Actif depuis 2010 et auteur d’environ 260 vidéos, celui qui se définit comme un alchimiste agissant entre le son et l’image fait figure de véritable activiste dans le petit monde du shoegaze/rock psyché. Sa chaine Youtube fait donc office de laboratoire à notre magicien qui expérimente inlassablement de nouvelles techniques, de nouvelles idées sur des vidéo-chimères entièrement en found footage. Réaction à la surabondance de l’image  ? Réappropriation  ? Recyclage  ? On a rencontré Hugo Bourbilleres aka Psyche Coaster, véritable artisan d’art.

 

Une des choses qui frappe tout de suite quand on s’intéresse à ton travail, c’est ton côté hyper productif – on approche doucement des 300 vidéos – est ce qu’il faut comprendre cette caractéristique comme allant de pair avec une certaine spontanéité ? Combien de temps en moyenne te prend la création d’une vidéo ?

C’est variable. Ça peut aller d’une heure à plusieurs semaines/mois. Mais le plus souvent c’est fait de manière spontanée. Je tombe sur un morceau qui m’inspire et ça se fait rapidement dans les deux-trois jours. Bien sûr, lorsque la vidéo est officielle et qu’un groupe vient me démarcher pour un titre en particulier, le processus est plus long puisque j’échange avec eux en amont.

Il semble y avoir chez toi une volonté de porter l’amateurisme comme une vertu esthétique et d’afficher clairement une démarche très DIY. Cela dit, on remarque aussi qu’il y a eu une grande évolution au cours de tes sept ans d’activité. Comment te situes-tu par rapport aux progrès que tu as fait sur le plan technique, et sur la cohérence qui existe toujours avec ce que tu faisais à tes débuts ?

Je ne sais pas si je revendique vraiment ce côté-là. En fait il est lié par essence à ma façon de faire depuis que je sais bidouiller sur un ordinateur. Je ne sais pas filmer une scène, je ne suis pas réalisateur et encore moins cinéaste… Certains groupes m’ont proposé mais je n’ai jamais franchi le pas. A partir de là, c’est sûr que je me démarque par rapport aux clips « classiques ».

Je pense justement me situer dans un gap entre la vidéo pro et le vieux montage movie maker des années 2000. J’ai des idées, internet recèle d’images et les excellents groupes qui n’ont pas les moyens de faire de vidéos pro sont légions. C’est un donc un terrain de jeu quasi-infini pour moi.

C’est vrai que les années passant je me suis pris au jeu, j’ai eu de plus en plus de propositions, de vues et d’abonnés… J’ai donc commencé à me construire ce personnage de Psyche Coaster pour faciliter mon identification au sein de la communauté virtuelle des réseaux du rock psyché/shoegaze. J’y ai aussi vu un moyen d’essayer d’apporter humblement un peu de visibilité à la musique et aux groupes que j’aime. Quant à l’évolution de mon travail je suis très content que tu y vois une cohérence : malgré les années et la diversité des styles musicaux, c’est un vrai compliment ! Pour répondre à ta question, je dirai que le point commun à toutes ces années est l’attention que j’accorde à la précision dans le montage entre les images et la rythmique. Cette étape est toujours un peu chronophage et donc peu présente, de manière générale, dans les clips amateurs que je vois sur YT. Du moins c’est comme ça que je me l’explique… Pour le reste, les évolutions sont liées à une meilleure maitrise des logiciels. Cela va aussi de pair avec une forme de maturité puisque j’avais environ 17 ans quand j’ai fait les premières vidéos que l’on trouve sur ma chaine.

Est-ce que tu dirais que ta pratique a changé ta manière de voir les images ? Tu ne dois plus regarder un film de la même façon, et j’imagine que tu dois aussi chercher à percevoir son côté exploitable pour ton travail ?

Oui ça m’arrive beaucoup mais ce sont surtout des phases. Quand j’ai un morceau en particulier en tête qui me tient à cœur je vais voir toutes les images à travers son prisme, c’est un peu vrai. Par contre il peut se passer des semaines sans que ça n’arrive. Puis j’ai toujours à cœur de retravailler les images que j’utilise, de les filtrer et/ou de les compiler. Ce n’est pas un simple copier/coller, ou très rarement. C’est un peu comme un collage qui devient un tableau, j’espère que mes montages deviennent de vraies vidéos , l’idée est que l’alliage qu’elles forment avec la musique leur confère une nouvelle couleur.

Quand tu décides de clipper un morceau, tu pars d’une idée précise et tu cherches les images en fonction, ou laisses-tu aussi une place au hasard ? Qu’est ce qui prime, le côté esthétique ou le message ?

Le point de départ est toujours la musique, d’autant plus que je ne suis pas un cinéphile, je ne vois pas beaucoup de films. C’est un coup de cœur musical qui débouche sur une manière irrationnelle de ressentir un morceau particulier. Ensuite, je cherche des images qui vont plus ou moins se rapprocher de ma vision. Cette étape est aléatoire, je vais écouter le morceau en boucle, regarder des tonnes d’images et trouver plus ou moins rapidement. Selon la « matière première » que je vais trouver, je serai plus ou moins dans le sens ou dans l’esthétique. Mais l’un ne se fait pas au détriment de l’autre. Cela dépend aussi des envies des groupes qui me font travailler. Enfin, c’est le montage qui va révéler des bonnes ou des mauvaises pistes. Parfois cela fonctionne étonnamment bien dès la première intuition et j’y vois toujours une forme de hasard magique. Ce sont les moments les plus grisants puisque c’est avant tout un délire très personnel issu d’une démarche autocentrée : je me fais plaisir avant tout ! C’est une forme d’exutoire qui m’a aussi permis d’être en contact avec des artistes que j’admire comme Matthew Tow, Bobby Hecksher ou même Anton Newcombe et des membres du BJM. Mais ce n’est pas du tout mon métier, cela reste une passion à laquelle je consacre du temps quand je peux.

J’aimerai en savoir plus sur ton logo, cette tête de bébé un peu flippante, qui apparait de manière récurrente dans tes vidéos ?

C’est moi ! Il y a quelques années, je te l’accorde. Mais c’est bien moi qui suis un peu flippant là-dessus.

Psyche Coaster

Tu peux nous parler de The Psychedelic Underground Generation et de ton implication dans ce projet ?

J’y ai pris part pendant deux ans en 2014 et 2015. J’alimentais la page FB puis je participais à la sélection des titres chaque mois pour les compilations avec le créateur du projet Christophe Gouverneur. Depuis, il continue l’aventure avec un certain succès puisque je crois que le blog est visité plus de 1000 fois par jour. Il envisage même de lancer son propre festival en Belgique courant 2017. Il fait un travail énorme pour mettre en avant les groupes, c’est une vraie contribution qu’il faut saluer.

Un petit mot pour finir ?

Merci beaucoup Antoine pour cette interview. J’invite les lecteurs à consulter ma chaîne YT et ma page Tipeee où vous pouvez contribuer à mon projet artistique. J’espère qu’ils pourront découvrir bien des groupes qui méritent d’être connus, que ce soit à travers mes vidéos ou ailleurs !

Merci à toi !

Découvrez aussi notre playlist psyché, et celle du Paris Psych Fest 2017.