Quelques mois après vous avoir listé nos meilleurs compilations issues du confinement, voici venu le temps de nous replonger dans les tréfonds de Bandcamp. Car des compiles, on n’en manque pas en ce moment. Comme si la jonction entre les structures musicales en galère et la décision de Bandcamp de supprimer sa commission sur les ventes une fois par mois nous avait amenés, à défaut d’un nombre d’albums incroyables, à une ère de la compilation où une multitude d’artistes s’assemblent sous l’étendard de labels, de clubs, de collectifs.

La solidarité de ces artistes envers les structures mises à mal et les causes caritatives qui leur portent à coeur donne en tout cas espoir pour le devenir de la communauté club, certes en danger face à sa mise à l’arrêt forcée, mais plus soudée que jamais.


Grief Into Rage – A Compilation for Beirut

Avec : Laylow, TVSI, Lara Sarkissian, Air Max ’97, DJ Plead, Thodén
Meilleurs titres :
Phatrax – Heavy Weather / Toumba – Victims Not Martyrs 

Grief Into Rage porte assez clairement son nom. Sortie fin août, cette compilation caritative vise à soutenir les artistes libanais souffrant des conséquences de l’explosion du port de Beyrouth et de la crise que subit le pays. On y retrouve une techno enragée, dense et tendue, parfois entourée de sonorités libanaises traditionnelles – comme sur le titre Atla3 3ala Lebnan (Moving Still edit) de Sara Al Badawiya.

Outre la catastrophe humaine, matérielle et ses répercussions évidentes sur les vies des Beyrouthins, la plupart des clubs et des studios de la ville ont aussi été détruits lors de l’explosion, mettant à mal la scène locale. Crée « par la communauté, pour la communauté », 100% des fonds issus des ventes de ces 36 morceaux iront à la Croix Rouge libanaise et à un fond de soutien pour les musiciens de Beyrouth. 


Houndstooth – Alterity 

Avec : AYA, LYZZA, Deena Abdelwahed, Amazondotcom & Siete Catorce, Slikback
Meilleur titre : Gooooose – We’ve All Been There

Une compilation sous forme de réunion au sommet pour les londoniens de Houndstooth, qui nous affichent une tracklist impressionnante et assez représentative des meilleurs artistes club du moment. Comme son nom l’indique, Alterity offre aussi un petit tour du monde des sonorités : plusieurs affiliés au label de Shangaï SVBKVLT (Hyph11E, 33EMYBW, Osheyack, Gooooose), mais aussi des artistes mexicains, uruguayens et kenyans se mêlent à l’habituel déroulement de noms occidentaux. Cet appel à l’ouverture semble être une déclaration d’intention par les actes, et pose la pierre angulaire de ce que Houndstooth compte construire, appuyer et sortir dans le futur.


Discwoman + Allergy Season – Physically Sick 3

Avec : CCL, SHYBOI, Bearcat, Special Request, MoMA Ready, Low Jack
Meilleur titre : DJ SWISHA – Stardawg

« Defund the police, invest in black communities »

Troisième de son nom, Physically Sick est une initiative collective émanant de New-York et crée conjointement par les labels Discwoman et Allergy Season. Chaque nouvelle sortie dirige ses ventes vers une association caritative : le premier volet est sorti en janvier 2017 pour protester contre l’élection de Trump à la Maison Blanche, et le second en 2018 pour apporter une aide financière face aux lourdes charges d’acquittement (les fameux bail funds) en vigueur aux US en cas d’arrestation. L’association choisie pour cette 3ème édition, Equality For Flatbush, promeut à la fois la lutte contre les violences policières et celle contre la gentrification de Brooklyn, venant en aide à ses populations les plus défavorisées.

Au programme de cette compile, 27 titres et autant d’artistes de premier plan de la scène club : une partie du roster de Discwoman (Umfang, SHYBOI, Bearcat), mais aussi les prolifiques AceMo et MoMa Ready, ainsi que quelques noms plus vétérans de la scène club comme Surgeon, Special Request, DJ Bone et Low Jack.


Metaphore Collectif – Ici Danse Le Peuple Oublié

Avec : Hajj, Basses Terre, Cienfuegos, Shlagga, OKO DJ, Air LQD
Meilleur titre : Israfil – Ni Vu Ni Connu

Collectif à l’origine du Meta – club émergent et auto-géré de Marseille, le collectif Metaphore présente ici sa première compilation sur son propre label, Metaphore Industries. Sur Ici Danse Le Peuple Oublié, on retrouve empilés en une immense tracklist nombre des artistes passés sur la scène du Meta. Tous ont participé à la compile pour permettre au collectif de survivre aux charges qui pèsent sur le club, condamné comme les autres à rester fermé jusqu’à nouvel ordre.

Et presque tous les artistes passés par les portes du Meta semblent avoir répondu à l’appel puisque la tracklist n’affiche pas moins de 64 titres – et par là même à peu près tout ce qui compte de DJs underground en France. Le résultat est aussi varié et bordélique qu’on pourrait l’attendre, avec des chemins qui passent autant par l’expé et l’indus que la drum, le dub ou le hardcore. À l’image du club, lui-même assez décloisonné du genre.


Mutants Mixtape – Vol. 2: Riot

Avec : Arca, Emma DJ, Katuchat, MIST, orchidBB
Meilleurs titres : COOK – AIRE (QUARANTINE) / uaun – PT=CP3

Née du forum Discord du même nom, la compilation Mutants est une initiative participative d’artistes et acteurs de l’électronique visant à plus d’inclusion, mais surtout à apporter un soutien financier aux minorités, racisés et LQBTQA+ en tête.

Le premier volume portait le titre évocateur 1312, et dans une suite assez logique, le second s’appelle tout simplement RIOT. Parmi les quelques noms connus, on y retrouve Arca, supportrice de l’initiative et présente sur chacun des deux volumes. La compilation est autrement bourrée d’artistes émergents de computer music, d’electronica maximaliste, de hardcore, et d’à peu près tout ce qu’internet peut composer de sous-genres électroniques. Bref, Mutants est un tour de manège chaotique et fascinant dans le son de demain.


Santé Records – Santé Fragile Vol​.​1

Avec : Sebastien Forrester, Tryphème, Buvette, Botine, Alec Pace
Meilleur titre : Glass – Fuck Dreams

Le label d’Apollo Noir et Botine nous offre ici le premier volume d’une compilation à tendance acid et expé, Santé Fragile Vol. 1. Les premiers titres tendent beaucoup vers l’acid et les réminiscences techno, avant de descendre doucement d’une octave vers l’electronica et les synthés dissonants. Dans la tracklist, on retrouve quelques têtes connues du genre, parmi lesquelles Tryphème, Buvette ou Glass.

L’album et à plus grande échelle le label lancé par le duo est une initiative salvatrice dans le paysage français qui, malgré sa communauté club très développée, n’aborde que rarement les franges de l’expérimental. Les artistes français du genre finissent souvent par publier leurs projets sur des labels anglais, italiens ou berlinois, à défaut d’initiatives nationales se situant dans cet entre-deux entre une musique taillée pour le club et une séance d’écoute institutionnalisée.


Behua Icara – Ritmos para Sanar

Avec : Toma Kami, Dengue Dengue Dengue, CAO, Manongo Mujica & Terje Evensen
Meilleur titre : Lila Tirando a Violeta & Nick León & PRJCTN – Ave Fenix

Pour finir, une compilation d’origine péruvienne et orpheline de label. Initiative indépendante, Behua Icara regroupe une douzaine d’artistes pour venir en aide à la communauté autochtone Shipibo-Conibo Xetebo. Toutes les ventes seront reversées à cette communauté amazonienne en proie aux menaces conjointes du réchauffement climatique sur leur habitat, du Covid-19 et du traitement des communautés minoritaires en Amazonie. Des membres de Shipibo-Conibo Xetebo apparaissent d’ailleurs en voix sur certains titres, dans une volonté de les intégrer à ce processus de création résolument occidental, mais qui prend ses racines dans l’échange.


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