Là où certains artistes utilisent des manifestes pour se poser des limites de création et composition musicale, d’autres préfèrent créer un procédé unique pour obtenir une identité musicale et sonore personnelle. Deantoni Parks en fait partie.

Contrairement à d’autres batteur•euse•s qui jouent plusieurs instruments sur leurs albums solos et les enregistrent un par un sur des pistes séparées, Deantoni joue de la batterie en temps réel et ce sur chacun de ses morceaux. Les autres sons sortent de l’ordinateur. Cependant, ils ne sont pas pré-enregistrés. Ils sont, eux aussi, joués en temps réel par Deantoni à l’aide d’un clavier midi. En somme, il joue d’une main ce que de nombreux bons batteurs ne pourraient pas jouer avec deux, et joue de l’autre les samples qui ne sont eux-mêmes que d’infimes fragments d’un sample. Cette méthode, il l’appelle Technoself.

Jouant de la batterie depuis l’age de deux ans, Parks a collaboré avec John Cale (The Velvet Underground), Omar Rodríguez-López (The Mars Volta), Moby, et a fait partie des groupes KUDU et The Mars Volta. Il y a quelques années, il décide de réduire ses collaborations pour se focaliser sur sa carrière solo en tant que batteur, et c’est ainsi que naît sa méthode Technoself.

“Je voulais à la fois lier la batterie acoustique et l’incroyable palette que permettent les samples en temps réel, et laisser le résultat être l’art.”

En 2015, c’est sur le label californien Leaving Records que l’album Technoself sort, et c’est là que l’on prend conscience de la technique de Parks, mais aussi de sa précision et de son contrôle. Il indique ainsi au dos de la pochette du disque que toutes les modifications effectuées l’ont été pour la longueur des morceaux et qu’il n’y a ni boucles ni superpositions sur le disque.

Technoself nous présente donc une méthode « simple » mais dotée d’une liberté infinie. Deantoni change de tempo et de signature temporelle au cours des morceaux, comme c’est souvent le cas dans le heavy metal, le rock progressif ou le Jazz. Il n’hésite pas non plus à exploiter une large palette de samples, ce qui n’empêche pas que l’on puisse en distinguer quelques uns ici et là. Dans la vidéo ci-dessous, il utilise par exemple le morceau Tom Sawyer de Rush.

Nous savons que la technologie et la musique sont étroitement liées et que l’humain y est comme pour quelque chose. Mais avec sa musique et sa méthode, Deantoni Parks nous montre que l’humain est de fait au cœur du processus de création, et que l’équipement de composition musicale le plus important reste le corps humain.