« La culture est une arme de reconstruction massive« , Vincent Carry, le directeur d’Arty Farty, prend les armes en organisant ces conférences qui eurent un réel succès. On vous l’annonçait précédemment, l’European Lab Winter Forum s’est tenu pendant 3 jours à la Gaité Lyrique autour du thème : « 2025, prochaine décennie culturelle« . Plus de 1200 participants ont participé à cette réflexion imaginative et engagée sur l’Europe. Retour sur les deux conférences centrées sur la musique électronique.

On l’attend depuis 15 ans, la révolution techno serait bien partie pour débarquer en Europe d’ici 2025. La notion même de révolution divise : on parle d’un côté de rupture, de changement radical de genre, à l’image du punk qui a révolutionné le rock. Le changement ne signifie pas la mort du genre, la techno existerait toujours mais sous une forme différente, ou alors elle serait « normalisée » ou ringardisée, donnant l’avantage à un genre musical révolutionnaire. Les acteurs de ce débat sont sceptiques, on arrive à une saturation de la musique électronique, une omniprésence tant sur les ondes radio que dans les clubs. On revient aux racines, aux origines de ce genre musical, à celui qui chinera le plus de vinyles inconnus. La nouvelle génération souhaite comprendre l’histoire, les mécanismes de naissance de ce mouvement techno.

Laurent Garnier et Paula Temple soulignent qu’il n’y a pas de renouveau, on revient au contraire au style de production d’avant. La techno est sortie de la vague contre-culturelle, elle appartient maintenant à la société. Les combats ont presque tous été gagnés pour faire accepter ce mouvement à la masse. Le directeur du Weather Festival, Adrien Bétra, nous rappelle quand même que les arrêtés préfectoraux sont systématiques lorsqu’il souhaite investir un lieu pour un évènement techno à Paris. La lutte de reconnaissance est loin d’être finie, mais elle ne se fait plus dans la violence au coude à coude avec les forces de l’ordre.

La techno n’a pas évolué mais son public si, souligne Laurent Garnier. Les jeunes sont plus ouverts, il est maintenant possible de faire un set salsa, de mettre de la funk, disco ou encore de la Bossa Nova au milieu de rythmes électroniques. La nouveauté résiderait-elle dans le métissage musical ? Ce n’est pas de l’avis de David Pais, directeur du magazine The Drone. Pour lui, cela a un effet pervers, le mélange est limité à un contexte, une soirée et ne se transmet pas dans la réalité sociale.

Et en 2025 alors ? La musique parle du monde dans lequel on vit, les changements immenses qui vont arriver dans dix ans devraient donc se traduire par des formes artistiques inouïes. Le contexte actuel est propice à une rupture. La musique électronique est encore jeune, son stade de maturité n’étant pas atteint, elle risque de rester le genre nouveau dans la prochain décennie. Paula Temple croit en de micro-révolutions, qui s’enchaîneront en escalade pour former au bout du compte une vraie révolution. A nous d’écrire la suite.

 

L’underground résistera-t-il encore ?

Rone s’est inspiré des mémoires vocaux d’Alain Demasio pour produire son premier titre Bora Vocal, qui a lancé sa carrière. Ils sont réunis à nouveau autour de la thématique de l’underground, monde dont ils sont issus et cherchent à tout prix à rester proches, flirtant entre innovation et génie artistique. Alain Damasio, grand littéraire, nous encourage à rester dans le « ground », à capturer nos idées brutes, à rester dans l’expérimentation, entre le chaos et la lumière, sans basculer ni dans l’un ni dans l’autre. La réception du public n’importe pas à l’oeuvre artistique. Pour que l’underground résiste, il faut créer pour soi, sans attendre un audimat.

Tout le monde aujourd’hui peut écrire ou produire de la musique, l’écoute est saturée, il faut sortir du lot. Pour ce faire, Alain Damasio propose les nouvelles technologies, comme le casque binorale qui apporte une dimension sphérique à la musique. Rone lui prône le hasard au coeur de l’invention, les accidents au coeur du processus de création sont une source inédite, qu’il faut exploiter sans relâche. L’underground résistera si l’on laisser pénétrer la poésie, sortant de l’académique, des techniques et du savoir artistique.

Toutes les conférences ont été enregistrées et sont disponibles en podcasts sur le compte soundcloud de l’European Lab.