Voilà un titre d’album qui en dit long sur sa composition. Si les couleurs semblent bien plus adaptées à un monde d’art visuel que d’art sonore, le producteur américain Patricia fait ressortir sous un penchant globalement expérimental diverses variations, allant d’une nuance franche et sombre à un éclat de lumière pastel. En quinze titres et en l’espace d’une heure et demi, on vogue entre plages ambient et envolées techno sombres, qui auraient aisément pu se retrouver aux côtés des titres de son premier EP, Side Piece.

Dès l’introduction, I Know The Face, But Not The Name, la quasi totalité des couleurs sonores qui seront exploitées dans l’album se voient agencées. Ce sont des notes de pianos se faisant écho les unes les autres qui plantent le décor, lui-même soutenu par des nappes d’ambient et par un rythme en kicks secs et basses profondes qui laisse deviner les titres techno à venir. Liminal State est le premier de la liste à se prêter à l’exercice, évoluant dans des tonalités sombres parsemées d’éclats éphémères. S’ensuivront plus loin cinq titres (Shiba Inu Dub, You Never Listen, Feel Your Body, German Friendship et Alternate Mindset) qui oscillent entre techno contemplative mais aussi celle qui submergerait en une seule vague tout un dancefloor.

D’autres titres à dominante expé s’entremêlent à la perfection tout au long de l’album à, avec la particularité d’éveiller des instincts contraires chez l’auditeur. The Words Are Just Sound en est un parfait exemple : si les quelques notes spectrales de piano ont pour effet de détendre celui qui les écoutent, les vocals torturées, au phrasé et au ton incompréhensibles, provoquent l’effet contraire. Et c’est ce qui frappe les esprits dans cet album : Patricia a réussi, en mixant les genres et en s’écartant de la techno qu’on lui connaît, à faire évoluer au sein d’une seule entité divers sons, couleurs et températures, qui font s’imprimer Several Shades Of The Same Color dans nos esprits pour un bout de temps.