Le duo dream pop canadien Memoryhouse revient avec Soft Hate, son deuxième album, qui sort sur le label français Beko Disques. Depuis 2009, celui-ci n’a de cesse de mener de sérieuses expériences de création. L’occasion était parfaite pour poser quelques questions à Reno, créateur du label.

 

Maison Mémoire

On avait quitté Memoryhouse il y a quatre ans en très bons termes avec the Slideshow Effect, bon album bien qu’un poil en dessous de l’excellent EP The Years, sur lequel on pouvait trouver l’intemporelle chanson To the Lighthouse. Les revoilà cette année avec Soft Hate, un album de dream pop au sens littéral du terme : voix éthérées, arpèges de guitares fondus dans un écho rassurant, claviers de chambre, etc…

S’ils ont quittés le label Sub Pop, ce n’est pas la raison du temps qu’ils ont mis à livrer ce second album. L’explication est plutôt à chercher du côté de leur équilibre de composition à deux : « Denise se concentrant sur l’écriture des chansons pendant qu’Evan délaissait cette partie au profit des arrangements et de la production » racontent-ils à Magic.

Pas avares pour deux sous, le duo nous offre l’album en diffusion complète sur la plateforme vidéo au logo rouge, et pour vous économiser une recherche internet, on vous l’a postée ci-dessous.

Si l’album précédent plaçait les guitares indie, toutes en arpèges électriques, au premier plan, la production des chansons de Soft Hate se fait plus précise. Batteries et claviers se mêlent intelligemment, tandis que la voix recouvre le tout d’un doux voile protecteur. Moins enjoué que son prédécesseur, il dévoile une palette de sons plus large et gagne en profondeur, même si plusieurs titres se démarquent du tableau avec des mélodies plus évidentes.

soft hate cover album memoryhouse

 

Passion distribution

Le second album de Memoryhouse est d’abord paru en cassette, disponible sur le site du groupe, avant d’être en CD en édition limitée, par Beko. Le label nous explique : « Memoryhouse est un groupe que nous avons toujours suivi. Après le beko digital, de nombreux EPs et leur album sur Sub Pop, nous attendions la suite. Leur contrat avec Sub Pop se terminant, nous avons appris qu’un deuxième album était en préparation. Nous avons reçu un lien, écouté, approuvé. La nouvelle approche du groupe ne nous a pas laissé indifférents. Evan a pris son temps à la production et Denise aux lyrics, très proche des sorties Cascine, St Etienne, un gage de qualité. »

La suite des choses se déroule donc naturellement : « Lorsqu’ils ont lancé les précommandes de l’album en cassette, nous les avons contactés directement et leur avons proposé de le sortir en CD en édition limitée. Le deal s’est fait très rapidement, c’est comme nous n’avions jamais arrêté de travailler avec eux : motivation, efficacité, simplicité, Evan et Denise tout simplement. Le CD sortira fin mars, dans une édition qui comprendra deux bonus tracks très proches de leurs premiers travaux. »

memoryhouse-beko dsl

 

Histoire de bisous

Beko donc, ce fabuleux label qui, chaque lundi de l’ère pré-facebook, publiait un digital single, d’où l’acronyme Beko DSL, pour Digital Single Label. Allez donc faire un tour sur le bandcamp dudit label pour vous rendre compte du flair certain de ces éclaireurs : La Femme, Splash Wave, Kim Ki O, The KVB, Death + Vanilla, nombre d’entre eux vous seront familiers. Et si ce n’est pas le cas, téléchargez tout de suite, légalement et gratuitement, leurs compilations, et admirez le travail réalisés sur les pochettes.

Reno et Denis tiennent le rythme : en deux ans, ils sortent une centaine de singles, une dizaine de LPs et une vingtaine de compilations/collaborations. Beko DSL devient Beko Disques en 2011 et se met aux sorties physiques « toujours dans l’idée de promouvoir et diffuser des artistes que nous aimons« . Désormais l’axe du label est plutot « dreampop, catchy pop, noisy pop et shoegaze« . Ils travaillent également avec des labels et groupes amis (Luxury, Strange Pursuits, Tenth Court) en tant que distributeur de ceux qui « méritent une visibilité en France et en Europe ».

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puis Beko Disques a déjà deux sous-labels, avant la venue d’un troisième : « un basé à Londres, Balloon Festival, ou nous proposons des sorties ambient music, et un à paris, Scandinavian Crush, dédié à la musique scandinave« . Ces stakhanovistes de la musique voient leur travail comme celui de passionnés avant tout, « toujours à la recherche de nouveautés (prochainement Champanes et Roomates)« . Quand à une économie de label, les mots sont clairs:

« Beko est une structure indépendante, notre seul intérêt est de sortir des disques, sans nécessairement engranger un capital. Juste pouvoir ressortir une référence nous suffit. Beko est avant tout une famille, avec des artistes que nous estimons. Je sais seulement le plaisir que nous avons à sortir ces disque d’artistes des quatre coins du monde qui le méritent tant ! »

Le message est simple et clair, et plus d’une centaine de sorties plus tard, on sent bien que le label n’est pas prêt de s’arrêter !

 

Lancée de noms

Trois dernières questions pour les créateurs du label, l’occasion de donner dans l’ordre et le désordre le quinté du futur de la musique.

Quid de l’avenir de tous ces groupes que vous avez découverts?

Je suis très content qu’un grand nombre d’artistes soient désormais signés. Très content que nos amis de Hands in the Dark [ndr: records] aient sorti des Death+Vanilla. The New Lines fait un parcours sans faute. Nos chouchous Procedure Club et Cool Sounds reviennent très prochainement avec des albums de qualité, Yuko Yuko n’a pas fini de nous/vous surprendre, et concernant La Femme on est très content pour eux (mais tout ça est si loin). Si Beko a servi de plateforme de découvertes, j’en suis ravi, c’était le but recherché ! D’autres suivront, j’en suis convaincu.

Quels sont ceux dont on ne parle pas assez mais qu’on devrait plus écouter?

La liste serait trop longue: Drug Train, un band de Montréal, sur lequel on mise énormément. Nous les adorons, nous préparons leur premier LP pour la rentrée. Mooncreatures, un ovni londonien. Un album solo du chanteur est en préparation. Et surtout nos artistes français tels que Djokovic, Valdorea, Self Portraits, French Leisure, Cerf Volant, Super Crayon, Doctrine et Splash Wave

Qu’est-ce que vous écoutez aujourd’hui?

Cloudland Canyon, Rémi Parson, Hotel Neon, Essaie Pas, Sea Pinks, Moss Lime, Heimat, Housewives et, pour l’instant, nos albums préférés de l’année: The Pheromoans et le Goon Sax.

Merci à Reno pour ses réponses.
On vous invite à explorer toutes les sorties de Beko Disques sur leur site et leur bandcamp.