Que connaissez vous de la scène allemande un peu obscure, celle qui joue rarement en dehors de son territoire, mais reste pourtant incontournable à son niveau régional ? Nous, pas grand chose. C’est lors de notre dernier voyage à Chateau Perché qu’on a découvert le collectif Wuza, et que l’on s’est intéressé au travail d’Amount. Moitié du duo Soukie & Windish et fondateur du label URSL, il s’est lancé récemment en solo sous ce nom et jouera pour la seconde fois son live, sans surprise, sur la scène Wuza du Chateau Perché. Comment construire une entité musicale forte et respectée dans une scène aussi débordante ? On est allé poser la question au principal intéressé.

Il semblerait que tu vis de la musique électronique depuis un moment.. Quand et comment fut ta première découverte avec ce mouvement ?

Je viens de Bremen, une ville moyenne en Allemagne. Quand j’avais 22 ans, j’ai assisté pour la première fois à une soirée Goa, en 2002. Je n’aimais pas trop la musique, mais j’ai trouvé la scène transe très ouverte, marginale, et différente des autres soirées liées à la culture de l’alcool que je connaissais déjà. À cette époque, c’était très commun dans la techno que tout le monde se parle, prennent soin des autres… C’était une vrai communauté, cela m’a beaucoup attiré. Plus tard, j’ai aussi découvert d’autres musiques que j’aime, la première phase minimale qui était influencée par les grandes villes, la fin des années 80 et la new wave. Hypnorex m’a totalement ébloui par un de ses sets à cette époque, c’était un mix pop techno électro et minimal. Je pense que j’ai toujours un peu de pop dans mes productions, j’aime le synthétiseur et les mélodies des années 80.

Qu’est ce qui t’a convaincu de commencer à produire ?

À Bremen, la ville où j’ai grandi, c’était toujours les mêmes locaux qui jouaient partout. Avec Fritz Windish, on voulait organiser nos propres soirées, être capable d’aller plus loin dans l’expérience de cette culture hédoniste qui nous fascinait. Ç’a fait l’effet d’une bombe à cette époque. C’était autour de 2004, et rapidement on a eu la moitié des DJs de Berlin qui nous rendaient visite, et nos soirées se remplissaient de plus de mille personnes. C’était le début du djing, et on a commencé à jouer des sets en warm up.

Ton projet solo Amount prend plus d’ampleur dans ta production musicale aujourd’hui, qu’est ce qui t’a convaincu de le faire grandir rapidement ?

Je ne suis pas sûr que le projet va grossir rapidement. J’ai toujours fait des progrès très lents, malheureusement je n’ai jamais produit de vrai hits, j’ai plutôt fait de façon constante des bonnes productions qui ont leur propre style, entre le trippy et le catchy. Je vais juste produire beaucoup de disques et voir ce qu’il se passe. Notre label URSL aide pas mal, car j’ai une plateforme sécurisée où je peux publier ma musique, et qui sera écoutée internationalement. Je suis optimiste, les choses vont se développer petit à petit.

Qu’est ce que tu as appris du temps où tu as commencé à produire seul ?

Il n’y a pas de système de correction, tu dois te corriger toi même. Tu peux l’atteindre de façon assez simple, avec une structure de travail. Je travaille sur six à dix morceaux en même temps, et je change de morceaux tout le temps, je fais des aller-retours. Je suis capable de jeter des mauvaises idées. Je pense qu’après quinze ans de productions sérieuses, c’est l’essentiel. Filtrer les éléments dans un morceau qui sont énervants et pas si bons, les échanger par de meilleurs éléments. Si tu maîtrises ça, tu vas inévitablement avoir un bon morceau au bout du compte.

Le dernier EP d’Amount sur Upon.You Records

Tu décris ton son comme de la Disco Techno. Au premier abord, ces deux mots semblent impossible à assembler. Comment fais-tu pour les rendre compatibles ?

Je dirais que je connecte les percussions de la disco avec la force de la techno. Par exemple, la tech house comme genre est un concept fait à partir du mélange de house et de techno. Dans mon cas, je produis de la disco et je lui ajoute le caractère monotone et franc de la techno. C’est pour cela que j’appelle mon style « disco techno ». Mais je compose aussi de la slow house et du vrai disco aussi. La composition arrive par elle-même. Je pense que chaque producteur rassemble les mesures différemment. Finalement c’est possible que des styles complètement nouveaux émergent : quand un morceau a un gros impact, et que de nombreux producteurs suivent, c’est l’avènement d’un nouveau genre.

Ton premier live était en 2017 pour le Garbicz Festival : comment c’était ? Est-ce que cela t’a aidé à confirmer ton positionnement musical et ta confiance en ton projet ?

C’était très intense. J’avais peur de la scène, j’était totalement sobre. C’était lundi matin, le public avait déjà passé cinq jours à faire la fête et était tout sauf sobre. Je pense qu’à travers mon expérience en jouant avec Soukie et Windish dans le monde entier, et en ayant déjà fait un live tour avec notre album Forest, je savais déjà comment me préparer pour un set live. Mais je savais aussi exactement comment le set devait rouler, car je me suis entraîné pendant trois semaines, chaque jour. Le public le ressent, je pense, quand tu es juste dans le flow. Bien sûr il y avait beaucoup d’amis là-bas, qui avaient aussi prolongé leur soirée. Ça s’est passé parfaitement, je pense, une heure d’apogée.
Souvent, seuls dix personnes suffisent à mettre tout le monde sur la piste.

Quel est ton set up live ?

Je joue toujours avec peu de choses, car souvent mon équipement live se retrouve installé dans un petit espace qui doit être partagé avec un DJ booth, dans un club obscur. Et parce que je veux avoir le moins de stress possible. Si je deviens plus célèbre je pense que j’utiliserai plus de synthétiseurs et de trucs comme ça, mais pour le moment je le fais classique sur Ableton. Par contre, je ne joue pas juste mes morceaux, une partie vient des cassettes, l’autre partie je la contrôle ou je joue réellement live.
Dans tous les cas, j’ai toujours besoin de m’entraîner pendant trois jours, pousser de nombreux boutons et utiliser beaucoup de faders, pour que ça coule et que je me sente prêt. Je pense que ce qui est important dans un set live c’est de voir que l’artiste travaille vraiment et peur aussi faire des erreurs. Je pense que ces set ups analogiques qui peuvent être très cryptiques, selon ce que l’artiste en fait, sont discutables et pas toujours légitimes. De même que les live sets où l’artiste joue sa musique comme un DJ set. Je pense que le caractère de la performance est plus important que l’analogique ou le digital. Le Moog est un élément de notre studio, mais il n’occupe pas la première place. J’ai tellement de synthés ici, un système modulaire… ce sont tous les mêmes instruments pour moi.

Peux tu nous raconter l’histoire de Wuza ? Est ce que Chateau Perché est un moment spécial pour votre collectif ? Qu’avez vous préparé cette année ?

Wuza est un groupe berlinois d’artistes et organisateurs de soirée, pour la plupart très jeunes et ambitieux. Ils vont avoir un beau futur je pense. Je suis une génération au dessus, mais je suis très heureux de participer à Wuza, les soires sont toujours très bonnes. Je vas jouer un mix de mes sets live publiés, le meilleur de ce que j’en ai pu en tirer.