On s’était retrouvé bloqués devant son album Musique Acephale à la fin de l’année dernière, et voilà qu’il nous refait le coup. Don’t DJ est de retour sur Berceuse Héroïque avec deux titres qui, selon les dires du label, demandent une connaissance étendue de la langue allemande pour en comprendre l’étendue sémantique : Wiedergaenger (zombie, revenant) et Zwischending (hybride, entre-deux).

On se souvient encore nettement des rythmes entêtants de Musique Acephale, qui tournaient en boucle et se répondaient sans pour autant se compléter, donnant l’impression d’évoluer en fréquences opposées. Des titres qui s’étiraient dans une lente progression rythmique et constructive d’une ambiance singulière, centrée autour de la répétition cyclique des mêmes patterns.

Cette progressivité nous amenait à un remous psychédélique dans lequel on se retrouvait enlisés, mais où on évoluait pourtant en harmonie : par ses répétitions, la musique de Don’t DJ garde cette faculté de laisser le champ libre à l’interprétation émotionnelle de son auditeur – plus que l’on puisse dire à l’heure où nombre de tracks house reprennent d’eux-mêmes le sempiternel cycle couplet-drop-refrain. La polyrythmie qui ressort des tracks tient plus de l’expérimentation rythmique que d’un exotisme intentionnel – soit la sempiternelle problématique de l’appropriation culturelle, qui touchent de près certains DJ’s sans en faire tressailler d’autres.

Plus nerveux et moins tribal que le dernier album, les deux nouveaux titres augmentent le BPM mais gardent la même recette progressive. Ajoutés d’une dose d’efficacité dancefloor pas forcément nécessaire à l’intérêt de la musique de Don’t DJ – mais pour autant imparables sur la piste -, ce deux-titres vaut bien la définition canonique de Killer tracks sans pour autant révolutionner le genre. Appelons-ça l’évolution dans la lenteur, ou la douce implémentation de sons polyrythmiques sur le dancefloor.

« Exoticism is… the keen and immediate perception of an eternal incomprehensibility » Victor Segalen