant le concert pour ne pas s’être rendu à une convocation du tribunal. Il refuse de revenir sur l’incident ou d’en dire plus. Si Joe Heron admet dans ses textes et dans ses interviews sa difficulté à gérer ses démons, il explique aussi vouloir continuer à apprendre et à collaborer avec des personnes d’horizons différents. Pour l’heure, les morceaux qu’il a écrits et interprétés jusqu’aujourd’hui ont déjà de quoi nous convaincre.