Faut-il encore présenter Nils Frahm ? Peut-être que oui. Car au delà de la niche de fanatiques qui l’adulent, certains restent encore peu familiers avec le travail de ce musicien allemand, pourtant à l’avant-scène du croisement entre musique électronique et classique.

All Melody est le nouvel album solo du pianiste sorti le 26 janvier dernier. Issu d’une formation classique, Frahm nous fait grâce de ces douze titres après trois années sans vértiable album studio de sa part. La bulle musicale dans laquelle on est transporté est à la croisée de la minimale, de l’ambient, de l’électro et du jazz, et rend compte d’un voyage aux tonalités néo-classiques très singulières et envoûtantes.

Le compositeur est toujours installé à Berlin dans le bâtiment Funkhaus – siège de la radio d’Etat de l’ancienne RDA, construit dans les années 50 – qui renferme l’un des studios les plus impressionnants du monde. Car Frahm est aussi un bricoleur : il y a construit un orgue à tuyaux, une table de mixage, et a revisité tous les cablâges afin de réaménager l’espace à sa façon.

Sur ce nouvel album, Nils Frahm associe l’exploration de ses pianos et synthés construits sur mesure à des boîtes à rythme et des instruments à vent ou à corde très organiques. All Melody est construit autour de la pièce maîtresse du même nom, morceau joué sur scène depuis plusieurs années et qui trône ici au beau milieu de l’album. La percussion électronique d’abord lointaine prend son temps pour parvenir au premier plan, puis devenir la mélodie, enrobée par les synthés. Les gouttes d’eau qui terminent le morceau se prolongent sur #2, qui calmement évolue vers une batterie tribale, des percussions et textures multiples, jusqu’à faire jouer le silence. Tout est raffiné chez Frahms. Entre chaque morceau puissant, l’artiste laisse un peu de répit à l’auditeur pour reprendre ses esprits lors de séquences de piano minimaliste tout aussi remarquables, comme My Friend The Forest et Forever Changeless.

L’apparition de chœurs dans le morceau d’introduction The Whole Universe Wants to Be Touched ou plus loin sur Human Range est une nouveauté pour le berlinois, et fonctionne très bien dans l’équilibre des émotions. Le complexe Sunson arrive lui en continuité de l’intro, et s’installe comme l’un des titres les plus electro du compositeur, tout en donnant pendant neuf minutes le ton pour la suite. A Place est également soutenu par un beat punchy mais qui ne prend jamais le dessus sur les autres instrumentations. Les morceaux se fondent les uns à la suite des autres, pour révéler un ensemble rythmique et mélodique parfaitement cohérent.

À l’écoute de l’album, la façon dont le musicien élabore des univers dans lesquels les sons étirent le temps et l’espace est simplement fascinante. On a réellement le sentiment d’être transporté dans un rêve céleste où les émotions tourbillonnent, passant de l’une à l’autre. La musique de Nils Frahm reste véritablement immersive, méditative, et cet album sait en rendre compte de la plus belle des manières. On est aussi allé admirer tout ça en concert et on vous en parle bientôt.

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