« Priests ramène le punk-rock à la vie ». C’est le genre d’accroche qu’on peut voir passer lorsqu’on entend parler du groupe de D.C. Et puisqu’il n’est jamais trop tard pour un rattrapage ou une découverte tardive, laissez-nous vous parler d’un album sorti il y a déjà une petite année.

Après quelques EP souterrains, les américain.es de Priests ont sorti un premier LP chez Sisters Polygon en début d’année dernière, et commencé à déchaîner les passions d’un retour aux racines punk du rock indé – idéal qu’on observe se remuer Outre-Atlantique depuis le début des années 10. Et qui, qu’on lorgne du côté des Downtown Boys ou de Sheer Mag, semble beaucoup passer par les groupes et voix féminines. Ces voix dénonciatrices de l’ambiance délétère pointent d’abord du doigt une Amérique qui s’enfonce dans les fantômes de son passé : racisme, ségrégation et discrimination des minorités dansent sur le cadavre encore tremblant d’un American dream depuis bien longtemps piétiné.

Ouvrant le dit-album de Priests, Nothing Feels Natural, le bordélique Appropriate et sa fin en apothéose abordent de front le thème de l’hypocrisie capitaliste : « You want some new brutalism? You want something you can write home about / You want something to move away for, a reason to colonize ».

Si la recette mélodique n’est pas révolutionnaire, elle arrive pourtant à ne pas sentir le réchauffé. Ni sur la ligne de basse très Joy Division du single  « JJ », ni sur « Pink White House » où Katie Alice Greer pose une voix très Siouxienne.  Et puisqu’on parle d’un groupe de Washington, la référence à Fugazi ne traîne forcément jamais loin, même si Priests tend aussi à évoquer les Stooges et Bikini Kill. Et si en 2018, un groupe de cette trempe ne peut qu’être pétri d’influences recrachables à volonté, sa créativité propre n’en est pas forcément moins louable.

Quelques chanceux ont déjà eu l’occasion de voir le groupe au Sonic de Lyon, dont on peut que vanter la programmation toujours en avance sur son temps et sur celles des autres. Pour ceux qui restent, il faudra attendre un prochain passage européen, sans doute dans les radars des festivals mastodontes « indés » de l’année qui s’annonce.