Pour ceux qui achètent encore et toujours des disques, le disquaire est un passage pratiquement obligatoire pour élargir ses connaissances, trouver la perle rare ou simplement suivre une envie momentanée. Voici un (court) guide des meilleures adresses parisiennes.

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment ? Sortir de chez le disquaire avec une poignée de nouveaux disques entre les mains, et sentir votre ventre palpiter de ce résultat incertain : vais-je (re)prendre une claque en écoutant ces disques, vais-je monter le volume au fur et à mesure de l’écoute, vais-je remettre le disque au début dès la fin ?

Avant cela, vous aurez passé quelques dizaines de minutes, une heure ou deux, à faire passer les disques d’un doigt à l’autre dans les bacs, suivant l’ordre alphabétique, les couleurs des pochettes ou votre liste d’achats potentiels soigneusement préparée dans un petit carnet, à la lecture de vos magazines ou blogs préférés.

Pendant l’écoute religieuse de ces morceaux, vous pourrez, comme moi, prendre un malicieux plaisir à couper doucement le plastique qui entoure l’objet, à l’aide d’une lame dédiée, et retirer délicatement les étiquettes de prix et les autocollants promotionnels pour les coller dans un cahier, à côté de vos places de cinéma, de concerts et de soirées. Vous ferez ensuite glisser hors de la pochette le livret, et lirez jusqu’aux mentions légales, celles-là même que vous enfreignez de bon cœur lorsque vous téléchargez illégalement.

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Il y a plusieurs façons d’appréhender la quête très sérieuse, et ô combien jouissive, de disques, et autant de disquaires différents pour s’y adonner. Vous suiviez peut-être les conseils de journalistes, dans l’un des trop rares magazines papier encore édités. Ces vendus ne parlent que des disques envoyés par les agences de presse et les grands labels ; sont poussés par leurs rédacteurs en chef à utiliser LA formule incompréhensible qui sera reprise sur les panneaux publicitaires ou sur les pochettes, mais cela reste néanmoins une bonne source d’informations pour qui est perdu sur internet.

Ou bien vous écumez les classements de fin, de milieu d’année. Ou bien encore, vous chassez avec assiduité dans les bas-fonds de Discogs, Beatport ou Ebay, et vous n’achetez que sur internet.

Rien ne remplacera pourtant les conseils avisés d’un bon disquaire. Car le choix du disquaire, comme celui de son médecin traitant – en plus important, est éminemment personnel. Chacun se retrouvera, en fonction de ses envies à un moment précis de sa vie, dans les goûts : house, techno, rock, funk, jazz, et la personnalité : enjouée, amicale, mondaine ou plus réservée d’un commerçant. Un bon disquaire est la personne capable de répondre à cette question : « Bonjour, je voudrais un disque, mais je ne sais pas, aujourd’hui, je suis d’humeur douce, mais je recherche un truc qui gratte, et qui part dans l’espace en même temps. Vous avez ça ? »

Voici donc une liste, forcément non-exhaustive et subjective, de disquaires parisiens à visiter :

Disquaires Paris : nos adresses préférées

 

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L’International Records (Ménilmontant)

L’un des derniers arrivés sur le marché parisien, l’International a su vite se construire une communauté d’habitués autour de son petit magasin. L’échoppe se divise en deux rangs de disques, le long du mur droit. À gauche, les musiques du soleil : jazz, blues, musiques du monde, et les musiques électroniques dans leur ensemble : nu-disco, house, techno, electronica, electro pop. À droite, la pop, la new wave et le rock. Au centre, une platine d’écoute, complétée par un setup complet au fond de la boutique, à côté d’un canapé et d’une petite étagère de livres. Un micro rayon CD sert de décoration à l’entrée, attendant d’être soldé pour disparaître.

Son tenancier, Dave, n’est pas avare en conseils, et, malgré un nombre de références moindre qu’à Techno Import, il sait trouver les perles que vous ne cherchiez même pas, n’offrant que le doute de savoir laquelle choisir. Pour Pépé Del Noche: « il est à l’affût permanent de trucs assez cachés, edits disco et new wave ou EP en éditions très limitées, des choses que n’ont pas forcément les autres shops, comme le balearic nu disco, mais surtout deviant et deep house, ou le style leftfield« . Il n’est pas rare que les habitués restent après la fermeture pour mixer en début de soirée, et qu’ils n’hésitent pas à attendre un disque une semaine de plus pour soutenir sa démarche.

Crédit photo: Faeli Faute Grave (Cliché pris à l’International Records avant la soirée SEML avec Young Marco & Suzanne Kraft) Adresse : 12 rue Moret, Paris 11e
Heures d’ouverture : du lundi au jeudi de midi à 20h, vendredi et samedi de midi à 22h
Métro : Couronnes ou Ménilmontant

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La Source

S’il est un disquaire spécialiste des musiques électroniques, tendance puriste, c’est celui-ci. Le magasin a été créé en 2013 par Xavier Ehretsmann, du label DDD, Jacques Bon, du label Smallville, et Antoine Buffard, du label Re(sources), dont la société est maintenant propriétaire de Trax Magazine. Autant dire que les trois sont des connaisseurs extrêmement pointus et exigeants de la scène électronique actuelle. Ce quasi élitisme peut refroidir les nouveaux venus, un peu perdus dans ce grand espace. Mais au fur et à mesure des séances de digging, les conseils des disquaires deviennent plus précis et une vraie relation peut se construire. Pour Dan, du collectif Fumisteries, « tu peux pas y aller comme tu irais squatter le Relay de la gare en attendant ton train, il faut être un temps soit peu dans une vraie démarche ».

Cette exigence permet à la Source d’être le refuge d’un grand nombre de DJ parisiens qui viennent chercher chaque semaine des sorties rares ou de leur label préférés, et prendre un café ou un maté pour discuter des dernières nouvelles « du milieu ». Le shop est grand et spacieux, et si les bacs semblent petits, ils regorgent de vinyles house, techno, electronica, et de découvertes moins évidentes. « C’est le lieu ou tu vas pouvoir te procurer la dernière sortie du label que tu aimes, et te prendre une claque en découvrant des trucs obscurs dont tu n’avais jamais entendu parler. En somme, si tu te plais à digger une musique de niche ou que tu veux choper un skeud d’un pionnier en terme de musique house ou techno , tu y trouveras toujours ton compte. »

Adresse : 46, rue Albert Thomas, Paris 10e
Heures d’ouverture : lundi, mardi, et mercredi de 14h à 20h et jusqu’à 21h les jeudi, vendredi et samedi. Autres disquaires « musiques électroniques » : Mazen, chez Techno Import (un des stocks les plus importants et les plus anciens), Blaise, chez Synchrophone (très fort pour les nouveautés).

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Betino

Aussi petit que les autres magasins de cette sélection, Betino impressionne par la quantité de disques dans ses bacs. Si vous aimez le soleil, les grooves bien profonds qui vous font sentir en vacances toute l’année, vous trouverez ici votre bonheur. C’est un passage obligé pour Saint James (Chapade, Phonographe, Discomatin…) : il y a « énormément de secondes mains, en plus d’un arrivage de qualité côté house, qui s’étend même jusqu’à LIES (étonnant pour une boutique funk soul disco). L’équipe est vraiment serviable, sympathique, toujours dispo. On peut y aller avec des références en tête et les trouver, ou passer son temps à digger le bac à 5€. » Le mot « chaleureux » semble en effet avoir été inventé pour ce lieu, au cachet si particulier de ces boutiques où on aime aller chercher ses plantes médicinales, son encre à stylo plume ou son tabac à pipe.

Adresse: 32, rue Saint Sébastien, Paris 11e
Métro: Saint Sébastien Froissart Autres disquaires « groove » : Heartbeat, Superfly, Groove Store

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Attention, en mettant le pied dans l’antre de Larry et Dominique, vous pénétrez dans le domaine de vrais passionnés comme on n’en fait plus beaucoup. Loin de tout business, les deux propriétaires depuis 1983 sont des disquaires, un point, c’est tout. Pas de vente en ligne, pas de t-shirts ou d’objets vintage, rien que des disques du sol au plafond – et dans l’arrière boutique. Sans être réfractaires aux nouveautés, ils prennent soin de ne vendre que ce qu’ils écoutent. Larry et Dominique se voient comme les parents de notre jeune génération, qui a la chance et le défi de pouvoir assimiler cinquante ans de bons disques.

En agissant comme un filtre ou un fusible, ils sauront vous faire découvrir les albums oubliés ou négligés, du rock à la pop, du jazz à la soul, en passant par les musiques électroniques et le krautrock, mais pas la musique classique, « par humilité ». Activistes, ils prônent le fond avant la forme, combattent un certain conformisme et militent pour que les aspects politiques et sociaux de la musique perdurent. Le tout sans être élitiste, avec des prix abordables, dans les bacs à soldes à gros turnover ou sur les murs remplis de compact discs.

Adresse : 70 rue du Mont-Cenis, Paris 18e
Heures d’ouverture : du mardi au samedi de midi à 20h
Métro : Jules Joffrin Autres disquaires « rock » incontournables : Born Bad Records (disquaire du label du même nom, orienté garage rock, surf music, etc…), Music Fear Satan (orienté métal), Souffle Continu (indus).

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Gilbert Joseph

Pourquoi, me direz-vous, sur un site qui promeut surtout les musiques dites électroniques, milieu dans lequel le vinyle est roi, présenter un magasin qui propose si peu de vinyles ? Eh bien parce que c’en est, justement, le point fort. Si, comme moi, vous restez attachés au CD, format de votre adolescence, que votre chaîne hifi ne rend de toutes façons pas honneur au son – prétendument – supérieur du vinyle, ou que vous n’avez tout simplement pas de platine vinyle, c’est votre magasin.

Au milieu de références « classiques » et de nouveautés à prix « classiques », vous trouverez, en cherchant, des petites perles, ces étiquettes jaunes : les occasions. Sans aucune intuition, vous pourrez vous laisser guider de façon aventureuse par ces petits prix, et (re)découvrir le premier album du Peuple de l’Herbe ou de Grandaddy à 2,80€, « The Cloud Making Machine » de Laurent Garnier, que vous n’avez jamais pris le temps d’écouter sur YouTube, à 5,10€, ou racheter « Meat is Murder » des Smiths, que vous aviez perdu, pour 4,50€. Peut-être même que vous trouverez, sur le trottoir, le premier album de David August pour la somme ridicule de 1€.

Et parfois, vous vous laisserez tenter par le dernier vinyle de Moderat en « prix nouveauté » à 21,53€, moins cher que chez votre disquaire indépendant, économies d’échelle oblige. Bien sûr, il sera inutile de demander à un vendeur le dernier EP de D.KO, c’est le prix à payer pour avoir des disques pas chers. Alors, si vous ne jurez plus que par le vinyle, foncez vendre vos vieux CD chez Gilbert, que nous les trouvions dans leurs bacs.

Disques classique et jazz : 32, boulevard Saint Michel, Paris 6e
CD, DVD, Blu-Ray – Bd, Mangas : 34, boulevard Saint Michel
Autre magasin: 15, bd Barbès
Heures d’ouverture : du lundi au samedi de 10h00 à 20h00
Métro : Saint Michel, Odéon / Barbès-Rochechouart Autres disquaires « indie, pop/rock » : Thomas, chez Balades Sonores (une vraie « boutique »), Walrus (nouveau venu, à la fois café et disquaire), Nationale 7/Ground Zero (une des meilleures sélections, dans la lignée de Magic RPM, également magasin de design).

C’est également Saint James qui nous donne le ton de la fin de cet article: « D’une manière générale, chaque disquaire a son style et son caractère. On a de la chance qu’ils soient complémentaires à Paris. C’est toujours un plaisir d’inviter les artistes que nous recevons à venir y faire un tour avant la soirée par exemple, on sait qu’ils seront bien reçus et qu’ils y trouveront toujours un truc. Ils sont vraiment nécessaires à la vitalité de notre scène, digger sur internet c’est sympa, parfois même moins cher, mais ça ne remplace pas la sélection d’un disquaire, l’ambiance et le vivre ensemble que ça institue, même si c’est à une petite échelle. Je connais plein de jeunes DJs qui passent beaucoup de temps là-bas, à se faire une culture mais aussi à se familiariser avec les gens de la scène, apprendre à connaître ceux qui sont en place. C’est important. J’y vais régulièrement pour aller poser mes affiches pour les soirées. J’aime beaucoup cette idée de communauté : tu vas poser tes affiches, tu discutes, tu trouves quelques références puis tu enchaînes avec un autre magasin, tu fais d’autres rencontres, etc… »

Là se trouve la clé qui fait et fera toujours vivre une poignée d’échoppes : rien ne remplacera le contact « in real life », la discussion sans clavier et une bonne poignée de main – avec un billet dedans. Car si les disquaires indépendants sont plus chers qu’un abonnement au streaming, ils seront, encore pour longtemps, de meilleurs conseillers que les playlists automatiques « personnalisées ».

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NB: Peut-être que tout ceci n’est qu’une course matérialiste visant à remplir un meuble suédois. Le disque est-il le support définitif de la musique? à suivre…

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