Le regard froid, lointain, détaché, le visage lâché, comme vidé de toute émotion. Laurel Halo n’essaye pas de faire bonne figure sur la pochette de sa compilation DJ Kicks. Mais en a t-elle besoin ? Pas vraiment, étant donné le travail colossal qu’elle a fourni pour compiler – créer pour certains – et mixer ces 29 morceaux électroniques.

Laurel Halo mixe tous les tracks de la compilation avec une finesse incroyable, faite de percussions légères et sciemment orchestrées pour ne pas perturber la mélodie, si bien que l’on se demande souvent si on a sauté une étape. Comme il est coutume dans les DJ Kicks, quelques exclues de Laurel Halo elle-même sont glissées dans la compile. Le premier morceau Public Art est donc un titre inédit : surprenante boucle inspirée de field recording, on y entend un piano mal accordé sous fond de bruits de gare. Sa deuxième track exclusive Sweetie arrive en fin d’album, beaucoup plus dancefloor. Elle superpose plusieurs kicks avec une mélodie sur synthé, puis reprend doucement une autre voie avec des étincelles craquelées de sons modulaires, comme si l’on entrait à tâtons dans le cerveau d’une Intelligence Artificielle. Deux ambiances opposées, qui définissent bien l’étendue du spectre créatif de l’américaine.

On retrouve quatre autres exclus sur cette DJ Kicks survitaminée. Machine Woman détourne le classique loop d’une phrase sur un beat qui semble comme résolument techno, mais laisse petit à petit découvrir des instruments acoustiques en formation jazz. On découvre aussi du tropical dub pour Nick Léon, de la boucle sous pression pour Rrose, de la techno crispée chez FIT Siegel, et de l’EBM façon warehouse pour Ikonika. Bref, les expérimentations sont nombreuses au sein de la compile et bousculent doucement les codes classiques du Kick(s).