Tsuyoshi Ogawa a eu son heure de gloire dans les années 2000, où il se fait connaître en Europe en collaborant avec Peter Clamat, producteur berlinois avec qui il produira un featuring unique. Il ne renouvellera pas l’exercice pour se concentrer sur le lancement de son label Aubele en 2012. La première compilation du label apparaît seulement en 2015, prenant la forme d’un objet collector : en plus du CD, une boite aux trésors ultra personnalisée renferme un kimono en origami. Bref, Tsuyoshi connaît l’art du détail et conserve le style traditionnel japonais au coeur de son image de marque.

Dans cette première compilation, on retrouve ses propres productions – dont une introduction enregistrant un passage piéton d’une rue de Tokyo, comme pour se mettre dans l’ambiance du tumulte de la mégalopole. Le ton général est assez groovy même si une house ténébreuse s’échappe par moments. Le tout se retrouve surtout très relié à la robotique et aux sonorités modulaires.

À la fois dénicheur de talents et producteur affirmé, son style oscille souvent entre techno progressive et acid house. On peut le voir à l’oeuvre lors de ses Samourai Residence, sur vinyles et tout de kimono vêtu, ou dans son bureau/studio rempli de disques et de machines. Son dernier track Saminare balance des nappes nuageuses sous fond de techno minimaliste, simple et terriblement efficace.

En 2017, la compilation N°2 d’Aubele sort, et l’on y retrouve une nouvelle sélection pointue de producteurs locaux. On en retient comme morceau le plus détonnant Mystiques de Hirotaka Miyamoto, un titre ambient envoûtant, rythmé par des percussions de bambou, enchanté par des bruits de lames et de sabres, glissant furtivement sur leur étui métallisé.

Autre ambiance plus jungle pour Brisa, qui mélange sons robotiques et percussions africaines, donnant lieu à une étrange atmosphère qu’il appelle La Terre. Enfin, dernier coup de coeur, celui de R_yu, qui explore les matières, avec une voix en sourdine presque étouffée en fond de basses pour CC14, morceau le plus expérimental de la compilation.

Ces jeunes talents dénichés par Tsuyoshi Ogawa semblent être entre de bonnes mains, et on gardera un oeil sur leur prochaines productions bien qu’on ait toujours pas trouvé de traces de leurs propres comptes soundcloud. Frontière culturelle, quand tu nous tiens.