L’émotion ne nous avait pas quitté à l’écoute de son dernier EP Elégies, et c’est avec joie qu’on découvre la nouvelle création de Renart. Professeur auto-proclamé au fictif « Institut des Scolastiques Électroniques de Paris » et créateur de disruption sonore pour Cracki Records, ce chercheur de nappes ambiantes explore à nouveau la techno analogique et livre un nouveau long format acid à souhait, Fragments Séquencés.

La première track de l’album, Cyber Moineaux, ouvre ses portes sur un jardin japonais, s’émerveillant de l’animation d’une journée ensoleillée. On peut entendre le ruissellement d’une fontaine, le chant des oiseaux, les bruits de la nature mêlés aux distorsions sonores, nourrissant l’essence lumineuse du morceau.

Titre suivant, les Souvenirs Miroirs jouent avec des apparitions séquentielles pour enclencher une marche, un moteur mécanique tourbillonnant, qui répète son geste à l’infini. La tranquillité des premières tracks disparaît à l’écoute de Musette Pénitence, où l’oreille subit un tiraillement du tympan à ses premières notes acides. Tentative de connexion avec une femme robot avortée, la communication demeure instable.

Renart oublie tout sens du rythme et nous met face à une expérience d’écoute anti-conformiste. Avec Terreur sur la Ville, on oublie les structures classiques : les fragments sonores se succèdent sans homogénéité, donnant lieu à une association disparate mais réussie. C’est d’ailleurs le titre qui a été choisi pour introduire l’album, avec un clip énigmatique qui rappelle les expériences futuristiques de Black Mirror.

 

On retrouve une masse sonore plus réactive et uniforme avec Choix des Armes et La Prise du Pouvoir, un retour en force qui solidifie l’attirail de l’album et laisse une porte ouverte à la danse désarticulée sur le dancefloor. De même pour le dernier titre Le Piège de Circé, qui se décante dans un mélange plus doux, une atmosphère spacieuse et mélancolique faisant notamment penser au travail de Moderat sur leur dernier album.

Comme un écho aux Cyber Moineaux, le fragment Oxyrinthique 6754 est de loin le morceaux le plus réussi de l’album. Un synthétiseur strident entonne une suite mélodique sous fond de nappes fébriles, où l’omniprésence des machines domine largement le style. Les couches sonores se succèdent avec une fausse maladresse pour un résultat expérimental qui touche de près à la patte Oneohtrix Point Never.

Renart continue de creuser les expériences sonores dans son laboratoire musical. Sur Fragments Séquencés, il renforce son expertise de superposition de samples hétérogènes, livrant une oeuvre symbolique d’un monde instable, robotisé, comme victime d’une fracture technologique qui se répandrait en un malin virus.

Fragments Séquencés de Renart sortira le 24 Octobre chez Cracki,