Depuis quelques mois, on voit passer des vidéos incroyables d’un DJ set sur la Tour Eiffel, en haut de la tour Montparnasse ou dans le désert du Colorado Provencal. Qui sont ces fous qui arrivent à créer un live impeccable dans des lieux aussi improbables sans s’appeler Boiler Room ? Il s’agit de Cercle, une nouvelle sensation forte née sur Facebook.

Le projet a commencé par des vidéos Youtube, avant que Facebook ne développe son outil de retransmission en direct sur lequel Derek Barbolla, fondateur de Cercle, filmait des DJ sets depuis son appartement, en toute intimité. Pour cause de problèmes de voisinage, il profite d’un accès au sous-sol d’une sandwicherie pour en faire son studio de création. Un simple mail à la Tour Eiffel permettra un revirement stratégique vers les lieux insolites et la valorisation du patrimoine. La chaîne grandit et bientôt Phillipe Tuchmann aka Phil Dark prend les rennes de la direction artistique pour porter le Cercle vers une autre dimension. Son expérience au Pigallion et au Faust le place comme un incollable de la nuit parisienne et ses réseaux. Enfin, l’arrivée de Pol en tant que RP aidera à la promotion et la propulsion médiatique du concept.

Une vision à la fois culturelle et d’image

La volonté de ce « cercle » restreint ? Celle plutôt ambitieuse de créer « une émission de qualité, à la fois visuelle et auditive, valorisant le patrimoine français au travers de l’art fédérateur qu’est la musique« . Cercle s’inspire clairement du phénomène Boiler Room, dont les sessions en direct ont créé un réel phénomène autour du visionnage de DJ set par écrans interposés.

Leurs débuts les orientent vers un format classique de vidéo montrant par exemple Amélie Lens mixer à la Plage de Glazart, ou encore Joris Voorn au Faust. Retransmettre en direct des soirées, des moments privilégiés, le créneau était porteur mais saturé. Difficile de se mesurer aux « Boilers », dont la qualité musicale est sans égale, mais dont la résolution et le cadre laissent parfois à désirer.

Celui-ci n’a même parfois aucun intérêt, si ce n’est pour se moquer des teuffeurs complètement déjantés avec des GIFs animés. Cercle a donc cherché à se différencier avec deux atouts majeurs : la qualité de la vidéo et la sélection du lieu.

fakear cercle pic du midi

Soigner la forme

Mixer dans un club ou un festival, rien de plus banal dirait-on. Alors que poser ses platines dans un musée, une falaise ou un sommet enneigé, c’est autre chose. Une des premières émission où le tournant s’est remarqué fut celle de Fakear au Pic du Midi. L’idée de base reste la même, mais il faut avouer que le résultat est époustouflant. La technique de production vidéo défie toutes concurrences, le film se regarde plongé à hauteur d’épaules, les yeux rivés entre le DJ, les copains qui dansent et le cadre exceptionnel.

Cette connaissance technique, Cercle l’utilise à travers une société de production audiovisuelle, qui leur permet notamment de financer les émissions. Ses créateurs souhaitent avant tout garder leur contenu gratuit et accessible au plus grand nombre, jouant ainsi la carte de l’agence en off. Leurs émissions alternent entre des concerts privés et ouverts au public, ce qui peut amener à des étrangetés, comme voir Teho jouer seul au milieu du désert du Colorado Provencal.

 

Vivre l’émotion d’un concert sans y être

Avec Facebook Live comme moyen de retransmission, leur modèle se cale sur la jeune génération, celle qui passe plus trois heures par jour sur ce réseau : « La télévision est un média qui est voué à mourir, Facebook la remplacera, c’est plus personnel et interactif » affirment les membres de Cercle. La plateforme de buzz instantané nourrit les vidéos avec ses commentaires et ses réactions en direct, rendant le contenu plus riche et participatif. C’est un outil très puissant pour Cercle qui s’adapte à ce modèle, contrairement à Youtube qui se place pour eux comme un outil de recherche plutôt que d’expérience. Cercle pousse même l’engagement de la communauté jusqu’à proposer à ces téléspectateurs d’un genre nouveau de poser leurs questions à l’artiste, une fois le live terminé.

Entre vivre un concert et le regarder sur un écran, les éléments de comparaison sont difficiles à entendre. Pourtant, Pol pense que l’émotion du live est bien transmissible via les nouvelles technologies : « Le live permet de voyager, de faire partie du projet de façon immersive ». Les commentaires permettent aussi d’échanger avec les utilisateurs, comme on le ferait avec notre voisin de gauche devant une scène. Les sensations sont différentes, certes, mais le spectacle vivant prend aussi forme à travers l’écran.

Panpot cercle beyeah

À juste titre, le directeur du Palais de la Découverte ajoute que la portée de l’audience est un autre avantage de ce format de concert. La capacité d’accueil de son musée étant forcément limitée à une certaine jauge, il peut avec Cercle atteindre plus de 300 000 personnes sans avoir à pousser les murs. Ainsi, Yuksek a pu faire tourner ses disques sans émeute dans le prestigieux hall de marbre et de dorrures. Cet aspect change sensiblement la manière de concevoir un concert : quand certains cherchent à remplir des stades bétonnés, les émissions Cercle misent elles sur l’authenticité, la simplicité du lieu, qui souvent se suffit à lui-même. Quitte à en dématérialiser la dimension humaine.

Promouvoir la scène française dans sa globalité

D’un point de vue artistique, Cercle ne se positionne pas comme prescripteur, ni comme un média de découverte. Pour le moment, le choix des artistes est très subjectif : on passe de la techno de Charlotte de Witte à la house de Secret Value Orchestra ou l’électro pop de Fakear. Les membres de Cercle essaient de promouvoir des talents majoritairement français pour rester en cohérence avec tous ces décors bleu-blanc-rouge.

Dans la liste des favoris, Pol nous confie qu’il espère faire un jour jouer Laurent Garnier. L’émission souhaite également créer une synergie intéressante entre le lieu choisi et l’artiste. Par exemple, l’émission au Musée National des Arts Asiatiques a accueilli Roscius, qui a pu profiter de l’occasion pour créer un live avec les instruments acoustiques ramenés de sa tournée en Asie. Une démarche qui amplifie l’originalité du contenu, tout en rappelant d’autres initiatives un peu plus installées, comme celle des Siestes Electroniques au Quai Branly.

« Ce qui fait la force d’un média c’est le contenu, la vision qu’il apporte, et sa communauté. Il faut bien noter que le contenu créé la communauté, c’est lui qui la définit » 

Pol nous confirme que Cercle doit tout à sa communauté qui reste très fidèle au rendez-vous hebdomadaire, et très active lorsque le live tourne. La nouvelle génération est accro au contenu viral qui se répand aussi vite qu’il ne s’oublie : elle vivrait dans l’instantané et le partage sans modération, passerait plus de temps à travers un écran qu’avec des vraies personnes. Souvent incomprise, cette dite génération est pourtant à la recherche de « vraies » sensations. Elle se laisse porter par le flux de likes et frétille de participer avec son clavier à un évènement branché. Une communauté façonnée pour faire le tour du monde tout en restant connecté de près à son réseau, son « Cercle ».

L’émission Cercle se tient tous les lundis sur leur page Facebook, entre 20h et 22h selon le coucher du soleil. Elle est retransmise ensuite sur leur page Youtube.